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l'infortuné dut se renfermer dans son château avec ses serviteurs et quatre canonniers, parmi lesquels se trouvait un Français, pour servir Sa nombreuse artillerie.

Aussitôt Ali, qui n'avait pu croire à une pareille détresse, voyant qu'il n'y avait qu'une victime à immoler, voulut avoir la gloire de vaincre sans péril. Il quitta en conséquence Tébélen, et arriva au camp d'Omer Brionès, comme médiateur, amenant des renforts, pour faire, disait-il, respecter son intervention. Comme elle était de nature à être infructueuse, on se disposa à attaquer la forteresse, dont les brèches, ouvrage du temps, étaient réparées avec des fagots d'épines et des caisses remplies de terre. On tira le canon contre ces ouvrages, on lança des bombes sur la place, en même temps qu'on pratiquait une mine, afin d'engloutir Ibrahim avec son palais. Cette dernière partie des travaux, conduite avec toute la maladresse possible, car elle coûta la vie à ceux qui mirent le feu aux poudres, ayant renversé un pan considérable de mur, sans endommager le sérail, amena une capitulation. Ce n'était pas ce que voulait Ali ; mais il dut, à cause du respect qu'on portait à Ibrahim, même dans son armée, lui promettre quatre mille bourses, ce qui ne lui coûtait rien, et consentir que ce vieillard eût la faculté de se retirer dans la forteresse d'Avlone avec son épouse, en donnant en otage son fils unique, qui fut transféré à Janina.

Ce fut un jour de deuil pour les Schypetars, de voir Ibrahim et la fille de Courd-pacha, son épouse, abandonner pour jamais le palais de leurs ancêtres. On n'entendait de toutes parts que plaintes et murmures entremêlés de regrets. En vain le tyran essaya de provoquer un mouvement, afin d'égorger les vaincus, au mépris du pacte qu'il venait de conclure : Omer-bey Brionès, il faut le dire à sa décharge, couvrit avec un corps de cavalerie la retraite du vizir déchu de son autorité, et ne cessa de veiller à sa sûreté qu'après l'avoir escorté jusqu'aux portes d'Avlone.

La nouvelle de l'occupation de Bérat, par Ali-pacha, fut défavorablement reçue à Constantinople. On crut que le Grand Seigneur aurait cherché à tirer vengeance de cet attentat; mais il avait alors la guerre contre les Russes, la révolte des Serviens à réprimer, et l'embarras toujours orageux d'un avénement au trône, au milieu du conflit des janissaires. Il fallut donc dissimuler; et, comme temporiser en pareil cas est l'annonce d'un pardon différé, les ministres ottomans, en attendant le

232 HISTOIRE DE LA GRÈCE. — LIVRE II, CHAPITRE IV. . jour de la réconciliation, acceptèrent les dépouilles d'Ibrahim, qui leur furent envoyées par son coupable vainqueur.

Les formes devant cependant être observées jusque dans les concessions dictées par la lacheté, il fallait au moins feindre d'être indisposé contre Ali. L'argent qu'il donnait avait son éloqueuce ; de belles armes, des cheraux du Musaché, avaient leur prix ; néanmoins on lui envoya l'ordre de se disposer à entrer en campagne, avec injonction de se rendre au camp du grand vizir à Choumlé.

Le satrape qui sut apprécier cette mesure comminatoire, reprit aussitôt la route de Janina, en se faisant porter en litière, comme un homme atteint d'une maladie grave. Il écrivit en même temps au divan, de la manière la plus soumise, qu'il souhaitait ardemment obéir à ses ordres, en employant au service du sultan les restes d'une vie consacrée à combattre ses ennemis, qu'il venait d'en donner les preuves les plus signalées, en punissant, hélas ! à regret , le beau-père de ses fils, homme vendu aux Russes et aux Français. Il ajoutait que ses infirmités ne lui laissaient plus que la force d'adresser au ciel de ferventes prières pour le succès des armes de son maître contre les Moscoviles.

A ces lettres obséquieuses le satrape joignit des cadeaux, qa'il ordonna à Méhémet chérif ( celui qu'il avait menacé de composer son apologie ), de porter à Constantinople, et d'assurer les ministres sauveurs de l'Etat d'une reconnaissance sans bornes.

Afin de continuer la comédie, on ne parla bientôt à Janina que des infirmités du pacha; on ne se présentait plus au sérail sans le trouver entouré d'une escouade de médecins rassemblés de toutes parts. Il ne se montrait qu'avec des lunettes vertes, à cause de la cécité dont il était menacé ; et il entra dans un traitement destiné à remédier aux désordres de sa jeunesse. On n'était pas dupe de ces artifices ; mais les intrigues de ses capi-tchoadars, assistés des sollicitations de Méhémet chérif, firent que l'ordre qui le concernait fut commué, de façon que Véli et Mouctar furent acceptés en remplacement de leur père à l'armée, pour la campagne dont l'ouverture était indiquée au mois d'avril.

FIN DU TOME PREMIER.

CONTENUES DANS LE PREMIER VOLUME.

LIVRE PREMIER.

CHAPITRE PREMIER.

Esposition. - Aperçu sur l'état général de la Grèce en 1740. - Coup d'æil sur la

situation de l'empire ottoman, — Ali Tébélen. - Son extraction. — Aparchie des Epirotes. - Khamco, mère d'Ali. - Son caractère. — Guerre qu'elle entreprend contre Cardiki. - Est faite esclave avec ses enfants. - Premiers exploits de son fils. — Arrêté comme brigand. - Son portrait. - Émissaires russes envoyés dans la Grèce. - Faux Pierre IJI. — Insurrection dans la haute Albanie. - Capelan-pacha. — Dénoncé par son gendre Ali. — Mis à mort. - Chaïnitza, søur d'Ali, mariée. - Assassinat de son époux. -Agitations et stratagèmes d'Ali. Il tue Sélim, Mir-livas de Delvino.- Est nommé pacha de Thessalie. ... 5

CHAPITRE II.

Alexis Orlof. — Intelligences des émissaires russes avec les Grecs. – Manæuvres

politiques de Catherine II. – But qu'elle se proposait. – Provoque la guerre que les Turcs lui déclarent. — Erreur funeste des Grecs, leur aveuglement sur le comple du cabinet de Pétersbourg. - Réputation usurpée d'Alexis Orlof. - Ses querelles avec Janaki latrani, bey du Magne. – Arrivée de la flotte russe en Morée. - Débarquement opéré à OEtylos. — Insurrection de 1770.-Dissensions entre les Grecs et les Russes qui abandonnent les insurgés. — Désolation du Péloponese. — Apparition du Béotien Andriscos. – Ses exploits et ceux de ses compagnons d'armes. - Ravages des Schypetars; - leur révolte; - sont exterminés par Hassan-pacha. - Arrivée d'Ali-pacha dans la Thessalie, racontée par lui-même. – Manière de se faire une réputation; origine des armatolis; - s'attache Paléopoulo. - Chefs des armatolis; - nombre de leurs capitaineries. Mort de Khamco; - son testament. - Ali nommé au sangiac de Janina. - État de cette ville à son avénement. - Inconvénients attachés à sa promotion ; – sa conduite artificieuse; - attaque et détruit Cormovo. – Première campagne d'Ismaël-Pach-bey. - Inquiétudes d'Ibrahim, pacha de Bérat; - marie une de ses filles à Mouctar, fils d'Ali. - Empoisonnement de Sépher-bey, frère du vizir Ibrabim. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

CHAPITRE III.

Patriotisme. – Væus, espérances des Grecs. – Projets de Catherine II et de Po

temkin. - Correspondance entre Catherine et Voltaire. - Naissance d'Alexandre Petrowitz. - Portrait de Potemkin. — Inquiétudes qu'il cause aux Turcs. Enthousiasme des Grecs pour la Russie. - Naissance du grand-duc Constantin. - Concession arrachée au divan. - Voyage de l'impératrice en Crimée. — Entrevue avec Stanislas, roi de Pologne. — Arrivée de Joseph II. - Son séjour à Kerson. - Fêtes, déceptions. — Guerre entre la Russie et la Turquie.--Intrigues du cabinet moscovile. – Emissaires grecs à Pétersbourg. - Accueil qu'ils reçoivent. - Espérances qu'ils donnent à leurs compatriotes. — Sotiris se rend à Souli. - Aventures de Lambros Catzonis. - Arrivée de Tamara à Ithaque pour soulever la Grèce. - Part que prend Andriscos aux événements. — Guerre des Souliotes en 1790 et 1791 contre Ali-pacba. — Mort de Potemkin. — Ibrahim marie sa seconde fille à Véli, fils d'Ali. - Ses noces. - Assassinat des beys de Cleïsoura. - Licence introduite à Janina. — Paix entre la Porte Ottomane et la Russie. — Départ de Tamara d'Ithaque. - Lambros Catzonis prend le titre de roi de Sparte.- Déclare la guerre au sultan; -est battu;- se retire à Pétersbourg.Arrestation et mort d'Andriscos.-Ali prend les armatolis à son service. — Altaque les Souliotes - qui le battent. — Sa politique envers les Epirotes.-Essaye de surprendre Souli. — Lettre de Tzavellas.-Ali accusé de félonie, - se justifie, - comment...................... $0

CHAPITRE IV.

Ali extermine les Turcs de Bossigrad. - Révolte du vizir de Scodra. - Parti qu'Ali

tire de cet événement. - Il appelle les armatolis à son secours. - Noms de leurs principaux chefs. — Devient jaloux de Paléopoulo. - Massacre des Osmanlis par les Guégues. - Premiers symptômes de mécontentement de Passevend Oglou. – Anarchie dans la Romélie - et dans l'empire ottoman. - Paix avec la Russie. Mort de Catherine II.-Alarmes du divan.-Rassuré par les conseils de MM. Descorches et Mouradjea d'Ohsson. - Premier cri de liberté entendu dans la Grèce. - Apparition de Rigas; - ses projets ; - entraîne Passevend Oglou dans son parti ; - se retire à Vienne.-Corfou occupé par les Français.- Mission de l'adjudant général Rose à Janina; - s'y marie. – Fêtes. - Carmagpole dansée. - Destruction des peuplades chrétiennes de Saint-Basile. — Férocité de Jousouf Arabe. - Révolte de Passevend Oglou. — Ali marche vers le Danube. - Première idée d'établir le nizam dgedid, ou milice régulière. - Expédition des Français en Égypte. - Ali revient en Épire à cette nouvelle. - Arrestation de l'adjudant général Rose. — Combat de Nicopolis. — Défaite des Français. — Traits de bravoure de plusieurs officiers, – de Gabori et de Richemont. - Héroïsme maternel d'une Française.- Assassinat des Prévésans à Salagora.-Dévouement d'un Ithacien. - Prisonniers français conduits à Constantinople. - Astuce d'Ali. — Parga sauvée par les Russes. – Nelson envoie complimenter le satrape. – Révélation des complots de Rigas. – Sa fin tragique....... 78

CHAPITRE V.

Circulaire adressée par Ali-pacha aux agas de l'Épire. - Conférence de Buthrotum.

- Il trompe les Russes et les Anglais. – Vicissitudes des Souliotes. — Plaintes des Russes. - Paléopoulo soulève les armatolis contre le satrape. - Souliotes

abandonnés à eux-mêmes. – Noyade d'Euphrosine et de dix-sept femmes. — Ses suites. - Arrivée de Samuel à Souli. - Il prend le nom de Jugement dernier. - Encourage les chrétiens. — Dévouement, embarras, chagrios de Photos Tzavellas. - Et bappi et mis aux fers. - N'est occupé que du salut de ses compatriotes. — Attitude formidable de Samuel. – Véli et Mouclar devant Souli. – Mort tragique d'Éminé, femme d'Ali. - Capitulation de Souli. - Holocauste de Samuel. - Femmes souliotes qui se précipitent dans les gouffres avec leurs enfants. - Despo, reuve d'un capitaine, avec plusieurs autres, se brûle dans le château de Regniassa. – Combat du pont de Caracos; valeur malbeureuse de Kitzos et de Nothi Botzaris. – Jeunes martyrs de Souli....... 108

LIVRE DEUXIÈME. - CHAPITRB PREMIER.

Campagne d'Ali Tébélen dans la Romélie. — Brigandages occasionnés par les débris

des bandes des Passevend Oglou, - Composition de l'armée d'Ali. – Ses exploits. - Murmures et indiscipline de ses soldats. - Chants séditieux. - Trait caractéristique de gépie par lequel il se sauve. - Rentre en Épire. – Assassinat du primat d'Étolie, Sousmane, décapité par Véli-pacha. – Trait d'héroïsme de Diplas et de Cadgi Antoni. – Disgrâce du satrape. - Son neveu Elmas nommé à sa place au sangiac de Thessalie. - Meurt bientôt après. — Douleur et rage de Chaïnitza à ce sujet. – Mort de Véli Guegas. - Célébrité de Cadgi Antoni. - Sabre de Condoïanis. - Faux monnayeurs de Plichivitzas, recherchés et punis.- Origine de la fortune de Vasiliki, jeune fille que le vizir fait esclave. 149

CHAPITRE 1.

Arrivée de l'historien dans l'Épire. — Portrait d'Ali. - son entourage. - Capi

ichoadars, ou agents des vizirs près de la Porte Ottomane. - Condition des SouJioles après leur bapnissement de l'Epire. - Envahissements d'Ali. - Son lieutenant Jousouf Arabe. — Désolation de l'Étolie. - Coup d'ail sur l'état militaire de la Turquie. - Origine et institution du nizam-y-dgédid. - Troubles et séditions qu'il occasionne. - Soins de Napoléon pour propager sa renommée. Conduite suspecte des hospodars Constantin Hypsilantis et Alexandre Morousi. - Négociations infructueuses de M. Italinski et M. Arbuthnot. — Invasion de la Moldavie et de la Valacbie par le général Michelson. — Guerre de 1806. — Ali occupe Prévésa. - Indifférence des Grecs. — Réunion des armatolis à Leucade.

- Supplice de Cadgi Antoni et de son frère George. – Véli nommé vizir de Morée. — Ismaël-Pacho-bey. - Lenteur des armements d'Ali. - M. Arbuthnot se retire à Ténédos. — Expédition de l'amiral Duckworth. — Il passe les Dardanelles. – Énergie des Turcs. – Retraite des Anglais. – Sage proposition du mufti. - Entreprise des Anglais contre l'Égypte. - Ses résultats. - Noms de quelques chefs turcs destinés à figurer dans l'histoire de la Grèce. - La Porte déclare la guerre à l'Angleterre. — Moustapha Baïractar. — Astuce de Mollapacha. - Entrée en campagne du grand vizir.- Révolte de Cabakdgi Oglou. Déposition de Selim III. – Avénement au trône de Moustapha IV. — Intrigues d'Ali en faveur des Anglais. . . . . . . . . . . . . . . . 164

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