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nos ennemis mêmes, en parlant des combats de Nicopolis et de Prévésa, soient remplis d'admiration; qu'ils tremblent désormais, au seul nom de Français *. Il dit, et suivi du sous-lieutenant Chéron , il charge l'ennemi avec fureur. Il le contient, et ce n'est qu'à quatre heures après midi , que Tissot à la tête de huit soldats couverts de blessures, remet son épée brisée à Mouctar-pacha, qui l'accable d'injures et de traitements barbares. L'affaire avait duré six heures de temps , lorsqu'on aperçut Roches, grenadier, qu'on venait de désarmer de son fusil, mettre le sabre à la main, tuer un des écuyers de Mouctar, se faire jour à travers une horde de Turcs, se précipiter à la mer en criant vive la république, et finir dans les flots une vie glorieuse, qu'il ne voulait point tenir d'un ennemi que son cœur intrépide méprisait. On se battait ainsi avec toutes les ressources du désespoir , depuis Prévésa jusqu'à Nicopolis, sur un rayon de quatre milles de terrain , traversé par une voie romaine ; et tandis que Tissot s'illustrait, un de ces traits d'audace, renouvelés plusieurs fois dans ce siècle de miracles guerriers , terminait la sanglante journée du quatre brumaire, en couvrant de gloire le capitaine Richemont. Prévoyant l'issue d'une affaire qui ne pouvait être que désastreuse, dès qu'il connut la défection des Grecs, il s'était saisi d'un fusil, et, cédant pas à pas le terrain, il avait gagné le massif du grand théâtre de Nicopolis, qui lui servait d'épaulement. A côté de lui , parut presque aussitôt le jeune lieutenant de grenadiers Gabory de Nantes , aussi célèbre dans l'armée par sa beauté que par sa bravoure. Richemont lui propose de rallier quelques soldats de sa compagnie, qui périssaient en détail. Gabory se rend à cet avis ; mais à peine avait-il quitté son ami , qu'il fut assailli par un cavalier arnaoute auquel il donna la mort, qu'il reçut à son tour de plusieurs coups dirigés contre lui. A ce spectacle Richemont ne pense plus qu'à mourir en vendant chèrement sa vie. Son fusil armé, il mesure de l'œil l'espace qui le sépare des Albanais, qui bondissaient comme des sangliers, lorsqu'un d'entre eux l'aperçoit. Il vient en pressant le galop de son cheval : Richemont

* Les blessés qui tombèrent au pouvoir de Mouctar furentTissot et Chéron ;l'Enfant, grenadier, frère d'un tambour tué le même jour à Nicopolis ; l'Amoureux, grenadier; Larray, sapeur ; Petit, sergent-major ; Prieur, sergent; Bay, fourrier, et Morta, grenadier. — Voyez Bellaire, pages 409, 410 et 411.

court à sa rencontre, et, évitant son choc, il le renverse sans vie d'un coup de baïonnette ; un second qui s'avance pour venger son camarade, tombe percé d'une balle. Richemont semble à lui seul un peloton de soldats; l'ennemi effrayé lui donne le temps de charger son fusil et de regagner le pilier du théâtre. Alors, un escadron entier voltige autour de ce noble soldat, dont la contenance assurée repousse le plus audacieux. Il réservait , lui ai-je entendu dire souvent , son dernier coup de feu pour Mouctar-pacha, qui venait enfin de se montrer. Il le reconnaît, l'ajuste , et la balle, au lieu d'atteindre le fils aîné du satrape, frappe et casse la cuisse de son écuyer. Alors une grêle de balles pleut sur Richemont, mais sans lui faire aucune blessure grave. Son arme qui étincelle entre ses mains , fait reculer les cavaliers qui se heurtent et semblent devoir l'accabler ; enfin, comme pressé de terminer la lutte, il s'élance vers les barbares, et sa baïonnette qui reste enfoncée dans la tête d'un cheval qu'il frappe, le livre sans défense à la rage sanguinaire des barbares. En un instant, il est couvert de blessures. Un coup de sabrelui fait une plaie profonde au bras; son corps est ensanglanté; on déchire ses vêtements ; on l'enlève par les cheveux pour lui trancher la tête, lorsque Hassan Tchapari, aga de Margariti, suspend le coup fatal et sauve le brave des braves. Une femme française illustrait en même temps cette mémorable journée par un trait de piété filiale. Non moins courageuse que cette mère agenouillée devant un lion auquel elle redemandait son fils, elle venait de fléchir le cœur d'un soldat turc ! Fuyant avec son enfant, elle est arrêtée par un Schypetar guègue qui veut trancher la tête de cette faible créature. Vainement elle pousse des cris perçants, lorsque tombant à ses pieds elle lui présente son sein en faisant signe au barbare de la percer.... Le musulman s'étonne, pâlit, laisse tomber son glaive, et, rendant l'enfant à sa mère, lui ordonne par ses gestes de fuir promptement. La tendresse la ranime ; elle côtoie en courant la plage, et on la reçoit sur une barque chargée de fugitifs, qui la transporte à Leucade. Ali, descendu sur le champ de bataille, au milieu des hourras de la victoire, commande de respecter Richemont. Il fixe avec des yeux étonnés une pyramide composée des têtes de nos vaillants soldats. Il admire la sévère beauté de leur physionomie couverte des voiles du trépas. Il s'étonne de leur jeunesse ; hélas! il a neigé sur les mon

tagnes '; les vétérans de notre gloire, échappés au fer d'Ali, couverts de cicatrices, n'offrent plus qu'une tête blanchie aux regards de la pitié poblique ; et ces volontaires , qui méritèrent tant de couronnes civiques, sont réduits, la plupart, à demander le pain de l'aumôme, Qu'est devenu Richemont ? Trop heureux ceux qui ont vécu ! et vous, âmes généreuses, honneur de la France, puissent , à défaut de cippes et de monuments , mes faibles écrits transmettre votre souvenir à la postérité !

Après avoir savouré le plaisir du carnage, le pacha enjoint à Tahir et au vieux Abas, son père, de conduire à Janina les esclaves français chargés des têtes de leurs camarades, qu'on leur fit écorcher. Pour lui, il tourne aussitôt ses pas vers Prévésa, où il arrive pour arrêter l'incendie. Il s'empare du consulat de France, et, se réservant le privilége du meurtre, il fait publier l'ordre de suspendre les massacres.

L'archevêque Ignace d'Arta, qu'il conduisait avec lui pour persuader aux Grecs qu'il n'en voulait pas à leur religion, est appelé au conseil et chargé d'engager les chrétiens à rentrer dans leurs des meures, avec la garantie d'une entière sûreté. Ali écrit en même temps au gouverneur de Leucade, que ce qui vient de se passer est l'effet d'un malentendu, et qu'il s'est vu contraint de tirer l'épée, parce que les Français ayant dépassé la frontière, en occupant Nicopolis, il craignait qu'on ne l'accusat d'avoir vendu le territoire du sultan, s'il de les avait repoussés de cette position.

Il donnait, dans une autre lettre, adressée au général Chabot, le détail de ce qui venait d'avoir lieu. Il se justifiait d'avoir arrêté l'adjudant général Rose“, en disant que c'était afin d'avoir auprès de lui, sous le titre d'otage, un négociateur non avoué, dans le sein duquel il déposerait ses plus secrètes pensées. Il le priait en conséquence de renvoyer à Janina l'épouse de cet officier pour qu'il ne vécût pas séparé de la plus douce de ses consolations, et on y consentit. Enfin il terminait sa lettre en ces termes : « Il est des nécessités auxquelles > il faut se soumettre. Considérez ma position, et jugez-la impar» tialement dans votre sagesse. La Porte a déclaré la guerre à votre » république. Je suis de plus informé que le sultan a conclu un traité

' Xavise 's mode Bouvá. J'ai conservé cette métaphore , que les Grecs emploient pour dire qu'un homme a vieilli.

Il y avait en cela quelque chose de vrai; car il ne se décida qu'après plusieurs sommations du divan, à envoyer ce prisonnier à Constantinople,

court à sa rencontre, et, évitant son choc, il le renverse sans vie d'un coup de baïonnette ; un second qui s'avance pour venger son camarade, tombe percé d'une balle. Richemont semble à lui seul un peloton de soldats; l'enuemi effrayé lui donne le temps de charger son fusil et de regagner le pilier du théâtre. Alors, un escadron entier voltige autour de ce noble soldat, dont la contenance assurée repousse le plus audacieux. Il réservait , lui ai-je entendu dire souvent, son dernier coup de feu pour Mouctar-pacha, qui venait enfin de se montrer. Il le reconnait, l'ajuste , et la balle , au lieu d'atteindre le fils aîné du satrape, frappe et casse la cuisse de son écuyer. Alors une grêle de balles pleut sur Richemont, mais sans lui faire aucune blessure grave. Son arme qui étincelle entre ses mains , fait reculer les cavaliers qui se heurtent et semblent devoir l'accabler ; enfin, comme pressé de terminer la lutte, il s'élance vers les barbares, et sa baïonnette qui reste enfoncée dans la tête d'un cheval qu'il frappe, le livre sans défense à la rage sanguinaire des barbares.

En un instant, il est couvert de blessures. Un coup de sabrelui fait une plaie profonde au bras; son corps est ensanglanté; on déchire ses vêtements ; on l'enlève par les cheveux pour lui trancher la tête, lorsque Hassan Tchapari, aga de Margariti , suspend le coup fatal et sauve le brave des braves.

Une femme française illustrait en même temps cette mémorable journée par un trait de piété filiale. Non moins courageuse que cette mère agenouillée devant un lion auquel elle redemandait son fils, elle venait de fléchir le cœur d'un soldat turc ! Fuyant avec son enfant, elle est arrêtée par un Schypetar guègue qui veut trancher la tête de cette faible créature. Vainement elle pousse des cris perçants, lorsque tombant à ses pieds elle lui présente son sein en faisant signe au barbare de la percer.... Le musulman s'étonne, pålit, laisse tomber son glaive, et, rendant l'enfant à sa mère, lui ordonne par ses gestes de fuir promptement. La tendresse la ranime; elle côtoie en courant la plage, et on la reçoit sur une barque chargée de fugitifs, qui la transporte à Leucade.

Ali, descendu sur le champ de bataille, au milieu des hourras de la victoire, commande de respecter Richemont. Il fixe avec des yeux étonnés une pyramide composée des têtes de nos vaillants soldats. Il admire la sévère beauté de leur physionomie couverte des voiles du trépas. Il s'étonne de leur jeunesse ; hélas ! il a neigé sur les mon

tagnes '; les vétérans de notre gloire, échappés au fer d'Ali, couverts de cicatrices, n'offrent plus qu'une tête blanchie aux regards de la pitié publique ; et ces volontaires , qui méritèrent tant de couronnes civiques, sont réduits, la plupart, à demander le pain de l'aumôme, Qu'est devenu Richemont? Trop heureux ceux qui ont vécu ! et vous, ames généreuses, honneur de la France, puissent, à défaut de cippes et de monuments , mes faibles écrits transmettre votre souvenir à la postérité !

Après avoir savouré le plaisir du carnage, le pacha enjoint à Tahir et au vieux Abas, son père, de conduire à Janina les esclaves français chargés des têtes de leurs camarades, qu'on leur fit écorcher. Pour lui, il tourne aussitôt ses pas vers Prévésa, où il arrive pour arrêter l'incendie. Il s'empare du consulat de France, et, se réservant le privilége du meurtre, il fait publier l'ordre de suspendre les massacres.

L'archevêque Ignace d'Arta, qu'il conduisait avec lui pour persuader aux Grecs qu'il n'en voulait pas à leur religion, est appelé au conseil et chargé d'engager les chrétiens à rentrer dans leurs demeures, avec la garantie d'une entière sûreté. Ali écrit en même temps au gouverneur de Leucade, que ce qui vient de se passer est l'effet d'un malentendu, et qu'il s'est vu contraint de tirer l'épée, parce que les Français ayant dépassé la frontière, en occupant Nicopolis, il craigoait qu'on ne l'accusat d'avoir vendu le territoire du sultan, s'il ne les avait repoussés de cette position.

Il donnait, dans une autre lettre, adressée au général Chabot, le détail de ce qui venait d'avoir lieu. Il se justifiait d'avoir arrêté l'adjudant général Rose, en disant que c'était afin d'avoir auprès de lui, sous le titre d'otage, un négociateur non avoué, dans le sein duquel il déposerait ses plus secrètes pensées. Il le priait en conséquence de renvoyer à Janina l'épouse de cet officier pour qu'il ne vécût pas séparé de la plus douce de ses consolations, et on y consentit. Enfin il terminait sa lettre en ces termes : « Il est des nécessités auxquelles >> il faut se soumettre. Considérez ma position, et jugez-la impar

tialement dans votre sagesse. La Porte a déclaré la guerre à votre » république. Je suis de plus informé que le sultan a conclu un traité

"Xavise's sole Bouvá. J'ai conservé cette métaphore , que les Grecs emploient pour dire qu'un homme a vieilli.

il y avait en cela quelque chose de vrai; car il ne se décida qu'après plusieurs sommations du divan, à envoyer ce prisonnier à Constantinople.

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