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prie, Messieurs, de ne pas porter une haine générale à tous les Polonais; ils sont nos frères, la révolte n'a été fomentée que par quelques hommes mal intentionnés. J'espère qu'avec l'aide de Dieu tout finira heureusement. »

Et en attendant le développement ultérieur de la révolution polonaise, les troupes destinées à la combattre étaient transportées sur des traîneaux vers les frontières, tandis que l'empereur en donnait le commandement général au maréchal Diebitsch-Zabalkanski, l'une des gloires nouvelles de l'armée russe. Le danger était imminent pour la Pologne, et cependant, trop fidèle aux traditions de son histoire, la Pologne se livrait déjà à ces divisions intestines qui sont la perte des nations. Chlopicki, irrité de n'avoir pu empêcher la publication du manifeste qui mettait entre les deux peuples une barrière désormais infranchissable , sinon à main armée, venait de déposer une seconde fois l'autorité dictatoriale dont il avait été investi. Il fallait pourvoir au commandement en chef des troupes polonaises, et les ambitions surgissaient de tous côtés, ardentes, implacables. Le prince Michel Radziwill fut nommé généralissime, mais l'expérience militaire lui faisait défaut; sur les instances du prince Adam Czartoryski, Chlopicki promit de faciliter à Radziwill la tâche si rude qu'il allait entreprendre, et l'histoire lui doit cette justice que, dans le rôle secondaire qu'il s'était réservé, Chlopicki montra tout le dévouement, loute l'abnégation que l'on pouvait attendre de son loyal caractère. La question s'envenimait et se compliquait de jour en jour. Le nonce Jezierski avait raconté comment le prince Lubecki et lui-même n'avaient, durant leur mission à Saint-Pétersbourg, obtenu de l'empereur que des paroles sévères. La diète accueillit ces communications avec des démonstrations hostiles à la dynastie des Romanoff, et la déchéance du Tsar Nicolas comme roi de Pologne fut proclamée après une séance des plus orageuses. L'exaspération de l'assemblée se répandit promptement au dehors; les rues de Varsovie retentirent toute cette nuit de cris révolutionnaires et d'hymnes à la liberté. On eût dit que le peuple cherchait à s'étourdir par des chants de triomphe sur les périls de la crise redoutable dans laquelle on le précipitait. Le lendemain des entraînements de cette nature est presque toujours signalé par des regrets et par des larmes.

Le 30 janvier 1831, la diète constituait enfin un gouvernement composé de cinq membres, à la tête duquel se trouvait le prince Adam Czartoryski avec le titre de président. Cette administration supérieure renfermait dans son sein des éléments politiques bien divers. Les opinions monarchiques, constitutionnelles et républicaines s'y trouvaient représentées ; on avait voulu faire de la conciliation, et l'homogénéité manquait. Les cinq membres de ce gouvernement national étaient MM. le prince Czartoryski et Barzykowski, franchement partisans de la monarchie ; Lelewel, démocrate ; Vincent Niemorowski et Théophile Morawski, constitutionnels. Bientôt il allait se trouver aux prises avec les difficultés matérielles de la situation, car l'armée russe s'avançait à grands pas vers Varsovie , et son enthousiasme devait faire prévoir un premier choc terrible. Les concessions faites à la Pologne par les empereurs Alexandre et Nicolas avaient toujours excité d'ardentes jalousies chez les Russes.

Les haines allaient s'assouvir dans le sang entre les deux nations rivales.

« L'insurrection poursuit sa course, disait l'enpereur en terminant le manifeste adressé à ses sujets; les insurgés prennent les armes contre la Russie, et provoquent nos fidèles provinces à une séparation de notre empire. Une assemblée illégale a osé déclarer, le 13 du mois de janvier, que nous et notre maison impériale avions cessé de régner en Pologne, et que le trône relevé par notre auguste frère attendait un nouveau souverain. Cet oubli de tous les devoirs et de tous les serments a comblé la mesure du crime. Le moment est venu d'employer la force, d'appeler à notre aide le souverain juge de toutes les actions, et de marcher contre les rebelles. Russes, dans cette triste cir

constance, nous prenons les armes avec l'affliction d'un père, mais avec la résolution d'un prince qui connait ses devoirs pour le salut et l'intégrité de notre empire. Offrons nos prières ferventes au Tout-Puissant; qu'il bénisse nos efforts ; que, par une prompte victoire, il écarte de nous les obstacles qui s'opposent au repos des peuples dont la destinée nous est confiée. Et aussitôt que l'empire, troublé par quelques rebelles, sera rendu à luimême, que le Tout-Puissant nous aide à fonder son avenir sur les bases solides qui répondent aux besoins du royaume, et réduisent pour jamais au néant les rêves de ceux qui parlent de séparation. Sujets fidèles, tel est le but de vos efforts; la patrie peut compter sur vous. »

Le général Chlopicki avait conseillé un système de défense qui concentrait autour de Varsovie la majeure partie de l'armée polonaise, et devait ainsi présenter aux Russes un moyen de résistance formidable. Les hostilités commencèrent le 14 février 1831. L'aile droite des Polonais, appuyée au faubourg de Praga, repoussa vigoureusement, sous les ordres du général Dwernicki, un corps russe, qui s'était avancé jusqu'à Hoczerk. La prise de onze pièces de canon couronna les efforts des Polonais pendant cette journée. Mais l'armée russe s'avançait toujours, étendant ses deux ailes des sources du Bug à l'embouchure du Niémen, comme

les bras d'un immense géant prêt à étreindre Varsovie. A l'approche de ces colonnes menaçantes, les habitants des campagnes s'enfuyaient, et cherchaient un refuge derrière les bataillons polonais. Diebitsch ne tarda pas à

occuper

les bois de Grochow, avec quatre-vingt mille Russes, appuyés par deux cents pièces d'artillerie. L'armée polonaise ne comptait sur ce point qu'environ quarante-cinq mille hommes et cinquante pièces de canon. Le combat s'engagea sur toute la ligne (il a pris dans l'histoire le nom de bataille de Wawer), et continua pendant les deux journées du 19 et du 20 février 1831. L'acharnement avait été égal des deux côtés, et, après des flots de sang répandus, les deux armées conservèrent leurs positions respectives. Un armistice fut conclu pour donner la sépulture aux victimes de cette première lutte; mais cette trêve ne dura que quatre jours.

Dans la matinée du 25 février, l'armée russe, qu'un corps de grenadiers, fort de vingt mille hommes, était venu renforcer sous les ordres du prince Schakovskoï, s'ébranla sur toute la ligne. Le feld-maréchal voulait s'emparer d'un bois d'aulnes, longtemps défendu par les Polonais pendant la précédente affaire. Il s'avance vers ce point qu'il désire enlever. La division Zymirski lui oppose une résistance désespérée, et le général lui même tombe mortellement frappé; mais la force

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