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90 DE L'ESPRIT DES LOIX,

Il faut que lnsloix favorisent tout le commerce que la constitution de ce gouvernement peut donner z astn quel.” sujets puissent,sans pétir, satisfaire aux besoins toujours renaissans du prince 8c de sa cour.

ll saut qu'elles mettent un certain ordre dans la manière de lever les tributs, astn qu'elle ne [oit pas plus pesante que les charges mêmes.

La pesanteur des charges produit d'abord le travail, le travail l'accablement , l'accablement l'esprit de paresse.

.aa—HLM». CHAPITRE X'.

De la pramptirude de l'exécution dans la monarchie.

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LE gouvernement monarchique a un grand avantage sur le républicain: les assaires étant menées par un seul, il y a plus de promptirude dans l'exécution. Mais comme cette promptitude pourroir dégénéter en rapidité, les loix y mettront une certaine lenteur. Elles ne doivent pas seulement favoriser la nature de chaque constitution , mais encore remédier aux abus qui pourraient résulter de cette même nature.

Le cardinal de Richelieu veut que l'on évite dans les monarcbies les épines des compagnies Lrv. PICHAP-X. g] qui forment des difficultés sur tout. Quand cet homme n'aurait pas eu le desporisme dans lg cœur, il I'auroit eu dans la tête.

Les corps qui ontle dépôt des loix, n‘obéissent jamais mieux que quand ila vont à pas tardifs, lc qu'ils apportent dans les assaires du prince cette réslexion qu'on ne peut guère attendre du défaut de lumières de la cour sur les loix de l'état , ni de la précipitation de ses conseils...

Que serait devenue la plus belle monarchie du monde, stles rpagistrats , par leurs lenteurs, par leurs plaintes, par leurs prières , n‘avoien; arrêté le cours des vertus mêmes de ses rois, lorsque ces monarques , ne consultant que leur grande ame , auroient voulu récompenser sau. mesure des services rendus avec un courage 3; une stdélité auffi sans mesure?

AŒŒW=9, C H A P I T R E X I. De ?excellence du gouvernement monardique. LE gouvernement monarchiquc a un grand avantage sur le desporique. Comme il est de

sa nature qu'il y ait sous le prince plusieurs ptdr” qui tiennent a la conçut-:tion , l'etat eR

gg DEflL'ESPRIT DES LOIX,

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plus stxe','la‘constitution plus inébranlable , la personne de ceu~x qui gouvernent plus assurée. Cicéron croit que l'établissement des tribun] de Rome -sut le salut de là république. u En effet, dit—il , la 'force du peuple qui n'a point n de chef est plus terrible. Un chef sent que n l'assaire roule sur lui , il y pense : mais le n peuple dans son impétuofité ne connoit point n le pétil où il fe jette. n On peut appliquer cette réflexion à un état desporique, qui est un peuple sans tribuns , 8c à une monarchie où le peuple a en quelque façon des tribuns. - En esset, on voit par-tout que dans les mouvement du gouvernement desporique , le peuple mené par lui—même porte toujours les choses auffi loin qu'elles peuvent aller; tous les désordres qu'il commet sont extrêmes: au lieu que dans les monarcbies, les choses sont très-rarement portées à l'excès. Les chefs craignent pour euxmêmes , ils ont peur d'être abandonnés; les puissances intermédiaires dépendantes ne ,veulent pas que le peuple prenne trop le dessus. ll est rare que les ordres de l'état soient entiétement corrompussi' Le prince tient à ces ordres; &les séditieux qui n'ont ni la volonté ni l'espétance de renverser l'état, ne peuvent ni ne veulent renverser le p'rince. ' Dans ces circonstances, les gens qui ont de la sagesse 8c de l'autorité s'entremettent; on prend .des tempétamens , on s'arrange , on se corrige;

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les loix reprennent leur vigueur 8c (e font ,.

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écouter. ‘

Ausii toutes nos histoires sont-elles pleine; de guerres civiles sans révolutions ; celles des états desporiques sont pleines de révolutions sans guerres civiles. "

Ceux qui ont écrit l'histoire des guerres civiles

de quelques états , ceux mêmes qui les ont fomentées, prouvent assez combien l'autorité que les princes laissent à de certains ordres pour leur service, leur doit être peu suspecte ; puisque dans l'égareurent même; ils ne soupiroient qu'après les loix 8c leur devoir , 8c retardoient la fougue 8c l'impétuostté des factieux plus qu'ils ne pouvoient ia servir. . .' Le cardiaal de Richelieu , pensant peut-être qu'il avoit trop avili les ordres de l'état, a recours pour le soutenir aux vertus du prince 8c de ses ministres; 8c il exige d'eux tant de choses, qu'en vétité il n'y a qu'un ange qui puisse_avoir tant d'attention, tant de lumières , tant de fermeté, tant de connoissances ; 8c on peut à peine se statter que d'ici à la dissolution des monarchies, il puilïe y avoir un prince 8c des ministres pareils.

Comme les peuples qui vivent sous une bonnï police , sont plus heureux que ceux qui, sans règle 8c sans chefs , errent dans les forêts; auffi les monarques qui vivent sous les loix fondamentales de leur état, sont—ils plus heureux

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94 DE L'ESPRIT DES LOIX,

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fine les prsnces desporiques, qui n'ont rien qui' puisse réglerle cœur de leurs peuples ni le leur.

Q2"...—

WICHAPITRE XII.

Continuation du mêmefizjct.

U'oà n'aille point chercher de la magnadinmé dans les états desporique‘s; le prince n'y !Yonnetoit 'point une grandeur qu'il n": pas luimême : chez lui il n'y a pas de gloire.

C'est dans les monarchies que l'on verra autour du prince les sujets recevoir ses rayons; c'est là que chacun tenant, pour ainsi dire , un plus grand espace , peut exercer ces vertus qui donnent à l'ame , non pas de l'indépendance. 'finis de la grandeur.

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