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mort civilement, tous les autres effets de la déportation subsistant, ainsi qu'ils sont réglés par les articles précités. Ayant égard aux faits de la cause , tels qu'ils sont résultés des débats; damne le comte de Peyronnet, Victor Chantelauze, et le comte de Guernon-Ranville, à la prison perpétuelle. Les déclare pareillement déchus de leurs titres, grades et ordres. — Condamne le prince de Polignac, le comte de Peyronnet, Victor Chantelauze, et le comte de Guernon-Ranville, personnellement et solidairement au frais du procès. Ordonne que l'expédition du présent arrêt sera transmise à la Chambre des députés par un message;

ordonne qu'il sera imprimé et affiché à Paris et dans toutes les autres communes du royaume, et transmis au garde des sceaux, ministre secrétaire d'État au département de la justice, pour en assurer l'exécution. »

Aussitôt après la lecture de l'arrêt, la séance fut levée et les juges se dispersèrent. Un rugissement de colère retentit dans les masses frémissantes. Mais la bourgeoisie armée avait compris que derrière quelques fanatiques, dont les seuls mobiles étaient l'irritation et la vengeance, se cachaient des conspirateurs rêvant au profit de leurs ambitieux appétits ou de leurs inexplicables utopies une révolution nouvelle qui surgirait tout à coup d'un grand désordre à l'instar de la révolution de Juillet. Elle devint de son côté fanatique d'ordre et de repos, malgré les instincts vindicatifs qu'elle trahissait partiellement contre les derniers conseillers de Charles X. Sa contenance demeura ferme, et l'émeute recula devant elle. Pendant toute cette nuit d'émotions et de trouble, la garde nationale bivouaqua autour de grands feux sur les places et dans les carrefours de la cité, trop inquiète pour s'endormir.

Le lendemain 22, tout Paris connaissait l'issue de ce procès, et les agitateurs s'esforçaient de soulever la colère des masses contre l'arrêt rendu par la Cour des pairs. L'émeute se renouvela ; mais la garde nationale reçut bientôt un renfort inattendu : celui des écoles. Les étudiants avaient spontanément offert leur concours à M. Odilon Barrot, et le préfet de la Seine, les encourageant dans cette bonne voie, s'était empressé de l'accepter. Ils parcoururent les divers quartiers de Paris, en faisant entendre des paroles sages et généreuses au peuple, sur lequel ils avaient depuis les journées de Juillet conservé un certain empire. Fiers de cette popularité encore vivace, s'ils mirent un puéril enthousiasme à la bien constater, c'était du moins dans un grand intérêt public, et lorsqu'ils se présentèrent au Palais-Royal, Louis-Philippe leur fit un accueil qui les flatta profondément.

Le parti républicain avait compté sur ces terribles journées pour renverser l'édifice gouvernemental inauguré cinq mois avant. Il rentra un peu étonné sous sa tente; car d'un côté des alliés qu'il se croyait acquis lui faisaient subitement défaut, et il était également certain que le lien qui unissait la garde nationale, c'est-à-dire la bourgeoisie armée, à la dynastie de Juillet, s'était resserré en présence d'un danger commun : l'anarchie. Le drapeau noir, un instant déployé, disparut dans l'ombre. Mais le petit groupe représentant toutes les nuances de la démocratie radicale pensa que des occasions nouvelles et propices ne tarderaient peut-être pas à se produire. Il ne se découragea pas, parce qu'il espéra qu’un antagonisme, fût-il passager, se manifesterait un jour entre la bourgeoisie de Paris et la royanté des barricades. Il ne se trompait pas dans ses calculs. Seulement il lui fallut attendre dix-huit ans.

Quant au gouvernement, il avait accompli un noble et difficile devoir. Les cabinets étrangers prirent pour lui de l'estime en lui découvrant de la force et du courage.

LIVRE CINQUIÈME

1. Attitude du général Lafayette. L'opinion se soulève contre son auto

rité irresponsable. Sa démission. Modifications dans le personnel gouvernemental. — II. La conférence de Londres. Ses premiers travaux. Réunion du congrès belge. Il adopte la forme monarchique, et vote l'exclusion du trône de la famille d'Orange-Nassau. Protocoles 11 et 12 de la conférence de Londres.- III. Le ministère Laffitte en face des partis. Les Bourbons exilés. Anniversaire de l'assassinat du duc de Berry. Pillage de Saint-Germain-l'Auxerrois. Destruction de l'Archevêché de Paris. Les fleurs de lis effacées. Faiblesse du pouvoir. – IV. Le duc de Mortemart à Saint-Pétersbourg. Débuts de la révolution polonaise: Premières luttes. Batailles de Wawer et de Grochow. – V. Le congrès belge. Intrigues diplomatiques. Élection du duc de Nemours. Louis-Philippe refuse la couronne pour son fils.

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M. de Lafayette venait de rendre des services; honnête homme, il s'indignait à l'idée du sang versé, et son attitude durant les dernières heures du procès des ministres avait du moins prouvé ses bonnes intentions. Mais ce n'était pas sans arrièrepensée que M. de Lafayette avait agi de la sorte; il voulait, tout en constatant clairement l'espèce de dictature que lui conférait sa situation de commandant général des gardes nationales du royaume, faire servir au développement de ses idées politiques l'influence que les derniers événements lui avaient donnée. Son ordre du jour du 24 décembre se terminait par ces phrases significatives : « La capitale, dont la sécurité a été garantie avec une sage fermeté, est contente de nous; il en sera de même dans toute la France. Les affaires comme notre service reprennent leur cours ordinaire; la confiance va se rétablir; l'industrie va se ranimer; tout a été fait pour l'ordre public; notre récompense est d'espérer que tout va être fait pour la liberté. »

Cette situation de protecteur du gouvernement de Juillet, que l'importance extra-légale de ses fonctions donnait à M. de Lafayette, préoccupait naturellement les cabinets étrangers. Elle frappa également la Chambre, parce que l'opinion publique commençait à s'en émouvoir. On savait que certaines conditions étaient impérativement mises en avant par le vieux général ; que, par exemple, il demandait la dissolution immédiate de la Chambre, dont la majorité lui semblait sans doute trop conservatrice, de plus, une loi électorale appelant à voter presque tous les citoyens contribuables, et enfin, une pairie élective comme le sénat des ÉtatsUnis. Ces tendances effrayaient, on les savait

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