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Lrv. II. CHAP.

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pourroit ignorer si le peuple a' parlé , ou seu-
lement une partie du peuple. A Lacédémone ,
ll falloit dix .mille citoyens. A Rome, née dans
la petitesse pour aller" à la grandeur; à Rome,
faite pour éprouver toutes les viciliitudes de la
fortune; à Rome , qui avoit tantôt presque tous
ses citoyens hors de ses murailles, tantôt t‘oute
l'Italie 8c une partie dela terre dans ses murailles,
on n'avoit point stxé ce nombre; 8c ce fut une du_
grandes causes de sa ruine.

Le peuple qui a la souveraine puissance, doit
faire par lui-même tout ce qu'il peut bien faire ;
& ce qu'il ne peut pas bien faire, il saut qu'il
le fasse par ses ministres. ,

Ses ministres ne sont point à lui, s'il ne leï nomme : c'est donc une maxime fondamentale de ce gouvernement , que le peuple nomme seo_ ministres , c'est-à-dire , ses magistrats. ‘

Il a besoin , comme les monarques , 8c même plus qu'eux, d'être conduit par un conseil ou sénat. Mais pour qu'il y ait consiance, il faut qu'il en élise les membres; soit qu'il les choi; f,sse lui-même , comme) Athènes; ou par quelque magistrat qu'il a établi pour les élire , comme cela se pratiquoit à Rome dans quelques occassons.

Le peuple est admirable pour choisir ceux à' qui il doit consier quelque partie de son autorité. Il n'a à se déterminer que par des choses qu'il ne peut ignorer, 8c des faits qui tombent sous les r.... n saittrès-liien qu'un homme ï

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't6 ~ DE L'ESPRIT DES L,OIX,

.L été souvent à la guerre, qu'il y a eu tels ou tels succès : il est donc très-capable d'élire un génétal. Il sait qu'un juge est affidu, que beaucoup de gens se retirent de son tribunal contens de lui, qu'on ne l'a pas convaincu de corruption; en voilà assez pour qu'il élise _un prêteur. ll a été frappé de la magnisicence ou des richesses d'un citoyen; cela suffit pour qu'il puisse choissr un Ëdile. Toutes ces choses sont des faits dont il s‘instruit mieux dans la place publique , qu'un monarque dans son palais. Mais , saura-t-il conduire une assaire , connoitre les lieux , les occa— íions , les momens, en prostter? Non : il ne le saura pas. _

S'i l'on_pouvoit douter de la capacité naturelle qu'a le peuple pour discerner le métite , il n'y auroit qu'à jetter les yeux sur cette, suite conti-z \ruelle de choix étonnans que sirent les Athénieru 8c les Romains ; ce qu'on n'attribuera pas sans doute àu hasard. ‘

On sait qu'à Rome, quoique le peuple se fût donné le droit d'élever aux charges lesplébéicns , il- ne pouvoit se résoudre à les élire; 8c quoiqu'à .Athènes on pût, par la loi'd'Arifiidc; tirer les magistrats de toutes les classes , il n'arriva jamais,, dit Xénophon , que le bas-peuple demandait celles qui pouvaient intétesser son salut ou sa gloire.

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Comme la plupart des‘cit‘dyens, qui ont assez . . ' ' ‘ de sufflsance pour élire , n'en ont pas assez pour

être~élus; de même le peuple, qui a assez de .n ï a, ' ' I‘ .; J

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capacité pour se faire rendre compte de ln geûion des autres , n'est pàs propre à géter par lui-même. ' ‘

Il faut que les assaires aillent, 8c qu'elles aient on certain mouvement qui ne soit ni trop lent ni trop vite. Mais le peuple a toujours trop d'action , ou trop peu. 'Quelquefois avec cenç snille bras il renverse tout; quelquefois avec cent mille pieds il ne va que comme les insectes.

. Dans l'état populaire, on divise le peuple en
de certaines classes. C'est dans la manière de
faire cette division , que les grands législateurs
'fe sont signalés; 8e c'est de—là qu'ont toujours
dépendu la durée de la démocratie , 8c sa
prospétité. ‘
ë Swins-Tullins suivit; dans la composttion de
ses classes , l'esprit de l'aristocratie. Nous voyons
dans Tite-Live 8cdans Denis d'Halicarnosse , com.
ment il mit le droit de sassrage entre les mains
des principaux citoyens. Il avoit divisé le peuple
de Rome en cent quatre-vingt—treiae centuries,
qui formaient stx classes. Et mettant les riches,
mais en plus petit nombre , dans les premières
centuries; les moins riches , mais en plus grand
nombre , dans les suivantes; il jetta toute la
foule des indigens dans la dernière : 8c chaque
centurie _n'ayant qu'unevoix , c'étoient les moyens
8c les richesses qui donnoient le sussrage s plutôt
que les personnes.

'Selon divisa le peuple d'Athènes en 4mm?

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classes. Conduit par l'esprit de la démocratie, il ne les stt pas pour sixer ceux qui devoient' élire , mais ceux qui pouvoient être élus : 8C laissant à chaque citoyen-le droit d'élection, il voulut que dans ghacune -de ces quatre classes on pût élire des juges; mais que ce ne fût que dans les trois premières , où étoient les citoyens aisés , qu'on pût prendre les magistrats.

Comme la division de ceux qui ont droit de sassrage est dans la république une loi sondamentale; la manière de le donner est une autre lo* fondamentale. , , _ . Le sussrage par 1è son est de la nature de lq, démocratie; le suffrage par choix est de celle de l'aristocratie. ' ' '- t, -Le sort est une façon d'élire qui n'afflige pero sonne; il laisse à chaque citoyen une espétance raisonnable de servir sa patrie. ‘ " Mais, comme il est désectueuxvpar lui - même, c'est à le régler 8c à le corriger que les grands législateurs se sont sus-passés. ‘ , - Salon établit à Athènes , que l'on nommeroit par choix à tous les emplois militaires , 8c que les sénateurs 8cles juges seroient élus par le sort. . Il voulut que l'on donnât par choix les magistra

tures civiles qui exigeoient une grande dépense, ‘

Bt que les autres fussent données par le sort,

l Mais , pour corriger le sort, il régla qu'on tte pourroit élire que dans le nombre de ceux _qui 'se présenterolent; que celui qui aurait été

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élu, seroit examiné par des juges , 8E que chacun pourroit l'accuser d'en être indigne : cela tenoit en même tems du sort 8c du choix. Quand dn avoit stni le tems de sa magistrature , il falloit essuyer un autre jugement sur la manière dont on s'étoit comporté. Les gens sans capacité devoient avoir bien de la répugnance à donner leur nom pour_être tirés au sort.

La loi qui stxe la manière de donner les billets de suffrage , est encore une loi fondamentale dans la démocratie. C'est u'ne grande question , si les suffrages doivent être publics ou secrets. Cicéron écrit que les loix qui les rendirent secrets dans les derniers tems -de la république romaine, furent une des' grandes causes de sa chûte. Comme ceci se pratique diversement dans disséíentes républiques , voici, je crois , ce qu'il 'eq saut penser. ‘ ' _ "' ' ' ' '

Sans doute que ,lorsque le peuple donne ses suffrages , ils doivent être publics ; 8c ceci doit être regardé comme une loi fondamentale de 1.; démocratie. Il faut que le petit peuple soit éclairé par les principaux 8c contenu par lq gravité de certains personnages. Ainsi dans la république romaine, en rendant les suffrages secrets, on détruifit tout; il ne sut plus possible d'éclairer une populace qui se perdoit. Mais lorsque dans une aristocratie le corps des nobles donne les suffrages , ou dans une démocratie le sénat; 'comme il n'est là question que de Prél'em" l":

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