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O N prenoit à Rome les juges dans l'ordre des sénateurs. Les Gracqu” transporterent cette pré— rogative aux chevaliers. Drusus la donna aux sénateurs 8c aux chevaliers ; Sylla aux sénateurs seuls ; Carta aux sénateurs , aux chevaliersZcaux trésoriers de l'épargne. César exclut ces derniers. Antoine stt des décuries de sénateurs , de chevaliers 8c de centurions. Quand une république est corrompue , on ne peut remédier à aucun des maux qui naissent, qu'en ôtant la corruption 8c en rappellant les principes : toute autre correction esi ou inutile ou un nouveau maLPendant que Rome conserva. ses principes , les jugemens purent être sans abus entre les mains des sénateurs: mais quand elle fut-corrompue , à quelque corps que ce fût qu'on transportât les iugemens aux sénateurs , aux chevaliers , aux trésoriers de l'épargne , à deux de ces corps , à tous les trois ensemble, à quelqu'autre corps que ce fût , on étoit toujours mal. Les chevaliers n'avoient pas plus de vertu que les sénateurs , les trésorie” de l'épargne pas plus que les chevaliers, 8c ceux-ci aussi

Peu que les centurions.

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"rn , :W x96 DE L'ESPRIT DES LOIX,

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'Lorsque le peuple de Rome eut obtenu qu'il auroit part aux magistratures patriciennes, il étoit naturel de penser que ses Batteurs alloient être les arbitres du gouvernement. Non: l'on vit ce peuple , qui rendoit les magistratures communes aux plébéiens, élire toujours des patriciens. Pî‘srce qu'il étoit vertueux, il étoit magnanime ; parce qu'il étoit libre , il dédaignoit le pouvoir. Mais, lorsqu'il eut perdu ses prin— cipes, plus il eut de pouvoir, moins il eut de ménagemens; jusqu'à ce qu'ensin, devenu son propre tyran 8c son propre esclave , il perdit la force de la liberté pour tomber dans la foiblesse de la licence.

*:1- - *Wu *:4 'CHAPITRE XIII. Effër duserment chez un peuple vertueux.

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:ll: L n'y a point eu de peuple , dit Tite-Live, où la dissolution se soit plus tard introduite que chez les Romains , 8c où la modétation 8(: la pauvreté aient été plus long-tems honorées.

Le serment eut tant de force chez ce peuple , que rien ne l'attacha plus aux loix. Il sst bien des fois , pour l'observer, cc qu'il n'aunoit jamais fait pour la gloire ni pour la patrie.

Quinsius Cincinnats” , consul, ayant voulu

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!ever une armée dans la ville contre les Eques &- les Volsques, les tribuns s'y opposèrent. .‘ Eh bien, dit-il, que tous ceux qui 6B6 't ‘- serment au consul de l'année précédente mai'

n chent sous mes enseignes. n En vain les tribun

s'écrièrent-ils qu'on n'étoit plus lié par ce serment; que quand on l'avoir fait , Quintius étoit un homme privé : le peuple fut plus religieux que ceux qui se mêloient de le conduire; il n'écouta ni les distinctions ni les interprétations des tribuns.

Lorsque le même peuple voulut se retirer sur le Mont - Sacré . il se sentit retenir par le serment qu'il avoit fait aux consuls de les suivre à la guerre. ll forma le dessein de les tuer : on lui stt entendre que le serment n'en subsisteroit pas moins, On peut juger de l'idée qu'il avoit de ia violation du serment, par le crime qu'il vouloir commettre.

Après la bataille de Cannes , le peuple uffrayé voulut se retirer en Sicile; Scipion lui stt jurer qu'il rcsteroit àRome; la crainte de violer leur serment surmonta toute autre crainte. Rome étoit un vaisseau tenu par deux ancres dans la tems pète, la religion 8c les mœurs.

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Tet"-:ment le plus' petit changement dans la constitution entraîne la ruine desprincipes.

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AR1 s 'r 01's nous parle de la république de Carthage, comme d'une république très-bien reglée. Polybe nous dit qu'à la seconde guerre' punique il y avoit à Carthage cet inconvénient, que le sénat avoit perdu presque toute son autorité. Tue-Live nous apprend que lorsqu'Annibal retourna à Carthage , il trouva que les magistrats 8c les principaux citoyens détournoient, à leur profit , les revenus publics , 8c abusoient de leur pouvoir. La vertu des magistrats tomba donc avec l'autorité du sénat ; tout coula du même principe.

On connoit les prodiges de la censure chez les Romains. Il y eut un tems où elle devint pesante; mais on la soutint, parce qu'il y avoit plus de luxe que de corruption. Claudius l'assai— blit; 8c par cet assaiblissement, la corruption devint encore plus grande que le luxe; 8c la censure s'abolit, pour aiasi dire, d'elle-même.

Troublée, demandée, reprise, quittée , elle sut

entiétement interrompue jusqu'au tems où elle devmt inutile, je veux dire les règnes d'Auguste êe d: Claude.

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Lzv. VIII. CHAP. XV. r;',

og—..::_—=...ML*===U===OO C H A P I T R E X V.

Moyens très-effícaccr pour la consèrvatioa des trois principes.

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J E ne pourrai me saire entendre , que lorsqu'on aura lu les quatre chapitres suivans.

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IL est de la nature d'une république, qu'elle n'ait qu'un petit territoire : sans cela elle ne peut guère substsier. Dans une grande république, il y a de grandes fortunes, 8c par conséquent peu de modétation dans les esprits; il y a de trop grands dépôts à mettre entre les mains d'un citoyen; les intétêts se particularisent -, un homme sent d'abord qu'il peut étre heureux, grand, glorieux sans sa patrie , 8c bientôt, qu'il peut être seul grand sur les ruines de sa patrie.

Dans une grande république , le bien commun est sacrisié à mille considétations ; il est subordonné à des exceptions; il dépend des accidens

Dans une petite, le bien public est mieux

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