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Halen , arrêté

par

ordre du gouvernement provisoire et accusé de viser à la dictature 1, s'étaient mises à la poursuite des Hollandais. La colonne commandée par Niellon comptait environ trois mille hommes d'infanterie, quelques cavaliers et six pièces de canon; celle commandée par Nypels et Mellinet se composait d'environ quatre, mille hommes d'infanterie et d'une compagnie d'artillerie.

Bientôt les Belges furent maîtres de tout le pays depuis la rive gauche du Ruppel et des DeuxNèthes, jusqu'aux portes d'Anvers. Le 21 octobre, leurs chefs s'étant réunis en conseil de guerre, il fut décidé que leurs colonnes se porteraient simultanément sur Anvers par la chaussée de Lierre, Duffel et le pont de Walhem. Ces mouvements s'exécutèrent en effet dans la soirée du 22 , et le 25, après plusieurs escarmouches contre les Hollandais, les deux corps réunis de Mellinet et de Niellon attaquèrent l'arrière-garde du duc de Saxe-Weimar qui occupait Berchem ; combat trèsvif , où le comte Frédéric de Mérode, dont on remarque le tombeau dans la cathédrale de Bruxelles, fut mortellement atteint au milieu des volontaires patriotes. A la suite de cette chaude rencontre, les

1. Il ne paraît pas que cette accusation ait eu aucune suite sérieuse, et le général Van Halen obtint, en se retirant, une pension du gouvernement belge.

temps, le

Hollandais se retirèrent sous le canon de la citadelle d'Anvers, et des rapports sur la situation intérieure de la ville étant parvenus à Mellinet, ce dernier, exalté par ses succès, décida qu'une attaque serait tentée dès le lendemain matin.

Le 26 octobre, à la pointe du jour, Niellon et Nypels s'avancèrent en effet du côté du faubourg de Borgerhout, et s'étant emparés d'une demi-lune en avant de la porte, tournèrent contre Anvers les canons abandonnés par les Hollandais. Pendant ce

corps de Nypels, débouchant de Berchem, marchait sur la porte de Malines, et la gauche des Belges, commandée par Mellinet , s'avançait vers Kiel, rejetant sur Anvers les colonnes ennemies.

Cependant, au bruit du canon, les insurgés de l'intérieur, que la présence du prince d'Orange avait pendant quelque temps tenus en respect , s'étaient jetés sur un petit navire rapproché du quai de l'Escaut et l'avaient pillé presque sous les yeux de l'équipage d'un bâtiment de guerre. Suffisamment armés, ils attaquèrent aussitôt les postes gardés par les Hollandais qui, forcés de se retirer devant de trop nombreux assaillants, se replièrent sur la citadelle. En un instant les portes furent brisées; Mellinet et Niellon entrèrent triomphants, et c'est ainsi qu'en moins de trois heures Anvers, ce point militaire si important, cette clef de l'Escaut, tombait aux mains des volontaires belges. Il est vrai que le général Chassé avait commis une faute que les gens de guerre peu habitués aux combats des rues commettent assez ordinairement, celle de diviser ses forces en petits détachements, au lieu de les rassembler et de leur donner un grand centre d'action commune.

Cependant la régence, qui désirait obtenir un armistice, avait, aussitôt après le combat , envoyé à la citadelle un parlementaire que plusieurs consuls étrangers accompagnaient dans cette mission. Le général Chassé conclut avec ce parlementaire une convention verbale, et un drapeau blanc fut immédiatement hissé sur les remparts de la citadelle.

Malheureusement Mellinet et Niellon n'avaient pas été consultés par la régence. Furieux de ce qu'ils nommaient une insulte à leur mandat, ils se rendirent à l'Hôtel de Ville, où Chassé venait d'envoyer un de ses officiers pour conclure avec la municipalité l'arrangement définitif; les généraux belges déclarèrent alors que la ville ayant été prise d'assaut, et que, par ce seul fait, la régence n'existant plus, toute l'autorité se trouvait désormais concentrée entre leurs mains. Ils dressèrent sur-le-champ un inadmissible projet de capitulation qu'ils envoyèrent insolemment au général Chassé, et que le vieux soldat rejeta avec indignation. Un grand nombre de volontaires belges s'étaient, pendant ce temps, répandus dans des rues voisines de la citadelle. Ayant aperçu quelques

soldats hollandais aux fenêtres de l'arsenal, ils les insultèrent et tirèrent sur eux. Les Hollandais ripostèrent aussitôt, et la fusillade s'engagea. Bientôt aussi les Belges, protégés par le feu d'une pièce de six, attaquaient à coups de hache la porte qu'ils renversaient, et s'emparaient de l'édifice. Il était alors quatre heures du soir.

Au même instant le pavillon blanc disparut, et une effroyable détonation jeta la terreur dans l'âme des malheureux habitants d'Anvers. La citadelle, cette menace permanente inventée par le duc d'Albe, venait d'ouvrir contre la ville le feu simultané de tous ses canons, et à ce signal la flotte hollandaise, stationnée dans l'Escaut, dirigeait vigoureusement ses coups sur les quais du port où les Belges étaient embusqués. Un véritable déluge de bombes et d'obus tombant alors sur Anvers, sembla devoir écraser cette malheureuse cité. Les nombreux projectiles éclataient et anéantissaient tout ce qui se trouvait sur leur passage ; les toits et les murailles ne résistaient point au choc des bombes, dont les explosions continues étaient répétées par les échos des vieilles tours de la cathédrale; lugubre harmonie bien en rapport avec le triste spectacle que présentait alors la ville. Les habitants terrifiés se précipitaient dans les rues en jetant des cris d'épouvante, ou se retiraient dans les caves de leurs maisons, espérant y trouver un abri. Quelques-uns réunissaient à la hâte leurs principales richesses qu'ils chargeaient sur des voitures, et s'empressaient de gagner avec leurs familles les campagnes environnantes. Des vieillards, des femmes, des enfants éplorés, qui n'avaient pas la force ou la présence d'esprit de fuir le danger, s'évanouissaient au milieu des rues, et plusieurs de ces malheureux furent étouffés sous les pieds des fuyards. Le sifflement des bombes, le bruit incessant de la canonnade, la chute des maisons et les clameurs effrayantes d'une population en délire formaient alors un épouvantable ensemble.

L'obscurité de la nuit vint bientôt ajouter à l'effet de ce terrible spectacle. En voulant déloger l'ennemi de l'arsenal qu'il occupait, Chassé avait incendié cet édifice et l'entrepôt général du commerce qui l'avoisinait. Une longue colonne de feu annonça ce déplorable résultat. Dans plusieurs directions les flammes s'élevaient jusqu'au ciel, dont la voûte s'illuminant progressivement prenait une teinte sanglante que l'horizon reflétait au loin.

Plusieurs tentatives avaient été faites dans la soirée pour parvenir jusqu'à la citadelle et engager une négociation avec le général Chassé; mais le bruit de l'artillerie et la fumée avaient également empêché de voir et d'entendre les parlementaires,

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