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— .-* 30 DE L'ESpRIT DES LOIX, ó'c.

A placer sur le trône; ils sont d'abord éconnés: :mais quand ils ont fai-t un viair, 8c que dans leur serrail ils se sont livrés aux paffions les plus brutales; lorsqu'au milieu d'une cour abattue, ils ont suivi leurs caprices les plus stupides, il: n'auraient jamais cru que cela eût été si aisé.

Plus l'empire est étendu , plus le scrrail s'agrandit, 8c plus par conséquent le prince est enivré de plaisirs. Ainsi dans ces états, plus le prince a de peuples à gouverner, moins il pense au gouvernement; plus les assaires y sont grandes a 6c moins on y délibèrc sur les assaires. '

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Différence de la nature du gouvernement 6' de sim principe.

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APRÈÇ avoir examiné quelles sont les loi: relatives à la nature de chaque gouvernement. il faut voir celles qui le sont à son principe. -ll y a cette dissétence entre la nature du gouvernement 8c son principe, que sa nature est ce qui le fait être tel; 8c son principe, ee qui le fait agir. L'une ell: sa shucture particulière , 8c l'autre les paffions humaines qui le font mouvoir.

Or les loix ne doivent pas être moins relatives au principe de chaque gouvernement, qu'à sa nature. ll faut donc chercher quel est cG principe. C'est ce que je vais fai" dans ï*

livre -ci.

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F'At dit que la nature du gouvernement répuq blicain, est que le peuple en corps, ou de certaines familles, y aient la souveraine puissance: celle du gouvernement monarchique, que le prince y ait la souveraine puissance , mais qu'il l'exerce selon des loix établies: celle du gouvernement desporique , qu'un seul y gouverne :selon ses volontés 8c ses caprices. Il ne m'en faut pas davantage pour trouver leurs trois principes; ils en détivent paturellement. Je commencerai par le gouvernement républicain, 6c je parlerai d'abord du démocratique.

«i: **Mu—dCHAPITRE III.

Du principe de la démoeratie.

Il. ne faut pas beaucoup de probité, pour qu'un gouvernement monarcbique ou un gou— vernement desporique se maintiennent ou se soutiennent. La force des loix dans l'un , le bras du Prince toujours levé dans l'autre, règlent'

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ou contiennent tout. Mais, dans un état populaire , il saut un ressort de plus , qui est la vER‘z‘U.

Ce que je dis est consirmé par le corps entier de l'histoire , 8c est très-conforme à la nature des choses. Car il est clair que dans une monarcbie, où celui qui fait exécuter les loix se juge audest'us des loix , on a besoin de moins de vertu que dans un gouvernement populaire , où celui qui fait exécuter les loix sent qu'il y est soumiï lui-même , 8c qu'il en portera le poids.

ll est clair encore que le monarque qui, pa! mauvais conseil ou par négligence , cesse de faire exécuter les loix , peut aisément réparer

le mal; il n'a qu'à changer de conseil. ou se'

corriger de cette négligence même. Maislorsque, dans un gouvernement populaire, les loix ont cessé d'être exécutées , comme cela ne peut venic que de la corruption de la république , l'état est déjà perdu.

Ce fut un assez beau spectacle dans le siècle passé, de voir les essorts impuissans des Anglais pour établir parmi eux la démocratie. comme ceux qui avoient part aux assaires n'avoient point de vertu, que leur ambition étoit irritée par:

le succès de celui qui avoit le plus osé, que ‘

l'esprit d'une faction n'étoit réprimé que-pac l'esprit d'une autre; le gouvernement changeait sans cesse; le peuple étonné cherchoit la démocratie , 8c nela trouvoit nulle part. Ensin , après

bien des mouvemens , des chocs &Bdes secousses , 5

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54 DE L'ESPRIT DES LOIX,

A

il fallut se reposer dans le gouvernement même qu'on avoit prescrit.

~ Quand Sylla voulut rendre à Rome la liberté , elle ne put plus la recevoir; elle n'avoit Plus qu'un faible reste de vertu : 8c comme elle en eut toujours moins , au lieu de se réveiller après César, Tibère, Caius, Claude , Néron, Domitien , elle fut toujours plus esclave ; tous les coups portèrent sur leñ tyrans , aucun sur la tyrannie.

Les politiques Grecs qui vivoient dans le gouvernement populaire, ne reconnoissoient d'autre force qui pût le soutenir, que celle de la vertu. Ceux d'aujourd'hui ne nous parlent que de manufactures , de commerce , de stnances, de richesses 8c de luxe même.

Lorsque cette vertu cesse, l'ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir , l'dvarice entre dans tous. Les desirs changent d'objets ; ce qu'on ai‘moit, on ne l'aime plus; on étoit libre aYec les loix , on Yeut être libre çontr'elles; chaque citoyen est comme un esclave échappé de‘la maison de son maitre; ce qui étoit maxime , on l'appelle rigueur ; ce qui étoit règle , on l'appelle gêne ,à ce qui étoit attention , on' l'appelle crainte. C'est la frugalité qui y ed l'avarice, 8c non pas le desir d'avoir. Autrefoiï le bien des particuliersfaisoit le trésor public; mais pour lors le trésor public devient le pau-i. moine des particuliers. La république est une dépouille; ‘3c sa force n'est plus que le pouvais;

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