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asservir. Nomme tes complices. — D. Mes complices sont ma conscience et mon devoir , qui m'obligent de consoler les chrétiens, et de les rendre dociles à vos lois. — A. Dis aux tiennes , chien de chrétien. – D. Ce nom fait ma gloire ! - A. Ta portes une image de la Vierge, à laquelle il y a, dit-on, des prestiges attachés ? D. Dites des prodiges. La mère de mon Sauveur est notre intercesseur auprès de ce fils immortel et Dieu ; ses miracles pour nous sont de tous les jours, et tous les jours je l'invoque. — A. Voyons si elle te défendra : bourreaux , qu'on l'applique à la torture.

A ces mots prononcés avec l'accent de la fureur, les pages du satrape se cachent , tandis que les exécuteurs, saisissant le religieux, le renversent aux pieds du tyran, qui lui crache à la figure. On lui arrache la sainte image; on enfonce lentement des roseaux aigus sous les ongles de ses mains et de ses pieds ; on en perce ses bras , et au fort des douleurs, on n'entend de sa bouche que ces paroles d'amour : Seigneur, ayez pitié de votre serviteur ; reine des cieur, priez pour nous. Le tourment des roseaux étant fini, on applique autour du front vénérable da confesseur de J.-C. une chaîne d'osselets , qu'on serre avec effort, en lui criant de s'accuser et de nommer ses complices; mais elle se brise sans lui arracher aucune plainte. Le martyr n'est sensible qu'aux outrages de l'impiété contre l'Éternel. Les bourreaux fatigués demandent que les tortures soient suspendues jusqu'au lendemain, et le patient est plongé au fond d'un cachot humide.

Le satrape n'assista plus aux épreuves qui recommencèrent par son ordre, en suspendant Démétrius la tête en bas, sur un feu de bois résineux, avec lequel on lui brûle lentement la peau du crâne. On craint, par inhumanité, de laisser échapper sa vie, et on le retire du brasier pour le couvrir d'une table, sur laquelle les familiers du tyran montent et dansent, afin de briser ses os.

Victorieux de cette dernière torture, Démétrius, éprouvé par les roseaux, par le feu et l'estrapade, est scellé dans un mur en laissant sa tête libre au milieu de la maçonnerie; on l’y nourrit pour prolonger ses douleurs, et il n'expire que le dixième jour, en invoquant le Dom du Tout-Puissant. Ses dernières paroles furent celles de saint Babylas, évêque d'Antioche, mourant comme lui entre les mains des ennemis de la croix : Retourne, mon âme, dans le sein du repos ; le Seigneur i'a accordé le prix du combat'. .

'Erlopeyov, yurt you, els tiv dváriausiV CÓW, 6zl Kúpros eunpensé se. Psalm. cit. Ce triomphe du chrétien étonna l'Épire; on cita aussitôt Démétrius comme un saint. Un mahométan de Castoria, témoin de ses souffrances, demanda le baptême, qui lui mérita quelque temps après la palme du martyre *. On parla de miracles opérés par le seul nom du confesseur de J.-C. ; et un de ceux qu'on ne peut révoquer en doute, c'est que son sang apaisa la rage du tyran, et qu'il fut la victime expiatoire de la Thessalie , où les vexations et la persécution cessèrent. Tandis que la paix renaissait aux bords du Pénée, où l'archevêque Gabriel consolait les chrétiens, le sérail d'Ali était en proie aux inquiétudes. On l'accusait à Constantinople d'avoir suscité les derniers troubles de la Thessalie pour se dispenser de se rendre à l'armée, où il était appelé ainsi que ses fils. Hakib-pacha, devenu l'oracle du divan, ne lui laissait aucun repos. Il savait que la faction qui avait renversé Sélim III du trône, agitée par Ali, ne regardait ses desseins qu'à moitié accomplis, aussi longtemps que ce malheureux prince vivrait. Son ennemi faisait répandre dans le public, que le monarque captif devait être enlevé de sa prison et remis à Moustapha Baïractar, qui s'entendait avec les Moscovites pour le rétablir sur le trône d'Ottman. Il n'en fallait pas davantage pour exaspérer les janissaires, parmi lesquels les capitchoadars d'Ali répandaient un or sacrilége employé plus d'une fois de nos jours à frapper des têtes augustes. Le délit était flagrant, et si on ne prit pas des mesures énergiques pour sauver Sélim, c'est qu'il est de la triste condition des rois, qu'on ne croie jamais à la possibilité de tramer leur perte que lorsqu'ils ont péri sous les coups de quelque assassin *. On résolut de contreminer l'intrigue par l'intrigue, et, pour manœuvrer le grand conspirateur, on lui retira le gouvernement de la Macédoine cisaxienne. Kourchid-pacha, homme d'une fidélité éprouvée, ancien vice-roi d'Égypte, et l'un des lieutenants de l'amiral a Chrysostom. orat. de S. Babyl. et Philostorg. histor. Eccles. lib. vII, cap. 8. " Suivant les lois mahométanes, tout Turc qui embrasse une religion étrangère est puni de mort. Hassan de Castoria, régénéré par le baptême, vivait oublié au fond de l'Acarnanie, sous le nom de George, cultivant un terrain qu'il avait loué. Comme il était remarquable par sa p.été et la pureté de ses mœurs, il ne tarda pas à être découvert par Metché Bono, mousselim d'Ali-pacha, qui le fit périr dans des supplices tels, que je ne peux en citer qu'une particularité, qui fut de lui introduire dans les entrailles une sonde de fer rougie à blanc ;je ne saurais consigner les autres Kutchuk Hussein, fut en conséquence nommé Romili vali-cy ou lieutenant général de Romélie, et Moustapha Baïractar, profitant d'un armistice conclu avec les Russes, résolut de venger la majesté outragée de Sélim III. La révolution opérée à Constantinople par Cabakdgi-Oglou s'était peu fait ressentir dans l'armée où se trouvaient le grand vizir et tous les ministres de la Porte. Le janissaire Aga, partisan du nizamy-dgédid, y avait été massacré par ses janissaires, et le vizir suprême, homme d'un caractère faible, ayant perdu sa place en conservant sa fortune, on lui donna pour successeur un ancien ministre appelé Tcheleby-pacha. Ainsi il y avait eu de légers changements au camp, où ce qui restait de fidèles musulmans semblait s'être réfugié. La capitale, au contraire, était le séjour de l'anarchie. Moustapacha et le mufti, restés maîtres du gouvernement sous un prince tel que Moustapha uniquement occupé de frivolités, n'avaient pas tardé à se diviser. Le conflit de l'autorité religieuse et civile, en suscitant la haine la plus violente entre les deux ambitieux, avait donné une nouvelle importance à Cabakdgi-Oglou, qui s'attacha au parti du mufti. Il triompha avec cet appui, et Mousta-pacha déposé et envoyé en exil, fut remplacé par un nommé Tayar, homme immoral qui céda au grand prêtre d'Islam, et caressa avec soin Cabakdgi-Oglou ainsi que ses milices. Depuis ce changement tout fut livré à l'intrigue, et Cabakdgi, se trouvant mêlé dans les affaires, devint le médiateur même des puissances chrétiennes qui avaient à traiter avec la Porte Ottomane. C'était par son entremise qu'avaient lieu les négociations de la France et de la Grande-Bretagne ; car sir Arthur Paget, qui s'était rendu aux Dardanelles, avait renouvelé des propositions de paix qui ne furent pas écoutées. Cabakdgi, recherché par l'ambassadeur Sébastiani, s'était prononcé pour le parti français : il s'ensuivit une lutte orageuse avec le nouveau caïmacan Tayar-pacha. Il fut destitué à son tour ; et, comme on lui permit de se rendre à l'armée, il alla porter son chagrin et ses désirs de vengeance à Routchouk, auprès de Moustapha Baïractar, dont il connaissait les vues ambitieuses et la haine contre les auteurs de la dernière révolution. Le ministre disgracié fut parfaitement accueilli, et il lui devint facile, en faisant connaître la situation des affaires de Constantinople, de décider Moustapha Baïractar à s'adresser au grand vizir qui était mécontent de l'anarchie, pour rétablir Sélim III sur le trône. Il envoya en conséquence un de ses affidés auprès du chatir azem qui était retiré à Andrinople depuis le traité de Tilsitt; et cet émissaire ayant réussi à le mettre dans son parti, à la seule condition de renverser Cabakdgi-Oglou et le mufti, la question se simplifia. Quant à la partie des projets de Moustapha Baïractar tendant à la restauration de Sélim III, on la tint soigneusement cachée au grand vizir. On convint ensuite que Baïractar se rendrait à son quartier général avec quatre mille hommes, pour contenir les janissaires qui se trouvaient dans cette ville. Ces propositions ayant été acceptées, on vit presque aussitôt paraître, sur les bords de l'Hèbre, Baïractar avec le nombre de soldats qu'il avait annoncé. La célérité de sa marche étonna, et quand on apprit que cette avant-garde était suivie de douze mille hommes, chacun voulut fuir : il n'en était plus temps. Le Bulgare s'était emparé des routes. Il rassura cependant le divan en le comblant de largesses, en cantonnant ses soldats dans les villages, et en s'établissant avec une faible escorte au sein d'Andrinople qui était occupée par les troupes du grand vizir. On tient ensuite conseil pour exécuter le projet mis en délibération, et Baïractar trancha la difficulté en persuadant au grand vizir de rentrer avec l'oriflamme de l'empire, ou sangiac chérif, à Constantinople. Reprenez vos fonctions, lui dit-il, je suivrai votre marche pour vous soutenir. Je ne resterai dans la capitale que le temps nécessaire pour détruire les yamacks et affermir votre administration. Ce projet fut unanimement approuvé, et on résolut de le mettre de suite à exécution. Dès que ces dispositions furent connues à Janina, Ali tomba dans une profonde mélancolie, et les agents du cabinet britannique qui se trouvaient à sa cour s'empressèrent de regagner les vaisseaux de leur croisière. Le tyran ne recevait plus que des courriers, pour le sommer de se rendre à l'armée. Il répondait qu'il était accablé d'années, il feignit de tomber malade ; et un grand personnâge envoyé de Constantinople pour constater le fait, disparut en route. Deux capigi-bachi qui se croyaient mieux inspirés parvinrent jusqu'à lui, signèrent un ilam, reçurent de l'argent, et, munis de cette déclaration, regagnèrent le camp de Moustapha Baïractar, où ils furent pendus avec leur procès-verbal attaché au dos. Le redoutable Bulgare, inaccessible aux présents et aux supplications, avait pris son parti : « Retourne vers Ali Tébélen, » dit-il à Hassan-effendi son capi-tchoadar ; « annonce-lui que je viens de prolonger la trêve avec » les Russes, et que tu m'as vu partir pour Constantinople, afin d'y » rétablir l'ordre. Il n'y aura désormais entre le traître et moi d'autre » rapprochement que celui qu'il faudra franchir pour faire tomber » sa tête et celle de sa race criminelle. Si je succombe dans l'entre» prise que je médite, apprends-lui que j'ai légué le soin de ma ven>> geance à mon lieutenant Kourchid-pacha. Je te fais grâce de la » vie, tu peux partir. »

détails. * Voyez Sueton. Vit. Domit. cap. 21, et Vit. Avid. Caes. A. Vulgat, Gallican.

La foudre qui éclaterait au milieu d'une foule de conjurés réunis pour consommer un attentat, ne produirait pas un effet plus terrible que cette déclaration transmise à Ali-pacha par Hassan-effendi son capi-tchoadar, qui s'était prudemment retiré à Constantinople au lieu d'en venir faire part à son maitre. Mouctar déclara aussitôt qu'il renonçait à son sangiac de Lépante; son père voulait abdiquer et il parlait même de se retirer à Tébélen. Une proclamation qui défendait aux habitants de Janina de sortir après le coucher du soleil, lui permit de renvoyer secrètement sa seur à Liboôvo, de la faire suivre de son propre harem, et à la faveur des nuits il commença à déménager ce qu'il avait de plus précieux.

Cependant, avant de céder le terrain, le satrape s'avisa de recourir, en désespoir de cause, à l'ambassadeur de France près la Sublime Porte, afin de détourner, s'il était possible, le glaive de la justice levé sur sa tête.

Pour arriver à ce but, il crut devoir s'adresser d'abord au consul général de France, auquel il fit des propositions par l'entremise des beys de la Thesprotie, Ibrahim Dem, et Mahmoud Delvino. Promesses, séductions, trésors, rien ne fut négligé. Ce n'étaient plus de vaines paroles, mais une tonne d'or, d'environ huit cent mille francs, qu'on mettait à ses pieds. Que de hauts personnages ont cédé pour moins ! Mais, au grand étonnement des embaucheurs turcs, celui qui avait bravé les poignards et le poison, auquel on ne demandait qu'une lettre, n'eut pas de peine à dédaigner les trésors du satrape : « Je ne » suis pas venu à Janina pour m'enrichir, » et il laissa Ali aux prises avec ses inquiétudes.

Elles ne furent pas de longue durée. Tandis que l'armée de Baïractar s'avançait vers Constantinople, en répandant le bruit que la

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