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cade, il était rentré à Prévésa avec trois barques remplies de blessé.

Enhardis par ces succès, les capitaines Hyscos, Lepeniotis, les neveux de Cadgi Antonis, laissant le blocus d’Arta aux soins de Varnakiotis, s'étaient avancés dans le mont Djoumerca, qui couronne le bassin de Janina au midi. L'Athamanie et les contrées les plus excar

pées de la vallée supérieure de l'Achéloüs s'étaient soulevées. Os · pouvait apercevoir le feu des bivacs des insurgés, du camp même de Khourchid-pacha; Marc Botzaris avait enlevé ses chevaux à Variada village éloigné de six lieues de Janina; un homme moins ferme que le sérasquier se serait cru perdu.

Les Valaques de Calaritès, qui supportaient depuis dix mois le charges d'une garnison de quatre cent quatre-vingts Turcs, avaient déjà dépensé plus de 400,000 francs, pour subvenir à leur entretien, lorsque les insurgés déployèrent le pavillon de la croix sur le mont Agnanda, point le plus élevé de l'Athamanie. A son aspect, le peuple, los de souffrir, introduisit dans la ville, sans la participation de ses primats, deux cents insurgés qui attaquèrent les Turcs retranchés dans - des maisons solides et crénelées. On se battit de part et d'autre avec acharnement pendant dix jours, au bout desquels les mahométas ayant demandé à capituler , on leur accorda la faculté de se retirar avec armes et bagages au camp impérial de Janina. On convint à cet effet de leur donner une sauvegarde composée du protopapas ou curé, et de huit chefs des principales familles, qui furent chargés de les accompagner jusqu'aux avant-postes de leur armée.

Ils s'éloignèrent à ces conditions ; mais à peine avaient-ils descendo le mont Polyanos, qu'ils rencontrèrent deux mille Turcs que Khourchid envoyait au secours de la garnison de Calaritès. Alors, sans égard ! pour la foi jurée, ils assassinèrent le vénérable chef de l'Église avec cinq des envoyés de paix chargés de veiller à leur sûreté. Puis revenant sur leurs pas et escaladant les montagnes, tandis que les ! -armatolis qui avaient compromis les habitants fuyaient à leur approche, ils arrivèrent à Calaritès. Poussant des cris de fureur auxquels les habitants, abandonnés à leur désespoir, répondirent à coups de fusil, soixante Grecs, s'étant embusqués dans un quartier situé à la rampe des précipices qui bordent la ville au midi , arrêtèrent l'ennemi assez longtemps pour permettre à la population de gagner les escarpements du mont Baros. On profita ensuite de la nuit pour se retirer; trois mille chrétiens, hommes, femmes et enfants, s'éloignèrent de leur

pa patrie en s'éclairant à travers les précipices, avec des torches de bois la résineux, jusque dans la vallée de l'Achéloüs.

La ville voisine de Syraco, que la fermeté d'un de ses citoyens, us nommé Coletti, sauva dans cette circonstance, imita l'exemple de hoe Calaritès. Ses habitants, après avoir embrasé leurs demeures, gagnèrent bisty les montagnes de la Dolopie, qui étaient encore couvertes de neiges, ad et rejoignirent les Calaritiotes, en faisant prévenir les villages de

l'Anovlachie de se tenir sur leurs gardes. Ils formèrent ensuite des camps où les diverses bourgades se rendirent, et, après avoir erré durant vingt-cinq jours, afin de réunir les populations chrétiennes du Pinde, ils arrivèrent suivis de leurs troupeaux, montant à plus de quatre-vingt mille têtes de bétail, dans les forêts de l'Étolie, repaire de tout temps favorable aux opprimés. Coletti passa aussitôt en Morée, où on le verra bientôt figurer comme ministre; et quelques familles, qui avaient le moyen de payer le prix de l'hospitalité, parvinrent à etre admises dans les îles Ioniennes.

Nous consignons ce fait, car c'était un privilége extraordinaire d'intéresser la pitié des agents anglais, auxquels on avait livré les Ioniens sans aucune garantie. Ils avaient tendu une main secourable au satrape de Janina, mais ils s'étaient hautement déclarés contre les Grecs, parce qu'ils ne voyaient en eux que des instruments de la politique russe. C'était à ses artifices qu'ils attribuaient l'insurrection de la Hellade, et on surveillait avec une sévérité si insultante ses consuls, qu'on les expulsa plus tard, sous prétexte qu'ils étaient Ioniens, quoique naturalisés Moscovites. En attendant, leurs lettres officielles ou privées étaient décachetées, sans employer même les subterfuges qu'on met ailleurs en usage, pour masquer cette injure.

C'étaient de vieilles méthodes, bonnes autrefois pour Venise, et maintenant pour les casuites politiques du tribunal vémique de Mayence; mais les inquisiteurs d'Albion ne tergiversent jamais en fait d'arbitraire, quand il s'accorde avec leurs intérêts. On dressa en

suite des potences aux principaux alterrages des iles Ioniennes, afin EN d'annoncer aux barbares la démarcation entre la chrétienté et la TurLa quie, et on remit en activité les délateurs ainsi que les espions formés

à l'école du geðlier de Sainte-Hélène. On permit l'entrée des fles à men quelques femmes, en repoussant vers une terre en conflagration des

hommes qui ne demandaient qu'à reposer sous la surveillance d'une ajtón police ombrageuse; car la vie est douce, disaient les Grecs, même aux

infortunés. On leur refusa le feu et l'eau ; mais tandis qu'on criait anathème contre la révolte, soit calcul ou erreur, on faisait tout pour la fomenter. Loin de moi, j'en atteste le ciel, de croire qu'il soit jamais entré dans la pensée du cabinet anglais de vouloir étouffer les espérances des Grecs dans leur sang. J'aime mieux croire que le soin de leur propre conservation dicta des mesures atroces aux protecteurs de l'heptarchie ionienne, qui savaient trop combien la vente de Parga les avait rendus abominables aux yeux des orthodoxes, pour laisser accumuler une population irritée, qui aurait pu, à l'aide de quelques mécontents, leur causer plus que des inquiétudes. C'est ainsi qu'il faut expliquer ce qui se passa d'abord, car tandis qu'on repoussait les hommes capables de porter les armes, mesure favorable à la cause des Grecs, on leur vendait publiquement des armes et des munitions de guerre. Mais c'est à tort qu'on prétendit, dans le temps, qu'on avait poussé le machiavélisme jusqu'à tolérer l'émigration du comte André Métaxas ; elle fut l'effet d'un sentiment trop honorable, pour qu'il ne trouve pas place dans cette histoire. Le premier cri de liberté parti du Péloponèse avait fait tressaillir les Ioniens '. André Métaxas, informé qu'un gentleman anglais. nommé Gordon, et plusieurs de ses compatriotes, se disposaient à accourir au secours des Grecs, ne pouvant s'imaginer que ce qui était permis à Londres fut un délit dans les Sept-Iles, suivit l'impulsion de son cœur qui l'appelait à assister ses coreligionnaires. Il ne s'agissait que d'éluder quelques formalités, et sur le bruit répandu que des forbans infestaient l'archipel d'Ithaque, il obtint du résident de S. M. B. à Céphalonie d'armer pour leur donner la chasse. Un corps nombreux de Grecs s'étant joint à lui, on s'embarqua avec du canon ; et, sorti du port, on leur communiqua le dessein de passer en Morée. Ceux qui n'étaient pas d'avis d'une pareille entre

' Les Grecs de Zante fournirent, dit-on, à cette époque, aux insurgés, en argent et en munitions de guerre, une valeur de 2,205,000 francs.

Céphalonie envoya du canon, des armes, et équipa, à ses frais, 490 hommes qui sont encore considérés comme proscrits, et dont les propriétés se trouvent sequestrées par les Anglais. Leucade et Ithaque fournirent, de leur côté, 145 hommes, de la poudre et des boulets qui leur furent vendus par le commandant turc de Prévesa. Enfin, M. Maye, originaire de Zante, établi alors à Marseille, ne cessa pas d'assister les insurgés, en leur faisant passer hommes, armes, munitions, et tous les secours qu'il put réunir.

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prise furent reconduits à terre, et André Métaxas, accompagné de son frère Constantin et de trois ou quatre cents hommes, débarquèrent dans le golfe de Cyllène, au moment où Procope, évêque de Calavryta, entraînait les populations de l'Elide dans le mont Olénos.

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CHAPITRE V.

Arrivée d'une escadre grecque devant Patras. - La frégate l'Ariège sauve le conse.

de France. — Combats entre les Hellènes et les Turcs. - Leur détres-e. - le rection de Missolonghi. – Turcs captifs déclarés ražas. - Conseils des Hydrios. aux habitants de Galaxidi, rejetés. — Les insurgés injustement décriés. — Espir pendu. — Pillage du faubourg de Coron par les Maniates. — Sénat de Calabatt - Colocotroni généralissime. — Arrivée de Démétrius Hypsilantis. - De Micto Comnène Aphendoulief et de Cantacuzene. - Déclamations d'un Allemand. - , État des insurgés. - Siege de Monembasie. - Férocité des Turcs. - Superstil.si des Maniates, encouragés par leurs femmes. - Absolution singulière de lrus vols. - Secours que les Anglais donnent aux Turcs. - Suite de cette action. Corinthe débloquée. — Terreur répandue dans l'Arcadie. - Litanies, - Ex-vote - Laliotes secourus. — Leur retraite. - Chassent les Turcs Patréens de l'Aco I polis. – La police de Zaple. – Défend la procession du saint sacrement. Fureur des Zantiotes.

Ce fut le premier juin, à deux heures après midi, qu'on aperçu deux vaisseaux qui forçaient de voiles pour entrer dans le golfe de Patras, et, une heure après, on en découvrit quelques autres au large Quoique les Turcs annoncassent que c'était l'avant-garde de l'arret du capitan-pacha, la frayeur qu'ils manifestaient décelait leur crainte. A trois heures une corvette suspecte, accompagnée d'un brick, après avoir successivement arboré le pavillon de France et celui du sultan, hissa subitement la bannière de la croix.

Il serait difficile de peindre l'effroi des Osmanlis et des Arnaogtes, qui se croyaient tellement certains de n'avoir en tête que quelques rebelles réfugiés dans les montagnes, qu'ils n'avaient pas même pense à la possibilité d'être attaqués par mer. Dans un moment ils abandonnent le poste des jardins du consulat de France, où ils s'étaient établis militairement, malgré l'inviolabilité jusqu'alors respectée de son enceinte, et ils se retirent précipitamment dans la forteresse. L'escadre du capitan-bey, composée de cinq bâtiments de guerre portant soixante et dix pièces d'artillerie, lève en même temps l'ancre, et, au lieu de présenter le combat à deux armements qui n'avaient que

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