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40 DE L'ESPRIT DES Loue,

Æ—ËMEŒ—ÜCHAPITRE VI.

Comment on sidpplée à Ia vertu dans le gouvernement monarchique.

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FE me hâte 8c je marche à grands pas, astn qu'on ne croie pas que je fasse une satire du gouvernement monarchique. Non : s'il manque d'un ressort, il en a un autre. L'HoNNEUR, c'est-à-dire , le préjugé de chaque personne 8e de chaque condition , prend la place de la vertu politique dont j'ai parlé , 8 c la représente par—tout. Il y peut inspirer les plus belles actions; il peut ,

joint à la force des loix, conduire au but du

gouvernement comme la vertu même.

Ainsi dans les monarchies bien réglées, tout le monde sera à peu près bon citoyen , 8c on trouvera rarement quelqu'un qui soit homme de bien; car, pour être homme de bien , il faus avoir intention de l'être , 8c aimer l'état moin; pour soi que pour lui-même.

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W... Lzv.III.CHAP.VII. 4t

Q=====W==Do CHAPITRE VII.

Du principe de la monarchie.

IdF. gouvernementmonarchique suppose, commï nous avons dit, des prééminences, des rangs, 8c même une noblesse d'origine. La nature de l'honneur est de demander des préfétences ik des distinctions ; il est donc , par la chose même , placé dans ce gouvernement.

L'ambition est pernicieuse dans une république; Elle a de bons essets dans la monarchie ; elle donne la vie à ce gouvernement; 8c on y a cet avantage, qu'elle n'y est pas dangereuse, parce qu'elle y peut être sans cesse réprimée.

Vous dirsez qu'il en est comme du système de l'univers , où il y a une force qui éloigne sans cesse du centre tous les corps , 8c une force de pesanteur qui les y ramène. L'honneur fait mouvoir toutes les parties du corps politique; il les lie par son action même; 8c il se trouve que chacun va-au bien commun , croyant aller à ses intétêts particuliers.

ll est vrai que , philosophiquement parlant, c'est un honneur faux qui conduit toutes les partiesde l'état; mais cet honneur faux est aussi utile au public , que le vrai le serait aux parçiu, 'çuliers qui pourraient l'avoir.

42 DE L'ESPRIT DES LOIX,

_— 1 _' Et n'est-ce pas beaucoup d'obliger les hommes à faire toutes les actions difficiles , 8c qui demandent de la force, sans autre récompense que le bruit de ces actions?

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CHAPITRE VIIIL

Que l'honneur n'est point le principe des Etats despotiques.

CB n'est point l'honneur qui est le principe des états desporiques: les hommes y étant tous égaux, on n'y peut se préféter aux autres; les hommes y étant tous esclaves , on n'y peut se préféter à rien.

De plus , comme l'honneur a ses loix 8c ses règles , 8c qu'il ne sauroit plier ; qu'il dépend bien de son propre caprice , 8c non pas de celui d'un autre; il ne peut se trouver que dans des états où la constitution est stxe , 8c qui ont des loix certaines.

Comment seroit-il soussert chez le despote .7 Il fait gloire de mépriser la vie, 8c le despore n'a de force que parce qu'il peut l'ôter. Com. &nent pourrait-il soussrir le despore? Il a des règles suivies 8c des caprices soutenus; le despore n'a aucune règle, Gc ses caprices détruisent tous les autres. - '

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. L’honneur inconnu aux états desporiques, où même souvent on n'a pas de mor pour l'exprimer -, règne dans les monarchies ; il y donne la vie à tous le corps politique , aux loix , 8c aux vertus même.

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CHAPITRE IX.

Du principe du gouvernement dejpotique.

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CO M M E il faut de la vertu dans une république , 8c dans une monarchie de l'honneur, il faut de la crainte dans un gquvernement despoç tique : pour la vertu , elle n'y est point nécessaire; &r l'honneur y seroit dangereux.

‘ Le pouvoir immense du prince y passe tout entier à ceux à qui il le consie. Des gens capables

.de s'estimer beaucoup eux-mêmes, seroient en

;état d'y faire des révolutions. Il faut donc que la crainte y abatte tous les courages , 8c y éteigne jusqu'au moindre sentiment d'ambition.

Un gouvernement modété peut, tant qu'il veut , 8c sans pétir , relâcher ses ressorts. ll se maintient par ses loix 8c par sa force même. Mais lorsque , dans le gouvernement desporique , le prince celle un moment de lever le bras ; quand il ne peut pas anéantir à l'instant ceuie qui ont les premières, places , tout est perdu:

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ear le ressort du gouvernement, qui est la crainte , n'y étant plus , le peuple n'a plus de prorecteur.

C'est apparemment dans ce sens que des cadis ont soutenu que le grand-seigneur n‘étoit point obligé de tenir sa parole ou son serment , lorsqu'il bornoit par—là son autorité.

ll faut que le peuple soit jugé par les loix, 8e les grands par la fantaisie du prince; que la tête du dernier sujet soit en ssireté , 8c celle des bachas toujours exposée. On ne peut parler sans frémir de ces gouvernemens monstrueux. Lesophi de Perse, détrôné de nos jours par Mirivlís , vit le gouvernement pétir avant la conquête, parce qu'il n'avoir pas versé assez de sang.

L'histoire nous dit que les horribles cruauté] de Domitien essrayèrent les gouverneurs , au point que le peuple se rétablit un peu sous son règne. C'est ainsi qu'un torrent qui ravage tout d'un côté, laisse de l'autre des campagnes oû L'œil voit de loin quelques prairieï.

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