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vingt-seize de ses membres; et vainement l'opposition , dont une partie demandait que l'élection d'un roi fût différée jusqu'à l'arrangement définitif des contestations relatives au territoire, dont l'autre voulait au contraire qu'une déclaration de guerre fût immédiatement signifiée à la Hollande, cherchat-elle à s'opposer à la prise en considération de cette demande. En désespoir de cause, l'opposition proposa de n'élire pour roi qu'un citoyen belge; mais 137 voix contre 48 rejetèrent cette proposition. La majorité résolut alors de procéder immédiatement à l'élection du prince Léopold, et la discussion préliminaire fut fixée au lendemain.

Dans la soirée du 4 juin, les débats étant clos, sur 196 votants, 152 suffrages avaient été accordés au prince Léopold de Saxe-Cobourg; 14 à M. Surlet de Chokier; 19 députés s'étaient abstenus; 10 avaient voté contre l'opportunité de l'élection, et enfin 1 bulletin avait été déclaré nul.

Dès que le résultat de l'élection fut connu, lord Ponsonby 1 expédia un courrier à Londres. Ce fut dans la matinée du 6 que le prince Léopold apprit qu'il était roi des Belges. Une députation, composée du président et de neuf membres du congrès, allait bientôt lui porter officiellement cette nouvelle, que la conférence reçut avec une vive satisfaction; car, ainsi que nous l'avons dit, cette élection, basée sur des raisons politiques de l'ordre le plus élevé, n'était pas seulement anglaise, elle était européenne.

1. Lord Ponsonby avait quitté Bruxelles mais non la Belgique.

Pendant que la députation belge faisait tous ses efforts pour parvenir à surmonter les difficultés que le prince Léopold opposait à son acceptation, le parti du mouvement agissait à Bruxelles dans un but diamétralement opposé. On cherchait à exploiter l'irritation que les protocoles avaient semée dans les esprits. Lord Ponsonby, jugeant dangereux et inutile d'exciter davantage ce sentiment populaire, avait évité de présenter au congrès les quatre derniers protocoles venus de Londres. Le cabinet de La Haye en envoya à Bruxelles les copies qui, grâce aux maneuvres de ses partisans, furent lues au congrès dans la séance du 2 juin; l'effet qu'ils produisirent fut en quelque sorte électrique; un cri de guerre retentit dans la salle, et trouva un bruyant écho au dehors. Séance tenante, le congrès fixa le 30 juin comme le dernier jour des négociations relatives au Luxembourg, déclarant hautement que la guerre était le seul moyen de terminer la question de délimitation territoriale.

Le régent et son ministère se trouvaient donc dans la position la plus embarrassante : persécutés par les partis, privés de conseils diplomatiques, il leur fallait redoubler de fermeté et d'énergie pour

résister au torrent qui semblait entraîner la nation vers un abime. En cette circonstance, M. Surlet de Chokier s'efforça de rallier autour du gouvernement les députés qui avaient voté pour le prince Léopold, et à engager les esprits à accueillir les modifications

que

la conférence de Londres jugeait convenable d'apporter dans ses déterminations. Un incident heureux vint lui faciliter cette tâche si pénible : ce fut l'arrivée à Bruxelles du comte Zalusky, envoyé par la nation polonaise, et qui, jugeant que la consolidation de l'indépendance belge aurait nécessairement une grande influence sur la conduite future des puissances, relativement à la Pologne, prêcha aux associations patriotiques la conciliation et la modération.

Les commissaires envoyés à Londres étaient revenus à Bruxelles le 27. M. de Gerlache communiqua publiquement au congrès la réponse du prince, renfermant son acceptation conditionnelle, et lut ensuite la lettre suivante, adressée par lui à M. Surlet de Chokier :

« Monsieur le régent, c'est avec une sincère satisfaction que j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, en date du 6 juin. Les circonstances qui ont retardé ma réponse vous sont trop bien connues pour avoir besoin d'une explication.

« Quel que soit le résultat des événements politiques, relativement à moi-même, la confiance flat

teuse que vous avez placée en moi m'a imposé le devoir de faire tous mes efforts pour mener à une fin heureuse une négociation d'une si grande importance pour l'existence de la Belgique, et peutêtre pour la paix de l'Europe.

« La forme de mon acceptation ne me permettant pas d'entrer dans des détails, je dois ajouter ici quelques explications : aussitôt que le congrès aura adopté les articles que la conférence de Londres lui propose, je considérerai les difficultés comme levées pour moi, et je pourrai me rendre immédiatement en Belgique.

« Actuellement, le congrès pourra d'un coup d'ail embrasser la position des affaires. Puisse sa décision compléter l'indépendance de sa patrie, et me fournir ainsi les moyens de contribuer à sa prospérité avec le dévouement le plus vrai!

« Veuillez agréer, Monsieur le régent, l'expression de mes sentiments distingués. »

On le voit , l'acceptation du prince dépendait entièrement de l'adhésion des représentants belges au traité des dix-huit articles. Ce traité fut communiqué au congrès le 28 juin, et la discussion des articles fixée au 1er juillet. L'opposition et l'association patriotique, réunissant alors leurs fureurs et leurs efforts, cherchèrent, par tous les moyens possibles, à exciter les préjugés populaires, et à jeter la discorde parmi les hommes du gouvernement. L'indécision régnait dans le congrès, l'émeute dans la rue; c'était un dernier combat, mais un combat à outrance, que les factions livraient au pouvoir, Trente - neuf députés, faisant partie de la plus extrême opposition, rédigèrent une protestation violente contre la discussion du traité. Et, pendant ce temps, le général Hardy de Beaulieu tentait un mouvement républicain, que le bon sens des provinces étouffait à sa naissance.

Cependant le congrès semblait reculer devant la tâche patriotique qu'il avait à remplir et s'épouvanter de l'orage qui grondait au dehors; ainsi, lorsque arriva l'heure de la discussion générale, chacun hésita à l'entamer, et un seul député, Van Snick (de Mons), eut le courage de s'écrier : « On a demandé quel serait parmi nous celui qui oserait assumer la responsabilité de proposer l'adoption des dix-huit articles; eh bien! messieurs, c'est moi, et je le fais parce que je crois faire une bonne action. »

De violents murmures, partis des tribunes, accueillirent ces paroles; mais l'assemblée encouragée décida qu'on allait procéder immédiatement à la discussion générale. Cette discussion dura neuf jours, et pendant ce temps le congrès belge eut à supporter des scènes dignes de celles de la Convention.

En face de l'antipathie populaire, si nettement

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