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*'- ' :—: -ñi— Lzv- XI. CHAP. XV. 38j

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que celle deTarquin. Quand Tarquin exerçoit ses vexations , Rome étoit indsgnée dupouvoir qu'il avoit usurpé ; Quand les décemvirs exercèrent les leurs, elle fut étonnée du pouvoir qu'elle avoit donné. .'

Mais quel étoit ce système de tyrannie , produit par des gens qui n'avoient obtenu le pou'voir politique 8c milstaire que par la conuoissance des affaires civiles; 8c qui dans les circonstances de ces tems-là avoient besoin au-dedans de la lâcheté des citoyens, pour qu'ils se laissassent gouverner, 8c de leur courage au dehors, pour les défendre?

Le spectacle de la mort de Virginie, im‘molé par son pere it la pudeur 8c à la liberté , stt évanouir la pusssance des décemvirs. Chacun se trouva libre , parce que chacun fut ossensé : tout le monde devint citoyen , parce que tout le monde se trouva pere. Le sénat &le peuple rentrèrent dans une liberté qui avoit été con

_stée à des tyrans ridicules.

Le peuple Romain , plus qu'un autre s'émouvoit par les spectacles. Celui du corps sangiant de Lucrèce stt stnir la royauté. Le débiteur, qui parut sur la place couvert de plaies, stt changer la forme de la république. La vue de Virginie sir chasser les decemvirs. Pour faire condamner Manlius , il fallut ôter au peuple le

'vue du capitole. La robe sanglante de César

remit Rome dans la servitude.

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586 DE L'ESPRIT DES LOIX,

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;ÇHAPITRE XVI. De ler puissance législative dans Ia répu

bliquc Romaine.

O N n'avoir point de droits à se disputer sous les décemvirs: mais quand la liberté revint, on vitles jaloufies renaitre: tant qu'il resta quelques privilèges aux patriciens , les plébé‘rens les leur 'ôtèrent.

ll y auroit eu peu de mal, si les pléhéiens'

s'étoient contentés de priver les patriciens' de leurs prétogatives , 8c s'ils ne les avoient pas dssensés dans leur qualité même de citoyens. Lorsque le peuple étoit assemblé par curies ou par centuries, il étoit composé de sénateurs, de patriciens 8c de plébéiens. Dans les disputes, les plébéiens gagnèrent ce point, que seuls, sans les patriciens 8c sans le sénat, ils pourroient faire des loix qu'on appella plébifcites; 8c les comices où onles stt , s'appellèrent com'rees 'par tribus. Ainsi il y eut des cas où les patriciens n'eurent point de part 'à la puissance législative, 8c où ils furent soumis à la puissance législative d'un autre corps de l'état. Ce fut un délire de la liberté. Le peuple , pour établir la démocratie, choqua les principes mêmes de la démo— “ïti'c. il sembloit qu'une puissance austi exorbi

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tante, auroit dû anéantir l'autorité du sénat: mais Rome avoit des institutions admirables. Elle en avoit deux sur—tout ; par l'une , la puissance législative du peuple étoit réglée; par l'autre, elle étoit bornée.

Les censeurs, 8c avant eux les consuls for-'moient 8c créoient , pour ainsi dire , tous les cinq ans le corps du peuple ; ils exerço‘rent la législation sur le corps même qui avoitla puissance législative. u Tibérius Gracchus , censeur, dit ï. Cicéron, transféta les assranchis dans les tribus u dela ville , non par la force de son éloquence , u mais par une parole 8c par un geste : 8c s'il n ne l'eût pas fait , cette république , qu'aujourn d'hui nous soutenons à peine, nous ne l'aun sions plus. ‘

D'un autrecôté, le sénat avoit le pouvoir d'ôter , pour ainsi dire , la république des mains du peuple , par la création d'un dictateur, devant lequel le souverain baisi'oit la tête , 8c les loiIL les plus populaires restoient dans le silence.

CHAPITRE XVII.

De la puissance exe'cutricc dans la même république.

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SI le peuple fut jaloux de sa puissance législa-d tive, il le fut moins de sa puissance exécuuicc.

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W 288 DE L'ESPRIT DES LOIX,

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Il la laissa presque toute entière au sénat8c aux

consuls; 8e il ne se réserva guère que ie droit
d'élire les magistrats , Ôc de consirmer les act”
du sénat 8L des généraux.
' Rome, dont la paffion étoit de commander,
dont l'ambition étoit de tout soumettre, qui
'avoit toujours usurpé, qui usurpoit encore,
a.voir continuellement de grandes assaires; ses
ennemis conjuroient contr'elle , ou elie conjuroit
èontre ses ennemis.
obligée de se conduire , d'un côté avec un
courage hétoique , 6c de l'autre avec une sagesse
consommée ,l'état des choses demandoit que le
sénat eût la direction des assaires. Le peuple
disputoit au sénat toutes les branches de la
"puissance législative , parce qu'r] étoit jaloux
de sa liberté ; il ne lui disputoit point les branches
de la puissance exécutrice, parce qu'il étoit
jaloux de sa gloire.
' La part que le sénat prenoit à la puissance
exécutrice, étoit si gaande, que Polybe dit,
que les étrangers pensoient tous que Rome étoit
;une aristocratie. Le sénat disposoit des denier]
publics , 8c donnoit les revenus à ferme; il étoit
l'arbitre des assaires des alliés ; il décidait de
la guerre 8cde la paix , ,Il dirigcoit à cet égard
les consuls; il stxoit le nombre des troupes
Romaines 8c des troupes alliées , dstribuoit les
provinces 8c les armées aux consuls ou aux
Préteurs ; 8c l'an du commandement expiré , il
., pouvait

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en envoyoit; il nommoit les rois, les récompensoit; les punissoit, les jugeait , leur donnoit ou leur faisoit perdre le titre d'alliés du peuple Romain. .

Les cansuls faisoientla levée des troupesqu'ils devoient mener à la guerre ; ils commandoient les armées de terre ou de mer; disposoient des alliés : ils avoient dans les provinces toute la puissance de la république; ils donnoient la paix aux peuples vaincus, leur en imposoient les conditions, ou renvoyoient au sénat.

Dans les premiers tems, lorsque le peuple prenoit quelque part aux assaires de la guerre 8c de la paix , il exerçait p‘lutôt sa puissance législative que sa puissance' exécurrice. ll ne faisoit guère que consirmer ce que les rois, 8c après eux, les consuls ou le sénat avoient fait. Bien loin que le peuple sût l'arbitre'de la guerre, _nous voyons que les cansuls ou le sénat la faisoient souvent, malgré l'opposition de ses tribuns. Ainsi il créa lui-même les tribuns des légions, que les génétaux avoient nommés jusqu'alors; 8c quelque tems avantla première guerre Puuiquc,

il regla qu'il aurait, seul, le droit de déclarer.

la guerre.

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Tome I. N

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