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WOUTERS ET C, IMPRIMEURS-LIBRAIRES

8, rue d'Assaut

de la régénération

DE LA GRÈCE.

LIVRE QUATRIÈME.

(Suite.)

CHAPITRE II.

Tremblement de terre.- Prodromes ou signes avant-coureurs de l'insurrection.

Visions et bruits populaires. - Bouleversement moral favorisé par Ali-pacha. Fausse nouvelle de son abjuration. - Révocation du titre de sérasquier donné à Ismaël-pacha. — Remplacé par Kbourchid-pacha. — On demande des otages aux agas des Schypetars. — Leur mécontentement. - Ils conspirent. — S'entendent avec Ali-pacha. – Sop activité. — Écrit à Khourchid-pacba. - Son entrevue avec Alexis Noutza. - Le déclare son fils. - Sa lettre aux Souliotes. - Plan qu'il concerte avec eux découvert. - Parti qu'en tire Ismaël-pacha. - Mesures qu'il adopte. - Trahison et désertion des chefs Schypetars. - Combat du 26 janvier. - Dangers auxquels échappe Ali-pacha. - Sa défaite. – Victoire des impériaux célébrée dans le camp. – Pompe funèbre. – Particularités.

Un des tremblements de terre les plus épouvantables que le Péloponèse eût éprouvés depuis longtemps, s'était fait sentir dans cette belle et malheureuse province, à la fin du mois de décembre 1820. La ville de Patras, les hameaux de sa banlieue, ainsi que l'ile de Zante, avaient considérablement souffert de la violence de ses secousses. Des sources d'eau bouillante avaient jailli du sein de la terre dans quelques endroits de l'Élide, tandis que plusieurs fontaines et un grand nombre de puits avaient complétement tari. Des montagnes s'étaient abimées en Arcadie, et des lacs remplis d'une eau fétide les avaient remplacées.

Les exhalaisons méphitiques, corrompant l'atmosphère commençaient à produire une foule de maladies qui enlevaient les hommes et les animaux. On craignait la peste, lorsque, dans les premiers jours du mois de janvier', la mer du golfe des Alcyons, désertant tout à coup son rivage, s'éloigne ; et, revenant précédée d'une trombe bruyante poussée par la tempête, renverse les maisons, déracine les arbres, et menace de transformer l'Achaïe en un vaste tombeau. Les habitants, ne sachant où fuir, lèvent des mains suppliantes au ciel. Déjà la vague couvre le temple antique de Cérès que les modernes ont consacré à saint André; elle mugit, elle se gonfle, lorsqu'au fort de l'ouragan quelques coups de tonnerre ébranlent les airs. Le ciel est apaisé ! Les nuages vomissent des torrents de pluie, les flots tombent, et celui qui assigna à l'Océan le sable des plages pour limite, lui a ordonné de rentrer dans ses bornes marquées. L'arc céleste se dessine sur le front du mont Panachaïcos. On respire, et bientôt après les tristes maladies s'éloignent avec les vapeurs émanées des antres de la terre, d'où sortit autrefois le serpent Python, emblème des maux attachés aux grandes convulsions du globe.

Ainsi que dans les sociétés primitives, où les hommes voyaient Dieu partout, les Moraïtes tirèrent des phénomènes qui venaient d'éclater la certitude de leur prochain affranchissement, après les épreuves d'une guerre semblable au choc des éléments dont ils avaient été témoins. Ainsi Pierre l'ermite, dans une semblable circonstance, avait annoncé la coalition des princes chrétiens qui devaient se réunir pour délivrer le saint tombeau. Plus circonspects, les Grecs ne se communiquaient leurs espérances qu'en parlant des prodiges qui se manifestaient de toutes parts. On avait vu pleurer la vierge de Mega Spiléon. Les caloyers du couvent de Saint-Luc avaient entendu, aux heures de matines, une voix qui leur disait de prendre courage! Les pères basilidiens de la montagne sainte avaient aperçu , pendant les fêtes de la Nativité, une croix lumineuse au haut du mont Athos, à l'endroit où la croyance vulgaire prétend que le tentateur transporta J.-C. pour lui montrer tous les royaumes du monde. Des pèlerins, venant de Jérusalem, attestaient qu'ils avaient navigué durant plusieurs

I Ces deux phénomènes se succédèrent le 22 décembre 1820 et le 9 janvier 1821

? A la suite du tremblement'de terre de l'année 1093. Voyez Albert. Hist. Hiorosolym., lib. I, in gest. Dei per Francos, page 186.

nuits, au milieu del'Archipel, entredesvaisseaux d'où partaientàchaque changement de quart, les cris de XPIEoEToE NIKAI, XPIETox BAEIAErEI : LE CHRIST TRIOMPHE, LE CHRIST EST vAINQUEUR ! Un religieux du monastère de Saint-Bélisaire, en Thessalie, était sorti de son tombeau et avait frappé aux portes de chaque cellule, en avertissant ses frères de se préparer au combat. Les cénobites des météores * avaient vu du haut de leurs montagnes les églises de la Thessalie livrés aux flammes par la main des infidèles. Les Souliotes, revenus de l'étonnement que leur avait causé la dernière victoire remportée sur les Turcs, l'attribuaient à l'archange Saint-Michel. Avec une foi aussi sincère que celle des habitants de Delphes * qui virent les héros et les dieux indigènes écrasant les Gaulois sous les roches détachées du mont Lycorée, ils affirmaient qu'un cavalier brandissant une lance étincelante, avait poursuivi les Turcs jusqu'au village de Catchika, où il avait disparu au milieu des ruines de l'église de Saint-Taxiarque, d'où l'on avait entendu sortir le cri de guerre de la milice céleste : DIEU sEUL EST GRAND ! Ces prestiges, avant-coureurs ordinaires des grandes commotions politiques, car on n'improvise pas les révolutions destinées à jeter des racines profondes, étaient produits et nourris par les défiances existantes entre les chrétiens et les mahométans. Ces derniers ne voyaient dans les Grecs que des partisans de la Russie; et les autres, ne trouvant aucun appui sur la terre, cherchaient au ciel des consolations capables de leur inspirer des résolutions salutaires. On savait de part et d'autre que les temps étaient accomplis, et cependant chacun craignait un événement impossible à conjurer. Jamais, à aucune époque, la Turquie, quoique libre de toute guerre étrangère, n'avait été en proie à de pareilles anxiétés. Un seul homme avait altéré la paix publique en faisant entendre du fond de son château, le cri de liberté. Ses émissaires publiaient que les Russes étaient sur le point de passer le Pruth, que la Moldavie et la Valachie allaient s'insurger, et que la haute Albanie s'armait pour secourir Ali Tébélen. Quelques personnes, plus religieuses que clairvoyantes, ajoutaient que le proscrit, déplorant les crimes de sa vie, était secrètement résolu à embrasser le christianisme. Sa conversion était l'ouvrage de la

" Couvents situés en Thessalie qui sont spécialement désignés par ce nom. * Pausan. Phocic.

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