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Comment on inspire l'amoùr de l'égalité 6_- de Ia fl'ugalité.

:ll—NAMc) UR de l'égalité 8c celui de la fraga— lité sont extrêmement excités par l'égalité 8c la frugalité mêmes , quand on vit dans une société où les loix ont établi l'une 8c l'autre.

Dans les monarchies 8c les états despotiques, personne n'aspire à l'égalité; cela ne vient pas même dans l'idée ; chacun y tend à la supétiorité. Les gens des conditions les plus basses ne desitent d'en sortir, que pour être les maitres des autres. '

ll en est de mêmede la frugalité. Pour l'aimer, il faut en jouir. Ce ne seront point ceux qui sont corrompus par les délices , qui aimeront la vie frugale; 8c si cela avoit été naturel 8c ordinaire, Aleibiade n'auroit pas fai t l'admira

. tation de l'univers. Ce ne seront pas non plus

ceux qui envient ou qui admirent le luxe des autres , qui aimeront la frugalité; des gens qui n'ont devant les yeux que des hommes riches ou des hommes misétables commeepx , détestent leur misère, sans aimer ou cdtiîwine cc qui .fait lc terme de la misèrc. --

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C'est donc une maxime très-vraie, que pour que l'on aime l'égalité 8c la frugalité dans une

république , il saut ,que les loix les y aient établies.

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U r. r. Q U a s législateurs anciens , comme Lycurguc 8c Romulus , partagèrent également les terres. Cela ne pouvoit avoir lieu que dans la fondation d'une république nouvelle; ou bien lorsque l'ancienne étoit ss corrompne 8c les esprits dans une telle dispofition, que les pauvres se croyaient obligés de chercher , 8c les riches obligés de soussrir un pareil remède.

Si , lorsque le législateur fait un pareil partage , il ne donne pas des loix pour le maintenir, il ne sait qu'une constitution passagère; l'inégalité entrera par le côté que les loix n'auront pas défendu, 8c la république sera perdue.

Il faut donc que l'on règle dans cet objet leï docs des femmes, les donations, les succeffions, les testamens; ensin toutes les mgnières de contracter. Car s'il étoit permisde— d'initiation bien h qui on voudrait 6c comme on sfhi‘l‘** 72 DE L'ESPRIT DES LOIX,

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volonté particulière troubleroit la dispofition de la loi fondamentale.

.Salon , qui permettait à Athènes de laisser son bien à qui on voulait par testament , pourvu qu'on n'eût point d'enfans, contredisoit les loix anciennes qui ordonnoient que les biens restassent dans la famille du testateur. ll contredisoit les siennes propres; 'car , en supprimant les dettes . il avoit cherché l'égalité.

C'était une bonne loi pour la démocratie, que celle qui défendoit d'avoir deux hétédités. Elle prenoit son origine du partage égal des terres 8c des portions données à chaque citoyen. La lai n'avoit pas voulu qu'un seul homme eût plusieurs portions.

La loi qui ordonnoit que le plus proche parent épousât l'hétitière , naissait d'une source pareille. Elle est donnée chez les Îuifs après un pareil partage. Platon, qui fonde ses loix sur ce partage, la donne de même; 8c c'était une loi athénienne.

ll y- avoit à Athènes une lai, dont je ne sache pas que personne ait connu l'esprit. Il était permis d'épouser sa sœur consanguine, 8c non pas sa sœur utétine. Cet usage tiroir son Origine des républiques , dont l'esprit était de ne pas mettre sur la même tête deux portions de fonds de terre, 8c par conséquent deux hétédités. Quand un homme épousoit sa sœur du côté du père, il ne pouvoit avoir qu'une

' hétédité.

L

W...

. Lr''. V-CHAP. V. 73) hétédité, qui étoit celle de son père : mais,

quand il épousoit sa sœur utétine , il pouvo‘iï arriver que le père de cette sœur n'ayant pas

d'enfans mâles, lui laissât sa succeffion; 8c qué

par conséquent son frere, qui l'avoir épousée.

en eût deux. _ ' Qu'on ne m'objecte pas e-e que dit Philou,

q'ue quoiqu'à Athènes on épousât sa sœur con

sanguine, 8cnon pas sa sœur utétine ; on pouvoit

à Lacédémone épouser sa sœur utétine, 8cnon

pas sa sœur consanguine. Car je trouve dans

.fm,bon, que quand à_ !.acédémone une sœui épousoit son frere, elle avoit peoul~ sa dor la" moitié de la, portion du frere. Il est clainque" cette seconde lol étoií faire pour prévenir le] mauvaises suites de la première. Pour empêche; que le bien de la famille de la sœur ne -passâc

dans celle du frere , on donnoit en dor à la‘ soeur la moitié du bien du frère.

Senèque parlant de silanus, qui avoit épousé sa sœur, dit qu'à Athènes la pc'rmiffion étoic restreinte, 8c qu'elle était, génétale 'à Alexandrie. Dans le gouvernement d'un seul, il n'étoit guère question de maintenir le partage des biens. ' _ '

Pour maintenir ce partage des terres dans la démocratie, c‘étoit une bonne loi que celle qui vouloir qu'un pere quiavoit plusieurs ensans, en chuisit un pour succéder à sa portion , 8c dounàr les autres en adoption à quelqu'un qui

Tome I.

914 DE L'ESPRIT DIEJËS -L 01X, _ n'eût point d'ensanss 'astn' que le nombre des citoyens pût toujours se maint'enirégal à celui des partages. _ . '

Phaléat de Caleédoine avoit imaginé une façon de rendre égales les fortunes dans une

répu'blique où elles ne l'étqient pas. Il vouloir'

que les riches donnassent des dots aux pauvres, &'n'en reçussent pas ; 8c que les pauvres reçussent de l'argent pour leurs stlles , 8c n'en donnassent pas. Mais je ne sache point qu'aucune répu

lique se soit accommodée d'un réglement pareilJ

Il niet les citoyens sous des conditions dont les différences sont'si frappantes, qu'ils hairoicnt cette égalité même que l'on chercheroit à introduire. Il est bon quelquefois que les loix ne paraissent pas aller si directement au but qu'elles se proposent. '

. Quoique 'dans la démocratie l'égalité réelle soit l'ame de l'état , cependant elle est si dsfficile à établir, qu'une exactitude' eitrëme à cet égard ne conviendroit pas toujours. ll suffit que l'on étahlisiIe un cens qui réduise ou stxe les dissérence; à un certain point; après quoi c'est à des loix particulières à égaliser ', pour ainsi dire, les inégalités, par les charges qu'elles imposent aux-riches , 8c le soulagement qu'elles accordent aux pauvres. ll n'y a que les richesses médiocres qui puissent donner ou soussrir ces sortes de

_compensations; car, pour les fortunes immodé.

:ées, tout ce qu'on ne leur accorde pa; d.

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