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sant subitement comme Diagoras, leur compatriote, de l'excès d'un respect timoré envers des maîtres qu'ils ne regardaient qu'en tremblant, à un sentiment contraire, ils mirent en pièces le cadi, les soubachis et les couleurs du sultan, en jurant, à la face du ciel, de mourir pour la liberté.

Une fureur pareille à celle que ces hommes, naguère si timides, venaient de manifester, régnait dans les fles voisines. Ainsi, à Céos', patrie de Simonide, qui chanta les victoires des Grecs sur les Perses, quinze mahométans, déposés par un bâtiment d'Hydra au port de Karessos, furent massacrés par un peuple ivre de fanatisme, qui venait d'apprendre la mort du patriarche de l'église orthodoxe. Le sang du juste retombait ainsi sur la tête des innocents ! Le nom de Grégoire était partout le signal de mort des mahométaps et des juifs, que les vaisseaux grecs jetaient à la mer, en disant : c'est ainsi que nous truilons les assassins sacriléges de notre patriarche. Ainsi périrent une multitude d'Hébreux d'Alexandrie, de la Syrie, de Salonique, et un bâtiment entier chargé des pèlerins revenant de la Mecque, qui furent capturés par un vaisseau de Psara, aux atterrages de l'ile de Cypre. Naxos, Andros, Mycone, Paros, dont la garnison fut exterminée, Icaros, Syphnos, Cimolos, Anaphe, Cythnos, Astypalée, Théra, devinrent le tombeau de tous les exacteurs du sultan ; et Samos, reine des mers de l’lonie, ayant arboré l'étendard de l'indé pendance, après avoir exterminé ses tyrans, la plupart des îles se trouvèrent affranchies du joug ottoman. Il restait cependant en dehors de l'émancipation Scyros, Chios, Cos, Rhodes, Cypre, Mitylène et la Crète, que des vues différentes, ou le poids des garnisons turques, i retinrent encore, pendant quelque temps, dans un état de soumission pire que la mort.

La terreur y avait comprimé jusqu'à la pensée d'un avenir d'affran- . chissement, depuis que les ordres du divan, qui prescrivaient le désar- ! mement des chrétiens, avaient reçu leur exécution dans tous les lieus , où les Turcs se trouvaient en majorité. Les choses avaient été pous- . sées plus loin dans l'Asie mineure : sous ce prétexte, une foule de ! Grecs avaient été égorgés à Angora, à Brousse, à Pergame, à Satalie et dans les principales villes de l'Anatolie. L'aga de Vourla, imitant

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d'événements qui seront une source de larmes éternelles pour la Grèce entière, et le texte de reproches mérités contre les ministres des rois de la Sainte-Alliance.

Les Hellenes, électrisés au moment de l'insurrection, exaspérés lorsqu'ils apprirent le supplice ignominieux du chef de leur église, qui avait prié, en mourant, pour ses bourreaux , loin d'imiter l'exemple qu'il leur avait légué, de vaincre et de pardonner, ne comptaient plus leurs jours que par d'affreuses représailles contre l'ennemi de la croix. Le 13 mai, ils coulèrent à fond un bâtiment turc qui avait osé leur résister. Le 16, ils en forcèrent un autre à s'échouer au-dessous du village de Cardamya; et quelques juifs, embarqués sur un brick chargé de goudron dont les Grecs s'emparèrent, furent pendus, pour se venger des impiétés de leurs compatriotes de Constantinople. Le 19, l'escadre mit à la voile ; les Psariens manœuvrant vers leur ile, qu'il était urgent de mettre en état de défense, et les Hydriotes dans la direction de Lesbos. Arrivés à cette hauteur, ils y apprirent. par une barque venant du mont Athos, qu’un corsaire Psarien s'était emparé de deux leuces ou tartanes chargées de soldats albanais, qui se rendaient de Salonique en Morée, et ils lui remirent des proclamations pour les répandre dans les îles. Enfin, dans la nuit du 21 au 22, l'escadre opéra son retour à Hydra, où l'on ne tarda pas à voir entrer une multitude de prises faites sur les infidèles, surpris et accablés par une conspiration que l'impolitique de leur gouvernement avait rendue générale.

L'Archipel était en feu. La division navale de l'armée grecque, en croisière au milieu des Cyclades, qui forment une couronne d'fles autour de Délos, écueil maintenant solitaire, informée qu'une corvette de trente-deux canons, et un brick de la marine impériale du sultan, se trouvaient à Mélos, portant aussitôt le cap du côté de ce port, le plus spacieux de l'Archipel, surprit l'ennemi au moment où une partie de ses équipages se trouvait à terre. Les officiers, qui passaient joyeusement leurs loisirs aux dépens des insulaires, d'eurent pas le temps de revenir de leur étonnement. Attaqués à coups de pierres par les Méliens, ils se pressent vers la plage, où tout ce qui était Turc, pris entre deux feus, devint la victime de la fureur des Grecs.

L'insurrection fut aussitôt proclamée par une population de douze : à quinze cents individus renommés jusqu'alors par leur apathie. Pas

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sant subitement comme Diagoras, leur compatriote, de l'excès d'un respect timoré envers des maîtres qu'ils ne regardaient qu'en tremblant, à un sentiment contraire, ils mirent en pièces le cadi, les soubachis et les couleurs du sultan, en jurant, à la face du ciel, de mourir pour la liberté. Une fureur pareille à celle que ces hommes, naguère si timides, venaient de manifester, régnait dans les îles voisines. Ainsi, à Céos ", patrie de Simonide, qui chanta les victoires des Grecs sur les Perses*, quinze mahométans, déposés par un bâtiment d'Hydra au port de Karessos, furent massacrés par un peuple ivre de fanatisme, qui venait d'apprendre la mort du patriarche de l'église orthodoxe. Le sang du juste retombait ainsi sur la tête des innocents ! Le nom de Grégoire était partout le signal de mort des mahométans et des juifs, que les vaisseaux grecs jetaient à la mer, en disant : c'est ainsi que nous traitons les assassins sacriléges de notre patriarche.Ainsi périrent une multitude d'Hébreux d'Alexandrie, de la Syrie, de Salonique, et un bâtiment entier chargé des pèlerins revenant de la Mecque, qui furent capturés par un vaisseau de Psara, aux atterrages de l'île de Cypre. Naxos, Andros, Mycone, Paros, dont la garnison fut exterminée, Icaros, Syphnos, Cimolos, Anaphe, Cythnos, Astypalée, Théra, devinrent le tombeau de tous les exacteurs du sultan : et Samos, reine des mers de l'Ionie, ayant arboré l'étendard de l'indépendance, après avoir exterminé ses tyrans, la plupart des îles se trouvèrent affranchies du joug ottoman. Il restait cependant en dehors de l'émancipation Scyros, Chios, Cos, Rhodes, Cypre, Mitylène et la Crète, que des vues différentes, ou le poids des garnisons turques, retinrent encore, pendant quelque temps, dans un état de soumission pire que la mort. La terreur y avait comprimé jusqu'à la pensée d'un avenir d'affranchissement, depuis que les ordres du divan, qui prescrivaient le désarmement des chrétiens, avaient reçu leur exécution dans tous les lieux où les Turcs se trouvaient en majorité. Les choses avaient été poussées plus loin dans l'Asie mineure : sous ce prétexte, une foule de Grecs avaient été égorgés à Angora, à Brousse, à Pergame, à Satalie et dans les principales villes de l'Anatolie. L'aga de Vourla, imitant

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l'exemple du sultan et des janissaires de Smyrne, avait fait pendre les ecclésiastiques et les plus riches négociants de sa juridiction, pour confisquer à son profit leurs biens ainsi que l'argenterie des églises. A Cos et à Rhodes la populace turque s'était baignée pendant plusieurs jours dans le sang du peuple et des ministres du vrai Dieu. Les églises chéries du Seigneur, auxquelles l'apôtre avait annoncé l'éternité de la foi, frappées dans leurs pasteurs, étaient ébranlées jusque dans leurs fondements; et les barbares, soulevés par la politique du divan, chassant devant eux des populations sans défense, Psara vit arriver sur ses plages, entassées dans de frèles nacelles, des milliers de familles chrétiennes. Des prêtres, des femmes, des vieillards, rendus intrépides à force de malheurs, bravant les flots, s'échouaient en quelque sorte sur cette terre de salut qui s'était offerte la première à leurs regards. Dans moins de quinze jours, douze mille réfugiés encombrèrent une fle incapable de fournir aux besoins d'un nombre égal d'individus qui formaient sa population ordinaire; car, en été, on tirait une partie de l'eau nécessaire à la consommation publique, des fles de Chios et de Mitylène..

Mais que ne peut la charité ? Après avoir ouvert les magasins où l'on tenait en réserve les provisions nécessaires à la marine, on pouryut aux autres besoins. Chaque nuit, des barques, expédiées sur les côtes de la terre ferme et des fles voisines où il existait des aiguades, allaient, avec des détachements d'hommes armés, y remplir des tonneaux, des outres et des vases qu’on rapportait avec plus de soin qu'on n'en eût mis à conserver des trésors. On institua ensuite des phréarques ou intendants des citernes, pour présider à la distribution de l'eau du ciel, qui sembla compatir aux souffrances des chrétiens, en faisant éclater des orages mêlés de pluies qu’on recueillit avec empressement. On creusa de nouveaux puits; mais leur qualité délétère ne tarda pas à causer des épidémies désastreuses.

Cette calamité fournit aux Psariens l'occasion de se signaler, en prodiguant à leurs frères des secours que leur position ne permettait pas d'espérer, car, menacés d'une prochaine attaque de la part des infidèles, ils devaient songer à la défense de leur fle. Placés en première ligne, informés des préparatifs qui se faisaient à Constantinople, ils savaient le sort qui leur était réservé. Aussi, après avoir passé les nuits en mer pour conquérir de l'eau et quelques provisions fraîches qu'ils enlevaient à la pointe de l'épée, le retour du soleil le

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trouvait chaque jour occupés à environner leur ville d'un rempart, qui, sans être construit par des ingénieurs, se trouva assez bon pour en imposer à des Turcs. Le port fut également mis en état de défense; et les Hydriotes, informés du nombre des réfugiés qui se trouvaient à Psara, se chargèrent d'en faire la répartition dans les îles, où ils trouvèrent une hospitalité touchante. Le navarque Tombasis, qui régla les principales dispositions de cette mesure, délivra aux équipages de son escadre des certificats, portant que chacun avait servi gratuitement la patrie. On vota ensuite des remercîments à l'archimandrite Théodose, aumônier de l'escadre, pour le zèle apostolique qu'il avait déployé pendant le cours de l'excursion, et on fit enfin connaître l'encyclique approuvée par les trois îles unies, qui était adressée au clergé orthodoxe, afin de l'engager à déclarer la cause de l'affranchissement guerre sacrée. Un fragment de cette pièce suffira pour faire connaître l'esprit dans lequel l'archimandrite Théodose l'avait rédigée : « Révérends prêtres, très-vénérables religieux des pieux et orthodoxes chrétiens, couvrez-vous de l'armure du roi céleste, et marchez contre les blasphémateurs du nom du Très-Haut. Annoncez le châtiment des profanateurs du Saint des saints. Exterminez les usurpateurs sanguinaires du trône des Constantins ! Que vos mains, qui ne s'élevaient au ciel que pour prier, saisissent le glaive et les brandons, car il est écrit : J'ai apporté le feu sur la terre, et je veur qu'il s'embrase. Imitez Moïse, qui triompha des Egyptiens ; Jésus Navès, qui combattit les Amalécites; le Thesbite Elie, qui passa au fil de l'épée les ministres du mensonge : levez-vous, et le dieu des forts précédera vos drapeaux. Liberté de la foi, indépendance, patrie, voilà votre cri de guerre. Priez, bénissez, combattez, et que nul d'entre vous ne reste oisif dans la guerre sacrée. » On mit en même temps à l'ordre du jour la loi suivante * : « Celui qui combat pour la religion et la patrie recevra des couronnes dans le ciel et des récompenses sur la terre. La famille de tout individu mort sous les drapeaux de la croix sera secourue aux dépens de l'État, tant que sa femme restera veuve ;son nom sera l'objet d'une commémoration annuelle dans les prières de l'église, et on déli

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" En date du 16-28 mai. Voyez Précis des opérations de la flotte grecque, ape ndice, n° 3.

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