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lne démocratie. Le peuple avoit déjà la puissance légfflativé; c'étoit son suffrage unanime qui avoit chassé les rois ; 8c s'il ne perststoit pas dans cette volonté ,les Tarquins pouvoient à tous les instans revenis. Prétendre qu'il eût voulu les chasser pour tomber dans l'esclavage de quelques familles ,

' cela n'étoit pas raisonnable. La sstuation des

choses demandast donc que Rome fût une démocratie; 8e cependant elle ne l'étoit pas. Il fallut tempérer le pouvoir des principaux, 8c que les loix inclinassent vers la démocratie. _ Souvent les états sleurissent plus dans le passage insensible d'une constitution à une autre, qu'ils ne le faisoient dans l'une ou l'autre de ces constitutions. C'est pour lors que tous les ressorts du gouvernement sont tendus, que tous les 'citoyens ont des prétentions; qu'on s'attaque, ou qu'on se caresse, 8c qu'il y a une noble émulation entre ceux qui défendent la constiturion qui décline , 84 ceux qui mettent en avant celle qui prévaut.

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U A 'r R E choses choquoient principalement

!a liberté de Rome. Les patriciens obtenoient

seuls tous les emplois sacrés . politiques, civils

8c militaires; on avoit attaché au consulat un

pouvoir exorbitant , on faisoit des outrages au

~ peuple : ensin on ne lui laissoit presqu'aucune

insluence dans les sussrages. Ce furent ces quatre obus que le peuple corrigea.

‘ r°. Il sit établir , qu'il y auroit des magistratures , où les plébéiens pourroient prétendre ; 8c il obtint peu à peu qu'il auroit part à toutes , excepté à celle d'entre-roi.

2°. On décomposa le consulat, 8c on en forma plusieurs magistratures. On créa des préteurs, à qui on donna la puissance de juger les ' assaires privées; on nomma des questeurs, pour faire juger les crimes publics; on établit des édiles, à qui on donna la police; on stt des trésoriers , qui eurent l'administration des deniers publics : ensin, par la création des censeurs, on ôta aux consuls cette partie de la puissance législative qui régle les mœurs des citoyensÿ;

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la police momentanée des divers corps de l'état. Les principales prétogatives qui leur restèrent, furent 'de préssder aux grands états du peuple, d'assembl'er le sénat 8c de commander les armées.

î 3°. Les loix‘sacrées établirent des tri' uns , qui pouvoient , à tous les instans, arrêter les entreprises des patriciens; 8c n'empêchoient pas seulement les injures particulières , mais encore les génétales.

Ensin ,les plébéiens augmentèrentleur influence dans les décisions publiques. Le peupse Romain étoit divisé de trois manières, par centuries, par curies 8c par tribus; 8c quand il donnoit son sussrage , il étoit assemblé Gt formé d'une de ces trois manières. s

Dans la première, les patriciens, les principaux, les gens riches, le sénat, ce qui étoit -à peu près la même chose , avoient presque ,toute l'autorité; dans la seconde , ils en avoient moins; dans la troissème , encore moins.

,- La division par centuries étoit plutôt une divisson de cens 8c de moyens, qu'une division de personnes. Tout le peuple étoit partagé en cent quatre-vingt-treiae centuries, qui avoient Chacune une voix. Les patriciens 8c les principaux formoient les quatre-vingt-dix-huit premières centuries; le reste des citoyens étoit répandu dans les quatre-vingt-quinze autres.

ï Les patriciens étaient donc dans cette division

les mal-tres des suffrages.

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Dans ia division par curies, les patriciens n'avoient pas les mêmes avantages. ls en avoient pourtant. Il falloir consulter les a'uspices , dont les patriciens étoient les maitres; on n'y pou-_— voit faire de proposition au peuple , qui n‘eût été auparavant portée au sénat , 8c approuvée par un sénatus-consulte. Mais dans la division par tribus, il n'étoit question ni d'auspices. ni de sénatus-conlultes , 8c les patriciens n'y étoient pas admis. ' ~

Or le peuple chercha touiours à faire par curies les assemblées qu'on avoit coutume de faire par centurics, 8c à faire par tribus les_ assemblées qui se faisoient par curies ; ce qui stt paffer les assaires des mains des patrsciens dans celles des plébéiens. ~ Ainsi quand les plËbéiens eurent obtenu le droit de juger les particiens , ce qui commença lors de l'assaire de Coriolan , les plébéi‘ens voulurent les juger assemblés par tribus, 8c non par cen,turies; 8c lorsqu'on établit en faveur du peuple les nouvelles magistratures de tribuns 8e d'édiles, le peuple'bbtint qu'il s'assembleroit par curiel pour les nommer; 8c quand sa puissance fut affermie , il obtint qu'ils seraient nommés dans uneastemblée par tribus. ‘ ' _

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Comment , dans l'e'tat florissant de la république , Rome perdit tout-d-coup sa liberté.

DAN s le feu des disputes entre les patriciens &les plébéiens, ceux—ci demanderent que l'on donnàt des loix stxes astn que les jugemens ne fussent plus l'esset d'une volonté capricieuse , ou d'un pouvoir arbitraire. Après bien des ré— sistances, le sénaty acquiesça. Pour composet ces loix on nomma des décemvirs On .crut qu'on devoit leur accorder un grand pouvoic , parce qu'ils avoient à donnendes loix à des partis qui étoient presqu'incompatibles. On suspendit la nomination de tous les magistrats , 8; dans les comices, ils furent élus seuls adminis— trateurs de la république. Ils se trouverent revêtus, de la puissance consulaire 8c de la puissance tribunitienne. L'une leur donnoit le droit d'assembler le sénat z l'autre celui d'assembler le peuple: mais ils ne convoquèrent ni le sénat ni le peuple. Dix hommes dans la république eurent seuls toute la puissance législative . toute la puissînce éxécutrice, toute la puissance des jugemens. Rome se vit soumiseà une tyrannie aussz cruelle

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