Images de page
PDF

vU“ï‘- .'4..- ï— .

480 DE L'ESPRIT DE-SÏLOI‘X,

:i~ pour la vie , comme cela se pratiquoitàRome, à Lacédémonc 8c à Athènes même. Car il ne faut pas confondre ce qu'on appelloit le sénat à Athènes , qui était un corps qui changeait tous les trois mais , avec l'aréapage, dant les membres étaient établis pour la vie , comme des modèles perpétuels. -— . Maxime génétale: Dans un sénat fait pour être 'lajrègle , 8c, pour ainsi dire, le dépôt des mœurs ,îles sénateurs doivent être élus pour la vie ; dans un sénat fait pour préparer les assaires, les sénateurs peuvent changer. .

L'esprit , dit Aristore , vieillit comme le corps. Cette réslexion n'est bonne qu'à l'égard d'un magistrat unique , 8c ne peut être appliquée à

' une assemblée de sénateurs. - '

Outre l'aréopage , il y avoit à Athènes des gardiens des mœurs, 8c des gardiens des loix. Ã Lacédémone , tous les vieillards étcicnt censeurs. A Rome, deux magistrats particuliers avoient la censure. Comme ie sénat veille sur le peuple , il faut que des censeurs aient les yeux sur le peuple 8c sur le sénat. Il faut qu'ils réta— blissent dans la république tout ce qui a été corrompu, qu'ils norent la tiéd'eur, jugent les négligences , 8c corrigent les fautes , comme les loix punissent les crimes. '* '

- La loi romaine qui voulait quel'accusation de l'adultère fût publique , était admirable pour

'maintenir la pureté des mœurs-5 elle intimidau P

[graphic]
[merged small][merged small][graphic]

les femmes , elle intimidoit auffi ceux qui devoient veiller sur elles. ‘

r Rien ne maintient plus les mœurs qu'une extrême subordination des jeunes gens envers les vieillards. Les uns 8c les autres seront contenus; ceux-là par le respect qu'ils auront pout~ les vieillards , 8c ceux-ci par le respect qu'ils auront pour eux-mêmes.

' Rien ne donne plus de force aux loix, que la subordination extrême des citoyens aux magistrats. cï La grande dissérence que Lycurgue a mise n entre Lacédémone 8c les autres cités , dit Xénon phon , consiste en ce qu'il a sur—tout fait que n les citoyens obéissent aux loix; ils courent M lorsque le magistrat les appelle. Maisà Athènes .- un homme riche seroit au désespoir que l'on n crût qu'il dépendit du magistrat. u

L'autorité paternelle est encore très-utile pour maintenir les mœurs. Nous avons déjà dit que dans une république il n'y a pas une force si. réprimante que dans les autres gouvernemens. Il faut donc que les loix cherchent à y suppléer : elles le font par l'autorité paternelle.

A Rome, les pères avoient droit de vie 8: de mort sur leurs enfans. A‘Lacédémone, chaque père avoit droit de corriger l'enfant d'un autre.

La puissance paternelle se perdit à Rome avec

la république. Dans les monarrhics où l'on n'a I D s

[graphic][merged small][graphic]

que faire de mœurs si pures , on veut que chacun vive sous la puissance des magistrats.

Les loix de Rome qui avoient accoutumé le! jeunes gens à la dépendance , établirent une longue minorité. Peut-être avons-nous eu to” de prendre cet usage : dans une monarchie, on n'a pas besoin de tant de contrainte.

Cette même subordination dans la république y pourrait demander que le père restât pendant sa vie le maitre des biens de ses enfans, comme il sur réglé à Rome. Mais cela n'est pas de l'esprit de la monarchie.

(MRM-Ez”.

CHAPITRE VIII.

Comment les Loix doivent se rapporter au principe du gouvernement dans l'aristoeratie.

[graphic]

Si dans l'aristocratie le peuple est vertueux, on y jouira à peu près du bonheur du gouvernement populaire, 8c l'état deviendra puissant. Mais comme il est rare que n où les fortunes des hommes sont inégales , il y ait beaucoup de vertu- il saut que les ioix tendent à donner autant qu'elles peuvent un esprit de modétation, de cherchent à rétablir cette égalité que la constiturion de l'état ôte nécessairement.

[graphic][merged small][graphic]

L'esprit de modétation est ce qu'on appelle la vertu dans l'aristocratie ; il y tient la place de l'esprit d'égalité dans l'état populaire.

Si le faste 8c la splendeur qui environment les rois, sont une partie de leur puissance, la modestie 8c la simplicité des manières font la force des nobles *ristncratiques. Quand ils n'assectent aucune distinction, quand ils se confondent avec le peuple, quand ils sont vêrus comme lui, quand ils lui font partager tous leurs plaisirs, il oublie sa faiblesse.

Chaque gouvernement a sa nature 8c son principe. ll ne faut donc pas que l'aristocratie prenne la nature 8c le principe de la monarcbie; ce qui arriverait, si les nobles avoient quelques prérogatives personnelles 8c particulières , distinctes de celles de leur corps : les privilèges doivent être pour le sénat, 8c le simple respect pour les sénateurs.

ll y a deux sources principales de désordres dans les états aristorratiques : vl'inégalité extrême entre ceux qui gouvernent Bc ceux qui sont gouvernés; 8L la même inégalité entre les dissétens membres du corps qui gouverne. De ces deux inégalités résultent des haines 8c des jalnusies que les loix doivent prévenir ou arrêter

La première inégalité'se trouve principalement lorsque les privilèges des principaux ne sont honorables que parce qu'ils sont honteux au peuple. Telle sut à Rome 1210i gui déÏEndoif

D

:-r—— l —

34, IDE L'ESPRIT DES LOfX,

.fi aux patriciens de s'unir par rnariage aux plé— béiens ; ce qui n'avoit d'autre esset que de rendre d'un côté les patriciens plus superbes, 8c de l'autre plus odieux. ll faut voir les avantages qu'en tirèrent les tribuns dans leurs harangues.

Cette inégalité se trouvera encore , si la condition des citoyens est dissétente par rapport aux subsides; ce qui arrive de quatre manières: lorsque les nobles se donnentle privilège de n'en point payer; lorsqu'ils font des fraudes pour s'en exempter z lorsqu'ils les appellent à eux sous prétexte de rétributions ou d'appointemens pour les emplois qu'ils exercent; ensin, quand ils rendent le peuple tributaire , 8c se partagent les impôts qu'ils lèvent sur eux. Ce dernier cas ell: rare ; une aristoctatie en cas pareil est le plus dur

de tous les gouvernemens.

Pendant que Rome inclina vers l'aristocratie. elle évita très-bien ces inconvénieus... Les magistrats ne tiroient jamais d'appointemens de leur ina'gii‘trature. Les principaux de la république furent taxés comme les autres: ils le furent même plus , 8c quelquefois ils le furent seuls. Eastn, bienloin de se partager les revenus de l'état , tout ce qu'ils purent tirer du trésor public , tout ce que la fortune leur envoya de richesses; ils le distribuèrent au peuple Pour se faire pardonner leurs honneurs. '

C'cst une maxime fondamentale , qu'autant que les distributions faites au peuple ont de permi-z

:fl

J

« PrécédentContinuer »