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un expédient pour se faire ouvrir, à une heure indue, la porte de la ciladelle. Après avoir calculé ces chances, on s'adressa à la veuve d'un nommé Tourcojani, qui avait coutume de rentrer tard dans la forteresse, afin de favoriser l'introduction du détachement destiné à s'en emparer. Ainsi les défenseurs de Parga allaient être livrés par ceux qu'ils avaient si généreusement défendus.

Au moment où ils reposaient dans une profonde sécurité, la poterne s'ouvre à la voix d'une femme qu'on connaissait, la sentinelle est enlevée, le poste du corps de garde est saisi par les Parguinotes, la garnison ainsi que le colonel ne se réveillent qu'en sentant la pointe des baïonnettes appuyées sur leurs poitrines. Les guerriers des deux nations ennemies restent confondus, les uns d'un succès immérité, et les autres d'une surprise à laquelle ils ne pouvaient croire. Les jours des Français furent respectés, et, comme on n'avait plus d'intérêt à les retenir pour les faire mourir en détail dans les pontons de Portsmouth, on les renvoya libres et sans échange à Corfou.

Le 22 mars, au lever du soleil, quinze jours après l'attaque d'Alipacha contre Parga, le pavillon anglais flotta au faite de son acropole; et ses défenseurs, après avoir déposé les armes sur ses glacis encore fumants du sang de leurs camarades, quittèrent son rivage funeste. M. Foresti mettait alors à la voile pour se rendre à Prévésa, où il débarqua au même instant que M. Hugues Pouqueville, parti de Corfou, y entrait par terre. Les deux consuls font aussitôt demander audience au vizir Ali-pacha, auquel celui d'Angleterre notifie l'occupation de la ville, objet de ses désirs, par les troupes de S. M. britannique. Le consul français lui signifie en même temps une protestation du général Donzelot, contre la violation du territoire confié à sa défense. On ne décrit point une pareille scène, les expressions manquent pour donner une idée de la confusion du satrape, menacé de représailles, et déçu dans ses plus chères espérances.

Pour moi, je me trouvais à une conférence plus paisible avec Mouctar-pacha, qui avait fait la veille sa rentrée honteuse à Janina. Comme il s'était vanté de m'envoyer des létes, je lui demandai des oranges de Parga. Il se mordit les lèvres, dit qu'il y avait des heures malheureuses dans la vie, et m'annonça le retour prochain de son père.

Il marchait sur les pas de mon frère, qui me prévint que nous devions avoir une entrevue avec le vizir dès qu'il serait rentré en ville.

Le lendemain, sur les deux heures après midi, je descendis au chiteau du lac, où le vizir nous avait donné rendez-vous. La cohorte ordinaire des palicares, commandée par le jeune Odyssée, fils d'Andriscos, rangée sur les escaliers, nous invita à entrer, en nous saluant affectueusement. Les pages, plus polis que de coutume, se levèrent à notre approche, en nous disant que leur maftre nous attendait au fond de son palais. Nous traversons lentement la salle de réception, où les stores baissés ne laissaient répandre qu'une lumière vague. Des rossignols renfermés dans leurs cages, y chantaient comme s'ils eussent été au milieu des forêts éclairées par le reflet de la lune. Nous marchions avec précaution, afin de ne pas interrompre leurs concerts, lorsque, dans une seconde chambre où nous entrâmes, nous fûmes salués par d'autres rossignols qui semblaient se complaire à soupirer leurs mélodies amoureuses sous ces dômes si souvent retentissants des plaintes des malheureux. Nous avancions vers un appartement donnant sur le lac, quand nous aperçûmes Ali-pacha, étendu sur une peau de léopard jetée dans l'angle d'un sofa formé de tissus précieux de Cachemire; il nous tendait la main avec le sourire sur les lèvres, en nous faisant gracieusement signe d'avancer.

« Lav uarápios, comme un bienheureux, lui dit mon frère en l'abor» dant. — Je le suis en effet. Avec quelles délices j'écoute le gazouil» lement de ces oiseaux ! Approchez, mes chers enfants. » Et il poursuivit en se relevant sur son coude. « Je le serais peut-être pour » toujours si je ne suivais que mes penchants. Oh! si vous saviez ce » qu'il faut parfois pour me satisfaire! Tenez, j'ai parmi les femmes » de mon harem une paysanne qui chante, mais de ces airs admirables » que je n'entends jamais sans me reporter aux jours de ma jeunesse ; » je me crois alors transporté dans mes montagnes de la lapygie. Ma » vie était bien tranquille alors. Quelle fête pour moi quand nous » mangions entre camarades quelque chevreau dérobé aux pâtres da » mont Argenik !... et quand j'allais aux noces des mes amis, j'étais » le premier joueur de lyre de cent lieues à la ronde; j'aurais défié » les plus habiles à la danse, à la lutte; mais ce temps de reviendra » plus, et je n'aperçois à l'autre bout de la vie que des chagrins de fa» mille, des orages; et qui sait....! je n'aurai peut-être pas le bon» heur de mourir sur la nalle de mes aïeux. Je la garde ici, pour me » rappeler que je suis né pauvre; que j'ai souffert. » Et, se levant brusquement sur sont séant : « Mais, s'il le faut, je saurai braver jusqu'à » la misère. »

Puis retombant dans ses éternelles redites, relativement aux services qu'il avait rendus aux Français et notamment aux Anglais, qui ne l'avaient jamais payé que d'ingratitude, sa conclusion fut qu'il mourrait désespéré s'il n'obtenait pas Parga. Tout en le calmant, j'essayai de lui prouver que ses désirs étaient contraires à sa véritable politique; qu'une fois devenu maître absolu de l’Epire, sa tête effervescente, loin de se calmer, le pousserait à quelques entreprises téméraires; et que son ambition, d'autant plus active qu'elle aurait été toujours satisfaite, serait la cause des tourments qui l'attendaient à l'autre bout de la vie. Je me permis de lui dire, sans penser alors que ma voix était prophétique, que de la possession de Parga dateraient peut-être pour lui et les siens les plus affreux malheurs.

« J'en défie l'augure, repartit-il. Au reste, pourvu que je puisse » bâtir un palais sur ce pan de rocher, je serai consolé de tout. » Chaque homme porte empreint sur son front le sceau irrévocable » de son destin, et ce qui est écrit doit nécessairement arriver. Je » veux Parga. ow try Dispyav. — Craignez d'être mattre de Parga ! » — Je veux Parga, olww Dlágyav. »

Il leva les yeux au ciel, en soupirant.

CHAPITRE VIII.

Nouvelle de la restauration de la dynastie des Bourbons, - Sainte-alliance.

Hétéristes. — État de la Grèce en 1814. – Colléges. — Écoles. - Imprimeries. - Commerce. – Marine. — Jalousie des Anglais. - Calomnies de leurs agents. - lodifférence de la Porte Ottomane. – Arrivée de Sir Thomas Maitland aux fles Joniennes. - Humble requête que lui adressent les Parguinotes. — Vente de leur territoire. - Incertitudes. — Alarmes. - Désespoir. - Le croissant remplace la croix. - Imprécations contre le ministère britannique. – Emigration des chrétiens. - Leur dernier soupir chanté par Xénoclès.

Napoléon tombé de son char de victoire, les fils de saint Louis et de Henri IV rendus au trône de leurs aïeux ; les événements de plusieurs siècles pressés dans le cours d'un mois, depuis que les Français célébrèrent sur le cap Chimærium la dernière victoire d'une guerre à jamais mémorable, étant connus dans la Grèce, on se demanda pendant longtemps encore comment celui qui avait présidé aux destinées de l'Europe n'était plus. Les Turcs pleurèrent l'enfant de la fortune; et les Grecs, charmés de sa perte, parce qu'ils le regardaient comme un obstacle à leur affranchissement, poussèrent un cri de joie qui retentit jusqu'aux bords de la Néva.

Dans cette circonstance, le comte Andréossy, alors ambassadeur à Constantinople, ne pouvant présumer que si le tyran avait respecté les jours du consul général de France, il n'eût pas attenté à sa liberté, exigea et obtint de la Porte Ottomane qu'un capigi-bachi fût envoyé à Janina pour constater son existence, avec injonction de rapporter un écrit sigué de sa main, pour en prouver la réalité. S'il était ainsi l'objet de la sollicitude de ses chefs, il ne l'était pas moins de celle des ennemis mêmes de la France. Il jouissait depuis longtemps de cet avantage, même auprès des Anglais, depuis que le vaincu de Capri, qui contribua au malheur de l'auguste Caroline', s'était éloigné des rivages de Leucade, avec ses espions, en remettant le régiment Royal, Corse à un officier que sa probité ne rendait guère propre à commander un ramassis d'aventuriers tels que ceux de cette bande hétérogène.

· Hudson Lowe. Inde mali labes.

Mais cessons de parler en tiers. Je devais tarir la coupe des douleurs, lorsque je vis s'éloigner de Corfou mes plus chers amis avec cette vieille garnison dont les drapeaux ployaient sous le poids des lauriers, car on comptait dans ses rangs au delà de cinq mille soldats, illustrés par plus de quinze campagnes.

A peine notre pavillon avait disparu des fles de la mer Ionienne, que de nouvelles pensées semblèrent s'éveiller dans la Grèce. Les Turcs alarmés demandaient ce que signifiait la sainte-alliance, sans qu'il fût possible de leur persuader qu'elle n'était pas dirigée contre leur barbarie, tant leur instinct les porte à ne voir que des ennemis dans tout ce qui est chrétien. Les Grecs, à leur tour, portaient leurs regards vers le congrès réuni à Vienne ; ils tenaient un langage si extraordinaire, qu'on aurait cru le labarum déjà arboré sur les minarets de Sainte-Sophie... Et, pour la première fois, on entendit articuler dans l'Epire, le nom de société des hétéristes ou amis.

Ses statuts, si l'on en croit les Grecs, avaient été rédigés à Vienne, sous les auspices d'un grand monarque; plusieurs rois de la sainlealliance y avaient adhéré en fournissant des sommes considérables ; sa caisse était à Munich'. Elle avait pour but de répandre parmi les chrétiens de l'Orient les dons de la société biblique, destinés par la propagation de l'Évangile à réunir tous les enfants de la rédemption sous le signe auguste de la crois. Ce regard porté par des princes paternels sur un peuple jusqu'alors frappé d'une sorte de réprobation politique,ranima les espérances de régénération toujours présentes à son souvenir. La tyrannie des Turcs lui semblait frappée de vétusté. Leurs revers en Égypte, leurs revers plus récents lorsque huit mille Russes avaient triomphé de trente mille mahométans sur les bords du Danube; la torpeur dévorante de leur gouvernement; son iniquité désespérante; l'abrutissement d'un maître endormi au sein de la mollesse; la stupidité arrogante de la plupart deses vizirs,ou leur action sanguinaire; la vénalité de ses tribunaux; l'état de pauvreté de la basse classe des musulmans, avaient inspiré aux chrétiens le sentiment le plus dangereux aux tyrannies, le mépris, principe ordinaire de toutes les insurrections contre une autorité arbitaire. En se mesurant avec ceux qu'ils regardèrent longtemps avec épouvante, les Grecs s'aperçurent qu'ils

'Il est bon de se rappeler que le tribunal Vémique de Mayence n'existait pas encore à celle époque.

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