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:8o DE L'ESPRIT DES LOIX, Çx=œflzäämæw=œù L I V R E. VIII.

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Ia A corruption de chaque gouvernement commence presque toujours par celle des principes.

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L E principe dela démocratie se corrompt , non

seulement lorsqu'on perd l'esprit d'égalité, mais

encore quand on prend l'esprit d'égalité extrême ,

Gc que chacun veut être égal à ceux qu'il choi

fitpourlui commander. Pour lors le peuple ne

pouvant souffrir le pouvoir même qu'il conste , i \

ir:— A T Lr7. VIII. CHAP. II. r8! Seut tout faire par lui-même , délibéter pour' le sénat, exécuter pour les magistrats , 8c dépouiller tous les juges.

‘ ll ne peut plus y avoir de vertus dans la république. Le peuple veut faire les fonctions des Magistrats ; on ne les respecte donc plus. Les délibétations du sénat n'ont plus de poids; on n'a donc plus d'égard pour les sénateurs, 8 c parconséquent pourles vieillards. Que stl'on n'a pas du respect pourles vieillards, on n'en aura pas non plus pour les Peres; les maris ne métitent pas plus de désétence , ni les maitres plus de soumiffion. Tout le monde parviendra à aimer ce libertinage; la gêne du commandement fatiguera comme celle de l'obéissance. Les femmes , les enfans , les esclaves , n'auront de soumiffion pour personne. II n'y aura plus de mœurs , plus d'amour de l'ordre , ensin plus de vertu.

On voit dans le banquet de Xónophon , une peinture bien naive d'une république , où le peuple a 'abusé de l'égalité. Chaque convive donne à son tour la raison pourquoi il est content de lui. u le suis content de moi , dit Chan mides, à cause de ma pauvreté. Quand j'étais -, riche , i'étois obligé de faire ma cour aux ,- calomniateurs , sachant bien que i'étois plus D- en état de recevoir du mal d'eux que de leur u en faire. La république me demandoit toujours -4 quelque nouvelle somme ; je ne pouvois m'ab

n (enter. Depuis que je suis pauvre , j'ai acquiï a

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I.

s' de l'autorité ; personne ne me menace , je n menace les autres ; je puis m'en aller ou rester. 'D Déjà les riches se levent de leurs placer-3c aD me cedent le pas. Je suis un roi,, i'étois esïï clave; je payois un tribut à la république. O- aujourd'hui elle me nourrit; je ne crains plus n de perdre , j'espere d'acquétir. »

Le peuple tombe dans ce malheur, lorsque ceux à qui il se consie , voulant cacher leur propre corruption , cherchent à le corrompre. Pour qu'il ne voie pas leur ambition , ils ne lui parlent que de sa grandeur ; pour qu'il n'appercoive pas leur'avarice , ils stattent sans ceste la .stc-nue.

La corruption augmentera parmi les corrupteurs; 8c elle augmentera parmi ceux qui sont déjà corrompus. Le peuple se distribuera tou. les deniers publics ; 8c comme il aura joint si .sa paresse la gestion des assaires, il voudrajoin. dre à sa pauvreté les amusemens du luxe. Mais avec sa paresse 8c son luxe , il n'y aura que le .trésor public qui puisse être un objet pourlui.

Il ne faudra pas s'étonner si l'on voit les suffrages se donner pour de l'argent. On ne peut donner beaucoup au peuple , sans retirer encore plus de lui ; mais pour retirer de lui , il faut renverser l'état. Plus il paroltra tiret* d'avantage de sa liberté , plus il s'approche” du moment où il doit la perdre. Il se forme do petits tyrans, qui ont tous les vices d'un seul.

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Bientôt ce qui reste de liberté devient insupg portable: un seul tyran s'éleve , 8c le peuple perd tout, iusqu'aux avantages ~de sa corruption.

La démocratie a donc deux excès à éviter; l'esprit d'inégalité , qui la mène à l'aristocratie; ou au gouvernement d'un seul; 8cl'esprit d'éga— lité extrême , qui la conduit au desporismc d'un seul , comme le desporisme d'un seul stnit par la conquête. .

Il est vrai que ceux qui corrompirent les républiques Gretques ne devintent pas toujours tyrans. C'estqu'ils s'étaient plus attachés à l'éloquence qu'à l'art militaire ; outre qu'il y avoit dans le cœur de tous les Ôrecs une haine impla— cable contre ceux qui renversqient le gouvernement républicain; ce qui stt que l'anarchie dégénéta en anéantisscment , au lieu de se changer en tyrannse.

Mais Syracuse , qui se trouva placée au milieu d'un grand nombre de petites oligarc‘nies chan. Sées en tyranniész Syracuse qui avoit un sénat dont il n'est presque jamais fait mention dans l'bistoire, essuya des malheurs que la corruption ordinaire ne (Yonne pas. Cette ville , toujours dms la licence ou dans l'oppreffion , également travaillée par sa liberté 8c par sa servitude, recevant toujours l'une 8c l'autre comme une tempête; 8c, malgré sa puissance ;ru—dehors, toujours déterminée à une révolution par la plus petite force étrangère , avoit dans son sein un

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pcuple immense , qui n'eut jamais que cette cruelle alternative de se donner un tyran, ou de l'être lui-même.

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AUTANT que le ciel est éloigné de la terre, autant le vétitable esprit d'égalité l'est-il de l'esprit d'égalité extrême. Le premier ne conñl’te point à faire en sorte que tout le monde commande , ou que personne ne soit commandé; mais à obéir 8c à commander à ses égaux. Il ne cherche pas à n'avoir point de maitre , mais à n'avoir que ses égaux pour maitres.

' Dans l'état de nature les hommes naissent bien dans l'égalité : mais ils n'y sauroient rester. La société la leur fait perdre , 8c ils ne redevienne” égaux que par les loix.

~ Telle est la dissétence entre la démocratie réglée 8c celle qui ne l'est pas; que dans la première , on n'est égal que comme citoyen ; 8c que dans l'autre , on est encore égal comme magistrat, comme sénateur, comme juge, comme père , comme mari , comme maitre.

La place naturelle de la Yertu est auprès' de ï _- .

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