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révolutionnaire vers laquelle les chefs de l'Union s'étaient vus si brusquement conduits. Les émeutiers avaient arboré le drapeau tricolore français ; on le remplaça par la bannière rouge, jaune et noire du Brabant, et l'on vit bientôt cet étendard flotter sur la vieille tour de l'Hôtel de Ville, aux cris de « Vivent les Belges ! » On déclara que la cocarde orange, n'étant que l'emblème d'une famille, ne pouvait plus être celui de la nation, et l'on acheva d'enlever les écussons royaux des édifices publics et privés. Pendant ce temps, les troupes concluaient une sorte de trêve avec les révoltés, par l'intervention de la garde civique, et le comte de Bylandt promettait de ne pas attaquer

si on laissait en repos, tout en leur procurant des vivres, les soldats qui bivaquaient devant les palais.

La milice bourgeoise, dont les rangs grossissaient à chaque instant, comptait déjà trois mille citoyens sous la bannière nationale qu'elle avait adoptée, et le baron Emmanuel d'Hoogvorst en avait pris le commandement. Les compagnies , après avoir choisi leurs chefs, furent envoyées par lui

pour occuper les principaux points de la ville. Elles se faisaient précéder par des bannières sur lesquelles on lisait la formule parisienne: «Liberté, ordre public!» et dispersaient les groupes, qui n'osaient plus se reformer ensuite.

Le soir, la ville fut illuminée; chaque façade était éclairée par des lampions par ordre de l'autorité municipale, qui voulait remplacer ainsi les. réverbères brisés les jours précédents. Grâce aux mesures prises par le baron d'Hoogvorst , et surtout grâce à la vigilance des citoyens, le repos de Bruxelles ne fut pas troublé pendant cette nuit. Toutefois personne ne se faisait illusion sur le véritable état des esprits; personne, en effet , ne pouvait raisonnablement espérer que la multitude déchaînée eût si vite renoncé à ses prétendues vengeances et que l'émeute eût déjà dit son dervier mot.

III

Cependant les dépêches qui annonçaient l'émeute du 25 et du 26 août avaient été remises au roi Guillaume dans la soirée du 27. Le roi, profondément affecté, eut peine à surmonter sa douleur. Quittant à l'instant le château du Loo, il se rendit à La Haye, accompagné du prince d'Orange et du prince Frédéric. Un conseil de cabinet fut aussitôt assemblé, et le prince d'Orange le présida. Tous les ministres y assistaient, excepté M. Van Gobbelschroy, qui se trouvait alors à Bruxelles. M. Van

Maanen offrit sa démission, et le roi la refusa. Alors, soutenu par plusieurs de ses collègues, le ministre insista pour l'adoption de mesures rigoureuses dans le but de réduire les rebelles et de conserver la dignité de la couronne.

« Toute négociation avec les révoltés doit nécessairement, disait-il, augmenter leur audace, et peut être considérée comme une reconnaissance indirecte du droit de l'insurrection populaire ; que les Belges confessent leur faute, qu'ils se soumettent à la volonté du gouvernement avant de jouir des bienfaits de sa clémence. Le royaume des Pays-Bas a été créé par les alliés, pour servir de digue entre la France et l'Europe; la GrandeBretagne ne se départira pas des principes qui ont formé la base de sa politique étrangère pendant deux siècles : les Hollandais sont donc ses alliés naturels sur le continent, et le roi peut réclamer la coopération d'une armée et d'une flotte anglaises, si cela devient nécessaire. La faiblesse des rois a, plus souvent que la fermeté des ministres, amené la chute des empires. »

« Faites cesser sans délai les plaintes du peuple belge, répondait le prince d'Orange", offrez-lui quelques garanties pour l'avenir, et les signes de la rébellion disparaîtront, soyez-en sûrs. Ne comptez

1. Né le 6 décembre 1792; mort le 17 mars 1849.

ni sur les alliés ni sur l'Angleterre; dans l'état actuel de l'opinion publique en Europe, la politique et l'intérêt de tous les gouvernements les empêcheront d'intervenir en notre faveur; si nous tirons l'épée, nous ne devons rien attendre que de nos propres forces; quelques milliers de florins peuvent remédier aux dégâts faits par la popu lace; des millions ne sauraient rendre une couronne perdue. »

Funeste et constant antagonisme entre la politique de répression et la politique. de concession que l'on voit, signal de décadence et de chute, se produire partout et toujours au milieu de circonstances de cette nature.

Confiant dans la popularité dont il jouissait en Belgique, le prince d'Orange offrit au conseil de se rendre seul à Bruxelles, chargé de pleins pouvoirs pour traiter avec la révolte. Il demandait en outre que son père acceptât la démission de M. Van Maanen; mais, obligé de céder aux volontés de la majorité, le prince dut se rendre immédiatement en Belgique, investi de pouvoirs incomplets et accompagné du prince Frédéric, son frère, auquel était confié le commandement des troupes.

Toutes les forces militaires disponibles furent aussitôt envoyées à Rotterdam, et embarquées pour Anvers. La cavalerie, l'artillerie , durent gagner rapidement les provinces méridionales par Utrecht

et la Frise. La Schuttery" fut appelée à un service permanent, et l'armée se disposa à entrer en campagne aux cris de : «A bas les rebelles ! »

Pendant ce temps, et en conséquence des pouvoirs que lui donnait l'article 97 de la Loi Fondamentale, le roi convoqua les chambres législatives pour le 12 septembre. C'était à La Haye qu'elles devaient se réunir.

Le 31 août , les princes portèrent leur quartier général d'Anvers à Vilvorde, où ils trouvèrent trois bataillons d'infanterie, deux escadrons de cavalerie et huit pièces d'artillerie de campagne, qui s'y étaient arrêtés sur la demande faite au comte de Bylandt par les notables habitants de Bruxelles. D'autres troupes, échelonnées entre Gand et Alost, reçurent l'ordre de se concentrer sur Assche, et quelques détachements furent envoyés en avant pour éclairer la route depuis Vilvorde jusqu'à Laeken.

Dès que les princes furent établis à Vilvorde, un aide de camp partit pour Bruxelles, chargé de dépêches adressées au baron d'Hoogvorst, que le prince d'Orange invitait à se rendre au quartier général, pour assister à la délibération qui allait avoir lieu sur les mesures à prendre dans le but de rétablir en Belgique l'autorité du souverain

1. C'est la garde communale ou milice en Hollande.

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