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sence du diamant, s'élance vers le même aimant soudain que le diamant est éloigné : ainsi le cœur de la veuve, qui ne pouvait bonnement s'élancer tout en Dieu, ni suivre les attraits de son divin amour, pendant la vie de son mari, doit, soudain après le trépas de celui-ci, courir ardemment à l'odeur des parfums célestes, comme disant à l'imitation de l'Épouse sacrée : O Seigneur, maintenant que je suis toute mienne, recevez-moi pour toute vôtre, retirez-moi après vous; nous courrons à l'odeur de vos onguents.

L'exercice des vertus propres à la sainte veuve, sont la parfaite modestie, le renoncement aux honneurs, aux rangs, aux assemblées, aux titres, et à telles sortes de vanités; le service des pauvres et des malades, la consolation des affligés, l'introduction des filles à la vie dévote, et de se rendre un parfait exemplaire de toutes vertus aux jeunes femmes. La nécessité et la simplicité sont les deux ornements de leurs habits; l'humilité et la charité, les deux ornements de leurs actions; l'honnêteté et débonnaireté, les deux ornements de leur langage; la modestie et la pudicité, l'ornement de leurs yeux; et Jésus-Christ crucifié, l'unique amour de leur cœur.

Bref, la vraie veuve est en l'Église une petite violette de mars, qui répand une suavité non-pa

reille, par l'odeur de sa dévotion, et se tient presque toujours cachée sous les larges feuilles de son abjection, et par sa couleur moins éclatante, témoigne la mortification : elle vient aux lieux frais et non cultivés, ne voulant être pressée de la conversation des mondains, pour mieux conserver la fraîcheur de son cœur contre toutes les chaleurs que le désir des biens, des honneurs, ou même des amours, lui pourraient apporter. « Elle sera bien«< heureuse, dit le saint Apôtre, si elle persévère en

«< cette sorte. »>

J'aurais beaucoup d'autres choses à dire sur ce sujet; mais j'aurai tout dit, quand j'aurai dit que la veuve, jalouse de l'honneur de sa condition, lise attentivement les belles épîtres que le grand saint Jérôme écrit à Furia et à Salvia, et à toutes ses autres dames, qui furent si heureuses que d'être filles spirituelles d'un si grand père; car il ne se peut rien ajouter à ce qu'il leur dit, sinon cet avertissement, que la vraie veuve ne doit jamais ni blâmer, ni censurer celles qui passent aux secondes, ou même troisièmes ou quatrièmes noces; car en certains cas, Dieu en dispose ainsi pour sa plus grande gloire. Et faut toujours avoir devant les yeux cette doctrine des anciens, que ni la viduité, ni la virginité n'ont point de rang au ciel que celui qui leur est assigné par l'humilité.

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CHAPITRE XXXIX.

Un mot aux vierges.

VIERGES, je n'ai à vous dire que ces trois mots; car vous trouverez le reste ailleurs. Si vous prétendez au mariage temporel, gardez donc jalousement votre premier amour pour votre premier mari. Je pense que c'est une très-grande tromperie de présenter, au lieu d'un cœur entier et sincère, un cœur tout usé, frelaté et tracassé d'amour. Mais si votre bonheur vous appelle aux chastes et virginales noces spirituelles, et qu'à jamais vous veuillez conserver votre virginité, oh! Dieu, conservez votre amour le plus délicatement que vous pourrez pour cet Époux divin, qui étant la pureté même, n'aime rien tant que la pureté, et à qui les prémices de toutes choses sont dues, mais principalement celles de l'amour. Les épîtres de saint Jérôme vous fourniront tous les avis qui vous sont nécessaires. Et puisque votre condition oblige à l'obéissance, choisissez une guide, sous la conduite de laquelle vous puissiez plus saintement dédier votre cœur et votre corps à sa divine Majesté.

QUATRIÈME PARTIE

Contenant les avis nécessaires contre les tentations plus ordinaires.

CHAPITRE I.

Qu'il ne faut point s'amuser aux paroles des enfants
du monde.

Our aussitôt que les mondains s'apercevront que vous voulez suivre la vie dévote, ils décocheront sur vous mille

traits de leur cajolerie et médisance; les plus malins calomnieront votre changement d'hypocrisie, bigoterie et artifice; ils diront que le monde vous a fait mauvais visage, et qu'à son refus vous recourez à Dieu; vos amis s'empresseront à vous faire un monde de remontrances fort prudentes et charitables à leur avis. Vous tomberez, diront-ils, en quelque humeur mélancolique; vous perdrez le crédit au monde, vous vous ren

drez insupportable, vous envieillirez devant le temps, vos affaires domestiques en pâtiront; il faut vivre au monde, comme au monde; on peut bien faire son salut sans tant de mystères, et mille telles bagatelles.

Ma Philothée, tout cela n'est qu'un sot et vain babil; ces gens-là n'ont nul soin, ni de votre santé, ni de vos affaires. « Si vous étiez du monde, dit le << Sauveur, le monde aimerait tout ce qui est sien; << mais parce que vous n'êtes pas du monde, par<< tant il vous hait. » Nous avons vu des gentilshommes et des dames passer la nuit entière, même plusieurs nuits de suite à jouer aux échecs et aux cartes; y a-t-il une attention plus chagrine, plus mélancolique et plus sombre que celle-là? les mondains néanmoins ne disaient mot; les amis ne se mettaient point en peine; et pour la méditation d'une heure, ou pour nous voir lever un peu plus matin qu'à l'ordinaire pour nous préparer à la communion, chacun court au médecin pour nous faire guérir de l'humeur hypocondriaque et de la jaunisse. On passera trente nuits à danser, nul ne s'en plaint; et pour la veille seule de la nuit de Noël, chacun tousse et crie au ventre le jour suivant. Qui ne voit que le monde est un juge inique, gracieux et favorable pour ses enfants, mais âpre et rigoureux aux enfants de Dieu ?

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