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toujours les mieux habillés de la troupe, mais les moins pompeux et affétés; et comme il est dit au Proverbe, qu'ils fussent parés de grâce, bienséance et dignité. Saint Louis dit en un mot, que l'on se doit vêtir selon son état; en sorte que les sages et bons ne puissent dire : Vous en faites trop, ni les jeunes gens: Vous en faites trop peu. Mais en cas que les jeunes ne se veuillent pas contenter de la bienséance, il se faut arrêter à l'avis des sages.

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Du parler, et premièrement comme il faut parler
de Dieu.

Es médecins prennent une grande connaissance

L de la santé ou maladie d'un homme par

l'inspection de sa langue, et les paroles sont les vrais indices des qualités de nos âmes. « Par tes

paroles, dit le Sauveur, tu seras justifié, et par << tes paroles tu seras condamné. » Nous portons soudain la main sur la douleur que nous sentons, et la langue sur l'amour que nous avons.

Si donc vous êtes bien amoureuse de Dieu, Philothée, vous parlerez souvent de Dieu, dans

les devis familiers que vous ferez avec vos domestiques, amis et voisins. Oui, car la bouche du

juste méditera la sapience, et sa langue parlera << le jugement. » Et comme les abeilles ne démêlent autre chose que le miel avec leur petite bouchette, ainsi votre langue sera toujours emmiellée de son Dieu, et n'aura point de plus grande suavité que de sentir couler entre vos lèvres des louanges et bénédictions de son nom, ainsi qu'on dit de saint François, qui, prononçant le saint nom du Seigneur, suçait et léchait ses lèvres, comme pour en tirer la plus grande douceur du monde.

Mais parlez toujours de Dieu comme de Dieu, c'est-à-dire, révéremment et dévotement; non point faisant la suffisante et la prêcheuse, mais avec l'esprit de douceur, de charité et d'humilité, distillant autant que vous savez, comme il est dit de l'Épousé au Cantique des Cantiques, le miel délicieux de la dévotion et des choses divines goutte à goutte, tantôt dedans l'oreille de l'un, tantôt dedans l'oreille de l'autre; priant Dieu, au secret de votre âme, qu'il lui plaise faire passer cette sainte rosée jusque dans le cœur de ceux qui vous écoutent.

Surtout, il faut faire cet office angélique doucement et suavement, non point par manière de correction, mais par manière d'inspiration; car

c'est merveille, combien la suavité et amiable proposition de quelque bonne chose est une puissante amorce pour attirer les cœurs.

Ne parlez donc jamais de Dieu ni de la dévotion par manière d'acquit et d'entretien, mais toujours avec attention et dévotion; ce que je dis pour vous ôter une remarquable vanité qui se trouve en plusieurs, qui font la profession de dévotion, lesquels, à tous propos, disent des paroles saintes et ferventes par manière d'entretien, et sans y penser nullement; et, après les avoir dites, il leur est avis qu'ils sont tels que leurs paroles témoignent. Ce qui n'est pas.

CHAPITRE XXVI.

De l'honnêteté des paroles, et du respect que l'on doit aux personnes.

quelqu'un ne pèche point en paroles, dit saint Jacques, il est un homme parfait. >> Gardez-vous soigneusement de lâcher aucune parole déshonnête; car, encore que vous ne les disiez pas avec mauvaise intention, si est-ce que ceux qui les oient les peuvent recevoir d'une autre sorte. La parole

déshonnête, tombant dans un cœur faible, s'étend et se dilate comme une goutte d'huile sur le drap, et quelquefois elle saisit tellement le cœur, qu'elle le remplit de mille pensées et tentations lubriques. Car, comme le poison du corps entre par la bouche, aussi celui du cœur entre par l'oreille, et la langue qui le produit est meurtrière, d'autant qu'encore qu'à l'aventure le venin qu'elle a jeté n'ait pas fait son effet, pour avoir trouvé les cœurs des auditeurs munis de quelque contre-poison, si est-ce qu'il n'a pas tenu à sa malice qu'elle ne les ait fait mourir. Et que personne ne me dise qu'il n'y pense, car Notre-Seigneur, qui connaît nos pensées, a dit que « la bouche parle de l'abon<< dance du cœur. » Et si nous n'y pensions pas mal, le malin, néanmoins, en pense beaucoup et se sert toujours secrètement de ces mauvais mots, pour en transpercer le cœur de quelqu'un. On dit que ceux qui ont mangé de l'herbe qu'on appelle angélique ont toujours l'haleine douce et agréable; ceux qui ont au cœur l'honnêteté et la chasteté, qui est la vertu angélique, ont toujours leurs paroles nettes, civiles et pudiques. Quant aux choses indécentes et folles, l'Apôtre ne veut pas que seulement on les nomme, nous assurant que « rien ne corrompt tant les bonnes mœurs que <<< les mauvais devis. >>

Si ces paroles déshonnêtes sont dites à couvert, avec affèterie et subtilité, elles sont infiniment plus vénéneuses. Comme plus un dard est pointu, plus il entre aisément en nos corps, ainsi, plus un mauvais mot est aigu, plus il pénètre en nos cœurs. Et ceux qui pensent être galants hommes à dire de telles paroles en conversation ne savent pas pourquoi les conversations sont faites; car elles doivent être comme un essaim d'abeilles assemblées pour faire le miel de quelque doux et vertueux entretien, et non pas comme un tas de guêpes qui se joignent pour sucer quelque pourriture. Si quelque sot vous dit des paroles messéantes, témoignez que vos oreilles en sont offensées, ou vous détournant ailleurs, ou par quelque autre moyen, selon que votre prudence vous enseignera.

C'est une des plus mauvaises conditions qu'un esprit peut avoir, que d'être moqueur. Dieu hait extrêmement ce vice et en a fait jadis d'étranges punitions. Rien n'est si contraire à la charité, et beaucoup plus à la dévotion, que le mépris et contemnement du prochain. Or, la dérision et moquerie ne se fait jamais sans mépris; c'est pourquoi elle est un fort grand péché; en sorte que les docteurs ont raison de dire que la moquerie est la plus mauvaise sorte d'offense que l'on puisse faire

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