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pays. Une opposition très-vive se manifesta dès les débuts du règne de Guillaume ler 1. Cette opposition renfermait deux éléments très-distincts l'un de l'autre : le parti catholique et le parti libéral. Le gouvernement ne croyait pas d'abord à la possibilité de cette dangereuse fusion , et lorsqu'il reconnut son erreur, il fit tous ses efforts pour rompre une alliance si menaçante. Mais il était trop tard, et ces efforts mêmes resserrèrent le faisceau qu'il voulait briser.

La Belgique de 1815 n'était pas beaucoup plus avancée, quant aux idées libérales, que la Belgique de 1780; et maintenant encore, malgré la force du temps et des choses, malgré le mouvement révolutionnaire de 1830, elle a conservé intacts au fond de ses riches provinces de nombreux souvenirs de la féodalité.

Le parti catholique, parti qui s'appuyait sur les mæurs et les traditions belges, devait naturellement détester toutes les mesures administratives prises dans le but de restreindre l'autorité sécuJière du clergé. Fort de son influence sur les populations, ce parti publia, peu de temps après la promulgation de la Loi Fondamentale (c'était le nom de la Constitution du royaume des PaysBas ), un écrit par lequel il déclarait la Loi incom

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1. Né le 24 avril 1772; mort le 12 décembre 1843.

patible avec les principes de la religion catholique romaine et défendait aux fonctionnaires de prêter serment. Cette défense n'ayant pas produit tout l'effet qu'on en attendait, l'archevêque de Malines prêta le serment exigé par la Constitution, en y mettant cette restriction : qu'en aucun cas il ne pourrait tourner au détriment de la religion catholique. Le roi, pour en finir, accepta la restriction telle que l'archevêque l'avait faite, et tout le clergé belge suivit l'exemple du prélat.

Un an plus tard, le nouvel élément dont l'opposition devait se composer allait se produire au grand jour et attirer l'attention du gouvernement, qui se voyait attaqué par deux ennemis, tandis qu'il avait cru n'avoir affaire qu'à un seul. Le parti libéral, seconde nuance de l'opposition, voulait que

la Loi Fondamentale fût comprise et appliquée de la façon la plus favorable à la Belgique. Son désir était naturel et son but louable; mais, adversaires exagérés de la domination hollandaise, les hommes qui le composaient ne surent pas toujours rester dans les bornes d’une opposition franche et loyale, exempte d'acharnement et d'injustice.

Une alliance se forma, sous le nom d'Union, entre ces deux fractions opposantes qui , bientôt réunies dans un même but, celui d'obtenir des réformes, se fondirent en un seul parti dont la devise allait être désormais : L’union fait la force.

Le complot qui devait renverser l'autorité hollandaise était donc aussi vieux qu'elle en Belgique, et, pendant les quinze années de la réunion des deux peuples sous un même sceptre, la coalition agissait et grandissait à côté du pouvoir. Ses principaux griefs furent : l'obligation de parler la langue hollandaise imposée à tous les fonctionnaires civils et militaires; les deux taxes si impopulaires sur la mouture et l'abattage; l'établissement de la haute cour de justice dans les provinces du Nord; enfin la création du collége philosophique de Louvain, ouvert aux jeunes ecclésiastiques qui devaient y étudier non plus seulement la théologie, mais simultanément la théologie et les sciences.

Et cependant la prospérité matérielle de la Belgique avait atteint son apogée; l’élan était général, parce que la protection du gouvernement s'était généralisée. Un esprit d'émulation s'emparant des provinces méridionales leur avait ouvert la voie des grandes spéculations. Le débit avantageux et facile des toiles de Courtray, des tapis de Tournay, des tissus de Gand, des dentelles de Bruxelles; l'exportation considérable des armes de Liége et de Namur ou des fers du Luxembourg, indiquaient la merveilleuse prospérité du commerce. L'Escaut, fier de sa liberté reconquise, amenait, comme au temps de Philippe II, les flottes du monde dans le port d'Anvers, où le commerce était plus actif qu'à Rotterdam, ce vieux comptoir de l'Europe marchande.

L'histoire doit le constater : ce n'est point parce que le gouvernement des Pays-Bas a méconnu ou trahi les intérêts matériels de la Belgique que les Belges l'ont renversé. L'antipathie religieuse et la dissemblance des meurs avaient préparé la révolution; le caractère si indépendant des Belges, ce caractère politique que l'on retrouve partout et toujours dans l'histoire des Flandres, la rendait possible et probable; quelques agitateurs l'accomplirent, et plus tard un parti sérieux s'en empara.

II

Cependant, après la révolution de Juillet, les propagandistes français promenaient dans Bruxelles la cocarde tricolore, parlaient bruyamment de liberté au théâtre et sur les places publiques, chantaient la Parisienne et la Marseillaise, vantant avec affectation les glorieuses destinées promises aux générations nouvelles qui avaient le courage de répudier les régimes anciens et de renverser les vieux trônes.

La garnison de Bruxelles était, en ce moment, composée de deux bataillons d'infanterie de la garde, de deux bataillons de la ligne, de la garde municipale, de deux escadrons de cavalerie et de six pièces de canon. Cette garnison, qui présentait une force d'environ dix-huit cents hommes d'infanterie et deux cent cinquante chevaux , se trouvait placée sous les ordres du comte de Bylandt, gouverneur du Brabant; le gouvernement civil de cette province était confié au baron Van der Fosse, et M. de Knyff avait la direction générale de la police. Sur eux seuls allait retomber la responsabilité des événements qui se préparaient , car le roi résidait alors au château du Loo, en Hollande, ainsi que le prince d’Orange et le prince Frédéric des Pays-Bas, ses deux fils.

L'orage éclata tout à coup; depuis deux jours, une agitation inusitée avait semé dans Bruxelles de vagues inquiétudes, la police avait déjà trouvé sur les murailles de la ville des placards portant ces mots : «A bas Van Maanen! Mort aux Hollandais ! » Le baron Van der Fosse et M. de Knyff jugèrent prudent d'ajourner les illuminations brillantes destinées à célébrer l'anniversaire de la naissance du roi, preuve irrécusable de faiblesse et de crainte dont le peuple comprit aisément les véritables motifs. Les ifs, les candélabres disposés dans le parc avaient été laissés debout; la populace les entoura dans la soirée du 23 août, en poussant des huées et des vociférations.

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