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douceurs, mais c'est la douceur des douceurs, de considérer que Dieu, de sa main amoureuse et maternelle, nous les met en la bouche, au cœur, en l'âme et en l'esprit.

IV. Les ayant reçues ainsi humblement, employons-les soigneusement, selon l'intention de celui qui nous les donne. Pourquoi pensons-nous que Dieu nous donne ces douceurs? Pour nous rendre doux envers un chacun et amoureux envers lui. La mère donne la dragée à l'enfant, afin qu'il la baise; baisons donc ce Sauveur, qui nous caresse par ces consolations; or, baiser le Sauveur, c'est lui obéir, garder ses commandements, faire ses volontés, suivre ses désirs; bref, l'embrasser tendrement avec obéissance et fidélité. Quand donc nous aurons reçu quelque consolation spirituelle, il faut ce jour-là se rendre plus diligents à bien faire et à nous humilier.

v. Il faut, outre tout cela, renoncer de temps en temps à telles douceurs, tendretés et consolations, séparant notre cœur de celles-ci, et protestant qu'encore que nous les acceptions humblement et les aimions, parce que Dieu nous les envoie et qu'elles nous provoquent à son amour, ce ne sont néanmoins pas elles que nous cherchons, mais Dieu et son saint amour; non la consolation, mais le Consolateur; non la douceur, mais le doux

Sauveur; non la tendreté, mais celui qui est la suavité du ciel et de la terre; et en cette affection nous nous devons disposer à demeurer fermes au saint amour de Dieu, quoique de notre vie nous ne dussions jamais avoir aucune consolation; et de vouloir dire également sur le mont de Calvaire, comme sur celui de Tabor: O Seigneur, il m'est bon d'être avec vous, ou que vous soyez en croix, ou que vous soyez en gloire.

vi. Finalement, je vous avertis que, s'il vous arrivait quelque notable abondance de telles consolations, tendretés, larmes et douceurs, ou quelque chose d'extraordinaire en celles-ci, vous en confériez fidèlement avec votre conducteur, afin d'apprendre comment il s'y faut modérer et comporter; car il est écrit : « As-tu trouvé le miel, << manges-en ce qui suffit. »

CHAPITRE XIV.

Des sécheresses et stérilités spirituelles.

ous ferez donc ainsi que je vous viens de dire,

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très-chère Philothée, quand vous aurez des

consolations. Mais ce beau temps si agréable ne durera pas toujours; ains il adviendra que quelquefois vous serez tellement privée et destituée du sentiment de la dévotion, qu'il vous sera avis que votre âme soit une terre déserte, infructueuse, stérile, en laquelle il n'y ait ni sentier ni chemin pour trouver Dieu, ni aucune eau de grâce qui la puisse arroser, à cause des sécheresses, qui, ce semble, la réduiront totalement en friche. Hélas! que l'âme qui est en cet état est digne de compassion, et surtout quand ce mal est véhément! car alors, à l'imitation de David, elle se repaît de larmes jour et nuit, tandis que, par mille suggestions, l'ennemi, pour la désespérer, se moque d'elle et lui dit : Ah! pauvrette, où est ton Dieu ? ton Dieu, par quel chemin le pourras-tu trouver? qui te pourra jamais rendre la joie de sa sainte grâce?

Que ferez-vous donc en ce temps-là, Philothée? Prenez garde d'où le mal vous arrive. Nous sommes souvent nous-mêmes la cause de nos stérilités et sécheresses.

I. Comme une mère refuse le sucre à son enfant qui est sujet aux vers, ainsi Dieu nous ôte les consolations, quand nous y prenons quelque vaine complaisance et que nous sommes sujets au ver de l'outrecuidance. Il m'est bon, ô mon Dieu, que

vous m'humiliiez; oui, car avant que je fusse humiliée, je vous avais offensé.

II. Quand nous négligeons de recueillir les suavités et délices de l'amour de Dieu, lorsqu'il en est temps, il les écarte de nous en punition de notre paresse. L'Israélite qui n'amassait la manne de bon matin, ne le pouvait plus faire après le soleil levé; car elle se trouvait toute fondue.

III. Nous sommes quelquefois couchés dans un lit de contentements sensuels et consolations périssables, comme était l'Épouse sacrée aux Cantiques. L'Époux de nos âmes heurte à la porte de notre cœur; il nous inspire de nous remettre à nos exercices spirituels; mais nous marchandons avec lui, d'autant qu'il nous fàche de quitter ces vains amusements et de nous séparer de ces faux contentements; c'est pourquoi il passe outre et nous laisse croupir. Puis, quand nous le voulons chercher, nous avons beaucoup de peine à le trouver. Aussi l'avons-nous bien mérité, puisque nous avons été si infidèles et déloyaux à son amour, que d'en avoir refusé l'exercice pour suivre celui des choses du monde. Ah! vous avez donc de la farine

d'Égypte, vous n'aurez donc point de la manne

du ciel. Les abeilles haïssent toutes les odeurs artificielles; et les suavités du Saint-Esprit sont incompatibles avec les délices artificieuses du monde.

IV. La duplicité et la finesse d'esprit exercée dans les confessions et communications spirituelles que l'on fait avec son conducteur attirent les sécheresses et stérilités; car, puisque vous mentez au Saint-Esprit, ce n'est par merveille s'il vous refuse sa consolation. Vous ne voulez pas être simple et naïf comme un petit enfant ; vous n'aurez donc pas la dragée des petits enfants.

V. Vous vous êtes bien soûlée des contentements mondains; ce n'est pas merveille si les délices spirituelles vous sont à dégoût; les colombes déjà soûles, dit l'ancien proverbe, trouvent amères les cerises. << Il a rempli de biens, dit Notre-Dame, les «< affamés; et les riches il les a laissés vides. >> Ceux qui sont riches des plaisirs mondains ne sont pas capables des spirituels.

VI. Avez-vous bien conservé les fruits des consolations reçues, vous en aurez donc de nouvelles; car à celui qui a, on lui en donnera davantage; et à celui qui n'a pas ce qu'on lui a donné, mais qui l'a perdu par sa faute, on lui ôtera même ce qu'il n'a pas, c'est-à-dire, on le privera des grâces qui lui étaient préparées. Il est vrai, la pluie vivifie les plantes qui ont de la verdure, mais à celles qui ne l'ont point elle leur ôte encore la vie qu'elles n'ont point : car elles en pourrissent tout-à-fait. Pour plusieurs telles causes, nous

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