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hommes de son équipage furent alors dirigés sur Anvers, où ils entrèrent sous l'escorte d’un piquet d'infanterie française; assaillis sur la place de Meir par les insultes d'une populace furieuse, ces braves gens eussent été inévitablement massacrés, sans la protection du détachement français auquel leur garde avait été confiée.

Le 25 décembre, vers neuf heures du soir, les marins hollandais mettaient eux-mêmes le feu aux six canonnières mouillées sous la citadelle, en coulaient bas cinq autres, et faisaient sauter le bateau à vapeur le Chassé, par l'ordre du colonel de marine Koopman, qui assuma sur lui la responsabilité de cet acte désespéré, mais énergique. C'était presque imiter l'exemple du célèbre lieutenant Van Speyk : on sait que le 5 février 1831, ce jeune marin, voyant son bâtiment poussé par la violence des flots sous les batteries du fort Saint-Laurent et une compagnie de volontaires belges se précipiter sur le pont du navire pour renverser le pavillon batave, n'hésita

pas à se faire sauter en l'air, noble fils dont la Hollande, justement fière, a su, en appelant les arts à son aide, consacrer et perpétuer le souvenir 1!

Le roi Guillaume n'ayant pas admis les conditions de la capitulation et l'évacuation des forts de

1. Amsterdam a élevé un tombeau à la mémoire de Van Speyk. Le phare d'Egmont-sur-Mer porte aussi son nom.

Lillo et de Liefkenshoek, les troupes hollandaises demeurèrent prisonnières de guerre : le 29 décembre 1832, elles étaient dirigées sur la France. Le général Chassé, le général-major de Favauge, le colone! Koopman, le lieutenant-colonel de Boer, les majors Van der Wyck, Bouman, Brunsted, et le lieutenant de marine Meesman, faisaient partie de ces colonnes qu’une division de lanciers français fut chargée d'escorter jusqu'à Saint-Omer, Aire et Hesdin, les trois villes désignées pour leur séjour.

Ainsi ce termina ce siége mémorable dans l'histoire des guerres modernes. Le gouvernement français s'empressa de faire quitter le territoire belge à sa jeune armée du Nord. Elle venait de rappeler à l'Europe qu'en France le courage et la science militaire se transmettent sûrement d'une génération à l'autre. Le 1er janvier 1833, nous rendions la citadelle d'Anvers aux Belges qui, demeurés l'arme au bras (la conférence de Londres l'avait ordonné ainsi), nous pardonnèrent peut-être notre gloire, mais ne nous pardonnèrent certainement pas leur inaction.

IV

La session de 1833 avait commencé sous d'assez fâcheux auspices. Le premier coup de pistolet dirigé contre la personne de Louis - Philippe, était certainement, malgré le peu d'importance que les partis s'efforcèrent de donner au complot dont il traduisait matériellement les tendances, un indice sérieux des dangers qui entouraient encore le trône de Juillet. Et pourtant, les signataires du compte-rendu se retrouvèrent à leur poste d'opposition, non moins agressifs, non moins ardents qu'avant les terribles journées de juin, attaquant le ministère par les petits côtés de sa politique, lui reprochant des illégalités de détail, recherchant des actes d'une constitutionalité douteuse, dans un ensemble de faits qui ne tendait à rien moins qu'à la défense du gouvernement lui – même, ouvertement et violemment attaqué; misères inhérentes au système parlementaire dans lequel, tel du moins qu'on l'a toujours appliqué en France, il semblerait qu'il n'y a de libertés que pour l'aggression, et que le pouvoir seul doit rester enchaîné, désarmé, en présence de ses ennemis.

Cette session, comme la plupart de celles dont

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nous aurons à reproduire la physionomie durant les dix-huit années de la monarchie de 1830, fut surtout un tournoi de paroles dans lequel brillèrent du côté de l'opposition MM. Odilon Barrot, Eusébe Salverte, de Sade, Merilhou et de Briqueville, tandis que MM. le duc d'Harcourt, Gaëtan de la Rochefoucauld, Jaubert et une pléiade de jeunes doctrinaires, parmi lesquels on distinguait aisément MM. de Rémusat et Duvergier de Hauranne, défendaient courageusement le ministère. Nommé président de la Chambre, malgré les efforts de M. Laffitte, son concurrent, M. Dupin, chef de la subdivision parlementaire que l'on commençait à nommer le tiers-parti , affectait une indépendance absolue, prêtant alternativement l'appui de sa mordante parole au cabinet et à l'opposition, pourvu toutefois que cette opposition n'allât pas jusqu'au renversement de la monarchie. Après les stériles débats de la discussion de l'adresse, des votes financiers furent demandés à la Chambre, puis le ministère lui présenta la loi sur l'organisation municipale et départementale qui fut longuement discutée et amendée dans le sens du tiers-parti. Celle sur l'instruction primaire donna à un ministre appartenant à la religion protestante, M. Guizot, l'occasion de faire impartialement et courageusement l'éloge des frères de la doctrine chrétienne. On vota aussi l'abolition des majorats et celle de la

pénalité pour l'usurpation des titres de noblesse (c'était biffer d'un trait de plume l'article, maintenu cependant dans la charte de 1830, par lequel le roi se réservait le droit de faire des nobles à volonté). On vota des pensions aux vainqueurs de la Bastille, et une faible majorité repoussa une nouvelle proposition, pour le rétablissement du divorce, présentée par M. de Schonen. Tel était l'esprit politique de la chambre de 1833.

Les débats les plus vifs, les plus orageux de cette session, se produisirent à propos des pétitions nombreuses qui demandaient, soit la délivrance pure et simple de la duchesse de Berri , soit sa mise en accusation et son jugement par le jury; les unes signées par des villes ou des communes patriotes , les autres par des royalistes, paysans bretons ou gentilshommes, qui s'offraient quelquefois pour servir d'otages à la prisonnière. Suivant les règles parlementaires, un rapport sur ces pétitions devait être fait devant la chambre, et la discussion n'en pouvait être évitée, quelque difficile et brûlant que fût un pareil terrain. Cette discussion eut lieu dans la séance du 5 janvier. Le ministère jugea qu'il devait aller au-devant de ses adversaires, et exposer nettement, dans cette question, quelle était la pensée du gouvernement. Après le rapport présenté par M. Sapey, le duc de Broglie prit donc la parole : « J'avais l'honneur, dit-il, de faire partie

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