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Lzv. IV. CHAP. VIII. 65"

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Si à la société dont j'ai parlé , on ne donnait que des tambours & des airs de trompette , n'est-il 'pas vrai que l'on parviendrait moins à son but, que si l'on donnoit une musique tendre? Les anciens avoient donc raison , lorsque , dans certaines circonstances, ils préfétoient pour les mœurs un mode à un autre.

Mais, dira-t-on, pourquoi choisir la musique par préfétence? C'est que, de tous les plaisirs des sens , il n'y en a aucun qui corrompe moins l'ame. Nous rougiffons de lire dans Plutarquc , que les Tbébains , pour adoucir les mœurs de leurs jeunes gens, établirent par les loix un amour qui devroit être prescrit par toutes les nation! du monde.

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L I V R E V. Que les Loix q'ue le Législateur

donne , doivent être relatives

au principe du gouvernement. *a &Mz.Mm*:CHAPITRE PREMIER. - Idée de ce Livre.

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NOV s venons de voir que les loix de l'éducation doivent être relatives au principe de chaque gouvernement. Celles que le législateur donne à toute la société , sont de même. Ce rapport des loix avec ce principe , tend tous les ressorts du gouvernement , 8c ce principe en reçoit à son tour une nouvelle force. C'est ainsi. que , dans les mouvemens physiques , l'action est toujours suivie d'une réaction.

Nous allons examiner ce rapport dans chaque gouvernement; 8c nous commencerons par l'état républicain , qui a la vertu pour principe.

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ce que c'cfl que Ia vertu dans l'e'tar

politique. ‘ LA vertu dans une république est une chose très-simple; c'est l'amour de la république : c'est: un sentiment , 8c non une suite de connoissance: ledernier homme de l'état peut avoir ce sentiment comme le premier. Quand le peuple a une fois de bonnes maxlmes, il s'y tient plus long-tems , que ce qu'on appelle les honnêtes gens. Il est rare que la corruption commence par lui; souvent il a tiré de la médiocrité de ses lumières un attachement plus fort pour ce qui est établi.

L'amour de la patrie conduit à la bonté des mœurs, 8c la bonté des mœurs mène à l'amour rle la patrie. Moins nous pouvons satisfaire nos passions particulières , plus nous nous livrons aux génétales. Pourquoi les moines aiment-ils tant leur ordre? C'est justement par l'endroit qui fait qu'il leur est insupportable. Leur règle les prive de toutes les choses sur lesquelles les paffions ordinaires s'appuient: reste donc cette paffion pour la règle même qui les afflige. Plus elle est austère, c'est-à-dire, plus elle retranche de leurs pen, chans , plus elle donne de force à ceux qu'elle leur laisse.

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‘3 DE L'ESPRITDESLOIX, ——“ w I... ‘———_———~M—. D*

CHAPITRE III.

Ce que c'esZ que l'amour de la république dans la démoeratie.

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L'AMoUR de la république dans une démocratie est celui de la démocratie; l'amour de la démocratie est celui de l'égalité.

L'amour de la démocratie est encore l'amour de la frugalité. Chacun devant y avoir le même bonheur 8cles mêmes avantages, y doit goûter les mêmes plaisirs 8c former les mêmes espérances; chose qu'on ne peut attendre que de la frugalité génétale.

L'amour de l'égalité dans une démocratie borne l'ambition au seul desir, au seul bonheur de tendre à sa patrie de plus grands services que les autres citoyens. Ils ne peuvent pas lui rendre tous des services égaux; mais ils doivent tous également lui en rendre. En naissant, on con. tracte envers elle une dette immense, dont on ne peut jamais s'acquitter. _

. Ainsi les distinctions y naissent du principe de l'égalité, lors même qu'elle parait ôtée par des services heureux ou par des talens supétieurs.

L'amour de la frugalité borne le desir d'en-oi _à l'attention que demande le nécessaire pour sa famille 8c même le superflu pour sa_ patrie. Les

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-— Lzv.V.CHAP. III. 6P

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richesses donnent une puissance dont un citoyen ne peut pas user pour lui, car il ne seroit pas égal. Elles procurent des délices , dont il ne doit pas jouir non plus, parce qu'elles choquetoient l'égalité tout de même.

Auffi les bonnes démocraties , en établissant la frugalité domestique , ont—elles ouvert la porte aux dépenses publiques , comme on stt à Athènes GC à Rome. Pour lors la magnisicence 8c la profusion naissoient du fond de la frugalité même 5 8c comme la religion demande qu'on ait les mains pures pour faire des offrandes aux dieux, les loix vouloient des mœurs frugales pour que l'on pût donner à sa patrie.

Le bon sens 8c le bonheur des particuliet‘ï consisie beaucoup dans la médiocrité de leurs taiens 8c de leurs fortunes. Une république où les loix auront formé beaucoup de gens médio# cres , composée de gens sages , se gouverner: sagement; composée de gens heureux, elle ser! très-heureuse.

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