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POUR qu'un état soit dans sa force, il faut -que sa grandeur soit telle, qu'il y ait un rapport de la vitesse avec laquelle on peut exécuter contre lui quelqu'entreprise, 8c la promptitude qu'il peut employer pour la rendre vaine. Comme celui qui attaque peut d'abord paraitre par-tout, il faut que celui qui défend puisse se montrer par-tout auffi; 8c par conséquent que l'étendue de l'état soit médiocre , astn qu'elle soit proportionnée au degré de vitesse que la nature a -donné aux hommes pour se transporter d'un lieu à un autre.

La France 8c l'Espagne sont précisément de la grandeur requise. Les forces se communiquent si bien, qu'elles se portent d'abord là où l'on veut; les armées s'y joignent 8t passent rapi— dement d'une frontière à l'autre‘, 8c l'on n'y craint aucune des choses qui ont besoin d'un certain tems pour être exécutées.

En France, par un bonheur admirable, la capitale se trouve plus près des dissérentes fron'tières , justement à proportion de leur soiblessc; 8c le prince y voit mieux chaque partie de son pays , à mesure qu'ellc est plus exposée.

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—. 1— f L .-— 2t6 DE L'ESRRIT DES LOIX,

ï: :Mais lorsqu'un vaste état, tel que la Perse, est attaqué , il faut plusieurs mois pour que les troupes dispersées puissent s'assembler; 8c on ne force pas leur marche pendant tant de tems, comme on fait pendant quinze jours. Si l'armée qui est sur la frontière est battue , elle est sûtement dispersée, parce que ses retraites ne sont pas prochaines. L'armée victorieuse , qui ne trouve pas de résistance, s'avance à grandes journées , paroit devant la capitale, 8c en forme le ssège, lorsqu'à peine les gouverneurs des .provinces peuvent être avertis d'envoyer du secours. Ceux quijugentla révolution prochaine, la hâtent en n'obéissant pas. Car des gens stdèles, uniquement parce que la punition est proche, ne le sont plus dès qu'elle est éloignée; ils travaillent à leurs intétêts particuliers. L'empire se dissout , la capitale est prise , 8c le conquétant dispute les provinces avec les gouverneurs.

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La vraie puissance d'un prince ne consiste pas tant dans la facilité qu'il y a à conquétir, que dans la difficulté qu'il y a à l'attaquer ; 8c si j'ose parler ainss , dans l'immutabilité de sa condition. Mais l'agrandissement des états leur fait montrer de nouveaux côtés par où on peut les prendre.

Ainsi comme les monarques doivent avoir !le la sagesse pour augmenter leur puissance , ils ne doivent pas avoir moins de prudence , asm de la homer. Ea faisant cesser leainconvénicns

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~ -I' r - ~.. - l Lsv. IX. CHAP. VII. 2'7

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de la petitesse , il sant qu'ils aient toujours l'œil sur les inconvéniens de la grandeur.

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-«——ñ—.__——-_-\{uë°.~7— 4 - CHAPITRE VII. . ' Réflexions.

ILEs ennemis d'un grand prince qui a si long? tems régné, l'ont mille sois accusé, plutôt, je crois, sur leurs craintes que sur leurs raisons, d'avoir formé 8c conduit le projet de la mon'ar; chie universelle. S'il y avoir réuffi , rien n'auroit été plus fatal l'Europe, à ses anciens sujets, à lui , à sa famille. ' Le 'ciel , qui connait les? vrais avantages , l'a mieux servi par des défaites ,' qu'il n'auroit sait par des victoires. Au lieu de' le rendre le seul roi de l'Europe , il le favorisa plus, en le rendant le plus puissant de tous.

Sa nation, qui dansles pays étrangers, n'est jamais touchée que de ce qu'elle a quitté;,qui en partant de chez elle, regarde la gloire com'me le souverain bien , 8c dans' les pays éloignés comme un obstacle à son retour; qui indispose par ses bonnes qualités même; parce qu'elle paroit y joindre du mépris; qui peut supporter les blessures , les pétils 8.: les fstigues , 5c non pas la perte de ses plaisirs; qui n'aime rien tant que sa gaieté ,'8c se console de la perte d'une bataille lorsqu'elle a chanté le génétal, n'aurait

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jamais été jusqu'au bout d'une entreprise qui ne peut manquer dans un pays sans manquer dans tqus les autres , ni manquer un moment sans manquer pour toujours. r" ' ''

-G===2Ææ‘m> CHAPITRE VIII.

Cas où la fiarce défensive d'un étnt est infi— ' rieure à sa force _offênfive. '

C'ÉTo rT le mor du sire de Coucy au roi Charles V , «que les Anglois ne sont jamais ss n faibles, ni si aisés à vaincre que chez eux. n C'est ce qu'on disoit des Romains z c'est ce qu'éprouvèrent les 'Carthaginois '; c'est ce qui arrivera à toute puissance qui a envoyé au loin des armées , pour réunir parla force de la dis— cipline 8c du pouvoir miltaire, ceux qui sont divisés chez eux p‘ar des intétêts politiques ou civils. L'état se trouve foible à cause du mal qui reste toujours , 8c'r1 a été encore affoibli par le remède.' '

La maxime du fite de Coucy est une exception ä la règle génétale , _qui veut qu'on n'entreprenne point de guerres lointaines. Et cette exception consirme bien la règle , puisqu'elle n'a lieu que centre ceux qui ont eux-mêmes violé la règle.

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TOUTE grandeur, route force , route puissance est relative. ll saut bien prendre garde qu'en cherchant à augmenter la grandeur réelse,

on ne dimiuue la grandeur relative.

Vers le mi‘ieu du règne de Louis XIV, la France fut au plus haut point de sa grandeur relative. L'Allemagne n'avoir point encore les grands monarques qu'elle a eus depuis. L'Italie étoit dans le même cas. L'Ec‘offe 8r l'Angleterre

" ne formoient point un corps de monarchie.

L'Arrag-n n'en l'ormoit pas un avec la Castslle;

sles parties séparées de l'Espagne en étoient

affaiblies , 8c l'assoiblisi'oient. La Moscovie n'était pas plus connue en Europe que la Crimée.

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C H A P I T R E X.
Dc la fbiblcsse des états voisins.

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L ORsQU'oN a pour voifin un état qui est dans sa décadence , on doit bien se garder de hàter

sa ruine z parce qu'on est si cet égard dans la K z

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