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se retirer à la Trappe, d'où il adressa à Amiens une homélie foudroyante contre les erreurs et les vains amusements du siecle. Enfin, en 1759, Gresset , aux yeux de qui l'on faisoit briller la perspective de rentrer en grace à la cour, d'obtenir du roi des faveurs signalées, d'être appelé peut-être à l'éducation du duc de Bourgogne, Gresset, pressé par son évêque, qui étoit en même temps son confesseur, se détermina à la démarche la plus étrange. Après avoir jeté au feu des comédies et plusieurs autres ouvrages, fruit de tant de travaux et de veilles, il abjura solennellement le théâtre par une lettre qu'il fit insérer dans la plupart des journaux; elle est datée du 14 mai 1759, et se trouve au tome II de cette édition, page 387.

On a jugé diversement cette résolution de Gresset : nous autres mondains, nous n'y voyons que la perte de charmantes productions. Nous aimerions mieux que Gresset, resté un peu plus profane, ne nous eût pas privés des cinquieme et sixieme chants de Ver

Vert, des ouvrages qu'il détruisit alors, et de ceux qu'indubitablement il auroit composés depuis. Mais ne nous permettons point de juger les consciences : Gresset crut que la religion lui commandoit ce sacrifice, et nous devons respecter la pureté de ses motifs.

Voltaire et Piron, qui n'aimoient point. Gresset, s'égayerent à ses dépens. Ce dernier, qui peut-être voyoit avec déplaisir le Méchant se placer presque au niveau de la Métromanie, et qui, à l'occasion de la réception de Gresset à l'Académie, avoit déja lancé contre lui une épigramme', lui en décocha une seconde; et ces deux épigrammes ne sont pas ses plus mauvaises ; la premiere sur-tout,

(1) En France on fait par un plaisant moyen

Taire un auteur quand d'écrits il assomme;
Dans un fauteuil d'académicien
Lui quarantieme on fait asseoir mon homme;
Lors il s'endort, et ne fait plus qu'un somme;
Plus n'en avez phrase, ni madrigal.
Au bel esprit ce fauteuil est en somme
Ce qu'à l'amour est le lit conjugal.

qui fut une espece de prophétie'. Voltaire, que tout l'éclat de sa gloire ne pouvoit guérir de quelque petit mouvement d'envie ; ou au moins de jalousie, contre les succès de ses confreres en littérature, essaya de ridiculiser Gresset par ces vers du Pauvre Diable?, dans

(1) Gresset pleụre sur ses ouvrages

En pénitent des plus touchés.
Apprenez à devenir sages,
Petits écrivains débauchés.
Pour nous, qu'il a si bien préchés,
Prions tous que dans l'autre vie
Dieu veuille oublier ses péchés,
Comme en ce monde on les oublie.

(1) Gresset doué du double.privilége

D’être au collége un bel esprit mondain,
Et dans le monde un homme de collége;
Gresset dévot, long-temps petit badin;
Sanctifié par ses palinodies,
Il prétendait avec componction
Qu'il avait fait jadis des comédies
Dont à la Vierge il demandait pardon.
Gresset se trompe, il n'est pas si coupable;
Un vers heureux et d'un tour agréable

lesquels l'humeur perce beaucoup plus que dans les saillies de Piron.

Si Gresset eut des jaloux, il ne fut jamais jaloux de personne; et, malgré les plaisanteries beaucoup trop piquantes de Voltaire, toujours il rendit hommage aux talents de ce grand écrivain, soit dans la conversation, soit dans ses correspondances familieres.

Dans sa retraite, il ne cessa point de cultiver les lettres. Indépendamment des ouvrages de poésie dont nous venons de parler, chaque année il laissoit échapper de sa plume quelques épitres, quelques pieces fugitives, qu'on inséroit dans les journaux et dans les recueils du temps. Chaque année aussi il composoit plusieurs discours pour l'académie d'Amiens; et quand le sort le nommoit directeur de l'académie françoise, il venoit en remplir les fonctions pendant son trimestre: déja en cette

Ne suffit pas; il faut une action,
De l'intérêt , du comique, une fable,
Des meurs du temps un portrait véritable,
Pour consommer cette cuvre du démon.

qualité il avoit répondu , en 1754 et 1755, aux discours de réception de Boissy, de d’Alembert; et, en 1774, il fut encore directeur pour la réception de M. Suard.

A cette derniere époque, Gresset commença à signaler moins son talent pour la peinture des mours de la capitale ; talent que jusque-là on avoit si justement admire dans la plupart de ses productions, et particulièrement dans sa comédie du Méchant. Un long séjour dans la province lui avoit fait perdre la trace des nuances si fugitives de nos révolutions de mode dans les usages , et même dans la langue. En répondant au discours de M. Suard , après avoir donné des éloges à ses traductions de l'anglois, il voulut peindre le ridicule des variations de notre langage ; mais il ne connoissoit plus les coùleurs qu'il falloit employer. D'Alembert, qui, · reçu par lui, fut chargé de recevoir son successeur, l'abbé Millot, dit dans sa réponse à ce dernier, en parlant du discours de Gresset:

« Il voulut peindre des ridicules dont il

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