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les charge, en sorte qu'ils ne sont pas habiles à courir, si, d'aventure, ils étaient attaqués. Le cœur de l'homme, se chargeant de ces a fections inutiles, superflues et dangereuses, ne peut sans doute promptement, aisément et facilement courir après son Dieu, qui est le vrai point de la dévotion. Les petits enfants s'affectionnent et s'échauffent après les papillons; nul ne le trouve mauvais, parce qu'ils sont enfants; mais n'est-ce pas une chose ridicule, et plutôt lamentable, de voir des hommes faits s'empresser et s'affectionner après des bagatelles si indignes, comme sont les choses que j'ai nommées, lesquelles, outre leur inutilité, nous mettent en péril de nous dérégler et désordonner à leur poursuite?

C'est pourquoi, ma chère Philothée, je vous dis qu'il se faut purger de ces affections; et, bien que les actes ne soient pas toujours contraires à la dé

votion, les affections, néanmoins, lui sont toujours dommageables.

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CHAPITRE XIII.

Qu'il se faut purger des mauvaises inclinations.

ous avons encore, Philothée, certaines incli

Nnations naturelles, lesquelles, pour n'avoir pris

leur origine de nos péchés particuliers, ne sont proprement pas péchés, ni mortels ni véniels, mais s'appellent imperfections, et leurs actes, défauts et manquements. Par exemple, sainte Paule, selon le récit de saint Jérôme, avait une grande inclination aux tristesses et regrets, si qu'en la mort de ses enfants et de son mari, elle courut toujours fortune de mourir de déplaisir. Cela était une imperfection et non point un péché, puisque c'était contre son gré et sa volonté. Il y en a qui, de leur naturel, sont légers, les autres rébarbatifs, les autres durs à recevoir les opinions d'autrui; les autres sont enclins à l'indignation, les autres à la colère, les autres à l'amour; et, en somme, il se trouve peu de personnes en lesquelles on ne puisse remarquer quelques sortes de telles imperfections. Or, quoiqu'elles soient comme propres et naturelles à un chacun, si est-ce que, par le soin et affection contraire, on les peut corriger et modérer, et même on peut s'en délivrer et purger; et je vous dis, Philothée, qu'il le faut faire.

On a bien trouvé le moyen de changer les amandiers amers en amandiers doux, en les perçant seulement au pied pour en faire sortir le suc; pourquoi est-ce que nous ne pourrons pas faire sortir nos inclinations perverses pour devenir meilleurs? Il n'y a point de si bon naturel qui ne

puisse être rendu mauvais par les habitudes vicieuses; il n'y a point aussi de naturel si revêche qui, par la grâce de Dieu premièrement, puis par l'industrie et diligence, ne puisse être dompté et surmonté.

Je m'en vais donc maintenant donner les avis et proposer des exercices, par le moyen desquels vous purgerez votre âme des affections dangereuses, des imperfections et de toutes affections aux péchés véniels, et, ainsi, assurerez de plus en plus votre conscience contre tout péché mortel. Dieu vous fasse la grâce de les bien pratiquer!

Contenant divers avis pour l'élévation de l'âme à D par l'Oraison et les Sacrements.

CHAPITRE I.

De la nécessité de l'Oraison.

I.

'ORAISON mettant notre entendement en la clarté et lumière divine, et exposant

notre volonté à la chaleur de l'amour céleste, il n'y a rien qui purge tant notre entendement de ses ignorances et notre volonté de ses affections dépravées. C'est l'eau de bénédiction qui, par son arrosement, fait reverdir et fleurir les plantes de nos bons désirs, lave nos âmes de nos imperfections, et désaltère nos cœurs de leurs passions.

II. Mais, surtout, je vous conseille la mentale et cordiale, et, particulièrement, celle qui se fait autour de la vie et passion de Notre-Seigneur; en le regardant souvent par la méditation, toute votre âme se remplira de lui, vous apprendrez ses con

tenances, et formerez vos actions au modèle des siennes. Il est la lumière du monde ; c'est donc en lui, par lui et pour lui, que nous devons être éclairés et illuminés. C'est l'arbre de désir, à l'ombre duquel nous nous devons rafraîchir; c'est la vive fontaine de Jacob, pour le lavement de toutes nos souillures. Enfin, les enfants, à force d'ouïr leurs mères et de bégayer avec elles, apprennent à parler leur langage. Et nous, demeurant près du Sauveur par la méditation, et observant ses paroles, ses actions et ses affections, nous apprendrons, moyennant sa grâce, à parler, faire et vouloir comme lui. Il faut s'arrêter là, Philothée ; et, croyez-moi, nous ne saurions aller à Dieu le Père que par cette porte; car, tout ainsi que la glace d'un miroir ne saurait arrêter notre vue, si elle n'est enduite d'étain ou de plomb par derrière, aussi la Divinité ne pourrait être bien contemplée par nous en ce bas monde, si elle ne se fùt jointe à la sacrée humanité du Sauveur, duquel la vie et la mort sont l'objet le plus proportionné, suave, délicieux et profitable que nous puissions choisir pour notre méditation ordinaire. Le Sauveur ne s'appelle pas pour néant le pain descendu du ciel; car, comme le pain doit être mangé avec toutes sortes de viandes, aussi le Sauveur doit être médité, considéré et recherché

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