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ment à son service. Passant aux revenus de ses trois fils ', on les évaluait à dix millions. A ces considérations, les plus séduisantes pour un prince tel que le sultan Mahmoud, Pachô-bey, s'énonçant en homme au fait des localités, affirmait et répondait sur sa tête, malgré les troupes et les places fortes du vizir Ali, et arriver avec vingt mille hommes, en face de Janina, sans brûler une amorce.

Les plans des ennemis d'Ali-pacha, tout sages qu'ils paraissaient, et peut-être parce qu'ils l'étaient effectivement, ne se trouvaient pas du goût des ministres de sa hautesse, parce qu'ils recevaient de fortes pensions du moderne Jugurtha , qui se vantait, comme le Numide, que, si Conslantinople trouvait un acheteur, elle se vendrait, sans penser que cet or sur lequel il comptait devait causer sa perte. Il était aussi plus commode à un cabinet accoutumé à temporiser, d'attendre l'héritage de Tébélen, que d'en brusquer l'acquisition par une guerre ouverte; car il est ordinaire en Turquie que les grandes fortunes des employés du gouvernement se fondent dans le trésor impérial.

L'usage, dans les cabinets d'Orient, est la grande maxime d'État; et si l'on pouvait arrêter la marche du temps, qui mine les institutions humaines, les Orientaux auraient trouvé le secret de la stabilité, qu'on dit être la source du bonheur social. Tout en applaudissant au zèle de Pachô-bey, on ne lui donnait que des réponses dilatoires : puis, des équivoques on en vint aux refus ; et Paléopoulo, qui ne respirait que pour la liberté de son pays, revenait à ses idées premières d'aller coloniser. Il se disposait à partir pour la Bessarabie , lorque la mort vint interrompre ses projets en mettant fin à ses malheurs.

que celles de sa table, de ses harems, et le pain de munition de ses troupes, cela se prenait sur le produit en nature de ses terres, et il payait par des bons à vue sur les marchands qui ne lui devaient rien, les Grecs employés à son service.

> famille d Ali-pacha, 1819.

Ali Tébélen Véli Zadé, âgé de 78 ans.

Sos fils issus d'Éminé • I Mouctar- beglier-bey de Bérat, 30 ans. hes ms issus a amiae . j vélj yizjr de ThessaliC( 45 ans#

Fils issu d'une esclave : Salik, pacha de Lépante, 18 ans; a laissé un 61s en

bas âge.

Famille de Mouctar-pacha.

nciix fil, • I Hussein-pacha, marié, ueuihls. j Maumoud_bev.

Méhémcl-pacha, Sélim-bcy, Ismacl-bcy, et six filles.

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Le ciel semble accorder aux hommes arrivés à leur heure suprême, et qui n'ont plus d'intérêt à feindre, une sorte de prévision qui rend leurs dernières paroles prophétiques. Le vieil Étolien annonça à ses amis la régénération prochaine de la Grèce; et, ayant demandé à voir Pachô-bey, il l'engagea à persévérer dans ses projets, en l'assurant que bientôt la famille d'Ali Tébélen tomberait sous ses coups. Je meurs avec le regret, ajouta-t-il, de ne pas me trouver avec vous sur le mont Dryscos; Ali-pacha reconnaîtrait encore Paléopoulo au bruit de son gros fusil '.

Le vieux guerrier du mont OEta étant mort peu de jours après cette entrevue, Pachô-bey se consola bientôt de sa perte; car un chrétien n'est jamais, pour la caste tartare, qu'une de ces espèces subalternes, qu'on dédaigne dès qu'on n'en peut plus retirer d'utilité; mais il n'oublia pas les conseils qu'il en avait reçus pendant leur liaison.

Avant de les mettre en pratique, Pachô-bey crut, pour masquer ses projets, devoir se jeter dans les pratiques les plus minutieuses du mahométisme. Alors Ali, qui le faisait observer par ses capi-tchoadars, apprenant qu'il fréquentait les derviches et les ulémas, feignit de croire qu'il était désormais sans importance politique, et sembla ajourner contre lui ses projets de vengeance.

1 Le fusil de Paléopoulo, appelé Milioni, était d'un calibre énorme; il avait une réputation aussi grande chez les Épirotes, que l'épée de Roland parmi nos anciens preux.

LIVRE TROISIÈME.

CHAPITRE PREMIER.

Ali aspire à l'indépendance.— Le sultan convoite ses trésors.— Conduite adroite de Pachô-bey.— Destitution de Yéli-pacba, relégué à Lépanle.— Kbalet-effendi protège Pachô-bey.— Nouvelle tentative d'assassinat contre lui.— Sicaircs d'Ali pendus. — Inquiétudes du sultan. — Ali déclaré fermanly ; — il se rend à Parga, — y apprend sa proscription.— Ses alarmes ;—redoublées par un passage du Coran.— Il est mis au bande l'empire.—Armements dirigés contre lui.—Pachô-bey nommé pacha de Janina. — Plan de campagne d'Ali. — Il se réconcilie avec les armatolis. — Négociations; stratagèmes. — Suleyman nommé vizir de Thessalie. — Intrigues de son grammatiste pour soulever les Grecs, — qui prennent les armes. — Parti qu'aurait dû adopter Ali. — Il convoque les états de l'Épire. — Son discours d'ouverture. — Effet qu'il produit. — Proclamation.

Gouverner, c'est tromper. Cette maxime désastreuse pour les peuples était celle du vizir Ali Tébélen, parvenu, à travers des flots de sang, à l'usurpation d'un pays presque égal en population aux. royaumes unis de Suède et de Norvège. Le pouvoir n'était en effet à ses yeux, comme il l'est à ceux qui sont nés dans la bassesse, qu'un moyen de faire sentir le poids de son autorité, d'assouvir ses passions et de faire le malheur des hommes. C'était à ces conditions qu'il chérissait son rang, et il ne répandait ses faveurs que sur l'espionnage et la fraude. Activité, intelligence, talents, tout aboutissait à son coupable égoïsme; et, en voyant un tel homme, Èpictète se serait écrié que son dme échauffait un cadavre dont le contact aurait souillé jusqu'à la vertu.

Comblé des faveurs de l'Angleterre, l'occupation de Parga était loin de combler ses vœux ; la joie de sa possession était refroidie par le regret de n'avoir pu immoler les Parguinotes, qui avaient fui sur une terre étrangère à sa domination. La conquête de la moyenne Albanie le faisait soupirer après celle de Scodra, où il soudoyait une faction qui tenait le jeune Moustaï-pacha dans de continuelles alarmes. Sa vengeance contre le malheureux Ibrahim , vizir de Bérat, qu'il tenait depuis sept ans dans les fers ainsi que son fils, était incomplète, tant qu'ils traînaient un reste de vie, que son intérêt l'obligeait de respecter, pour ne pas laisser enlever le sangiac du Musaché à Mouctarpacha '. La Valachie, la Moldavie, la Thrace et la Macédoine étaient remplies de ses émissaires. Il était présent partout, au moyen de ses agents, et mêlé aux intrigues générales et particulières de l'empire. Rien n'était étranger à sa politique; et il s'indignait surtout de voir le Romili vali-cy Khourchid-pacha, établi depuis cinq ans à Monostir ; un dieu vengeur, en entretenant l'envie dévorante dans son sein, devait le pousser à sa perte.

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La fortune, qui l'accablait de ses dons, l'avertissait commePolycrate, qu'elle était prête à l'abandonner. Ses succès devaient le faire trembler lorsque après avoir soldé le prix de la vente de Parga aux agents de l'Angleterre, il en fut remboursé au quintuple, au moyen des dons forcés de ses vassaux, et par la valeur intrinsèque des biens-fonds des chrétiens, qui étaient devenus sa propriété *. Son palais de Tébélen venait d'être reconstruit plus vaste et plus brillant aux frais des communes. Janina s'embellissait d'édifices nouveaux; des pavillons chinois de la plus rare élégance bordaient les rives du lac, et le luxe d'Ali n'était comparable qu'à l'influence qu'il exerçait dans toute la Turquie. Par le moyen de Khalet-eflendi, il venait de faire éloigner Khourchid de Bitolia ou Monastir. Ses fils, à l'exception de Véli, et ses petits-fils étaient pourvus d'emplois éminents. Il pouvait se croire égal aux souverains; car si le titre lui manquait, les flatteurs ne lui manquaient pas. L'adulation de quelques lâches écrivains, prompts à prodiguer leurs acclamations aux tyrans que l'audace fait sortir des rangs vulgaires, commençait à l'élever sur le pavois des usurpateurs

'La Porte, qui ne voulait pas consacrer l'usurpation de sangiac de Bérat, s'était contentée de donner le titre de beglier-bey de ce drapeau à Mouctar, liis d'Ali. Chaque année elle adressait le lirman d'investiture à Ibrahim-pacha. Celui-ci, contraint par son oppresseur, écrivait alors au divan qu'étant vieux et accablé d'infirmités, il suppliait sa hautesse de conférer la gérence de son gouvernement à son gendre Mouctar. Il joignait à cette requête, dictée par la force, l'assurance qu'il était traité chez Ali avec les plus grands égards. Cette comédie, dont personne n'était dupe, puisqu'on savait qu'Ibrahim-pacha et son fils étaient renfermés dans un cachot, sauvait les apparences, qui sont la chose essentielle, quand les souverains n'ont pas la force de faire respecter leur autorité.

'Voyez An estimate of the property abandoned by the Parguinotcs, in refutation of the statements, in n<> XIV of Quaterly Review. London, 1820.

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