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prit la peine de les combattre; il me parla en homme de goût qui sent la littérature, et en homme d'esprit qui connaît son public. Il me donna enfin des raisons qui me convainquirent. Ce qu'il m'offrait me parut possible, et dès lors, lui aidant et le Constitutionnel s'y prêtant en toute bonne grâce, j'entrai en matière résolûment.

Au fond, c'était mon désir. Il y avait longtemps que je demandais qu'une occasion se présentât à moi d'être critique, tout à fait critique comme je l'entends, avec ce que l'âge et l'expérience m'avaient donné de plus mûr et aussi peut-être de plus hardi. Je me mis donc à faire pour la première fois de la critique nette et franche, à la faire en plein jour, en rase campagne.

Depuis vingt-cinq ans déjà que j'ai débuté dans la carrière, c'est la troisième forme que je suis amené à donner à mes impressions et à mes jugements littéraires, selon les âges et les milieux divers où j'ai passé.

Au Globe d'abord, et ensuite à la Revue de Paris, sous la Restauration, jeune et débutant, je fis de la critique polémique, volontiers agressive, entreprenante du moins, de la critique d'invasion.

Sous le règne de Louis-Philippe, pendant les dixhuit années de ce régime d'une littérature sans initiative et plus paisible qu'animée, j'ai fait, principalement à la Revue des Deux Mondes, de la critique plus neutre, plus impartiale, mais surtout analytique, descriptive et curieuse. Cette critique pourtant

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avait, comme telle, un défaut : elle ne concluait pas.

Les temps redevenant plus rudes, l'orage et le bruit de la rue forçant chacun de grossir sa voix, et, en même temps, une expérience récente rendant plus vif à chaque esprit le sentiment du bien et du mal, du juste et de l'injuste, j'ai cru qu'il y avait moyen d'oser plus, sans manquer aux convenances, et de dire enfin nettement ce qui me semblait la vérité sur les ouvrages et sur les auteurs.

Le public a semblé agréer cette manière de faire plus dégagée et plus brève. Je donne donc ici les articles de cette année (octobre 1849 octobre 1850), sans y rien changer. Des juges ordinairement plus sévères ont bien voulu dire de ces articles du Constitutionnel, et en les approuvant : « Il n'a pas le temps de les gâter. » J'accepte le jugement, trop heureux d'y trouver à ce prix un éloge.

Décembre 1850.

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Le Constitutionnel, dans les derniers jours de septembre 1849, publia la note suivante :

« La littérature ne saurait mourir en France. Elle peut s'éclipser un moment, mais c'est pour reparaître au premier instant de calme. On y revient avec d'autant plus d'attrait, qu'on s'en était senti privé. Nous croyons. que telle est à cette heure la disposition des esprits. Il suffit que l'orage politique ait fait trêve, pour que la société revienne à ce qui l'intéressait dans ses bons moments. La presse quotidienne, qui suit et quelquefois devance les goûts du public, n'a rien de mieux à faire ici que de chercher à les satisfaire. Le Constitutionnel n'a jamais cessé de songer à l'intérêt littéraire; mais il croit que le moment est venu d'y insister plus particulièrement. C'est d'ailleurs un signe de confiance dans la situation, et il ne craint pas de le donner. M. SainteBeuve s'est chargé, à partir du 1er octobre, de faire tous les lundis un compte-rendu d'un ouvrage sérieux qui soit à la fois agréable. C'est beaucoup promettre, c'est compter sur des publications qui se prêtent à ce genre de critique; c'est aussi les provoquer. Nous croyons que, malgré la stérilité dont on se plaint, on trouvera encore de tels ouvrages en France. M. Sainte-Beuve, en se chargeant de cette part de collaboration au Constitu

tionnel, à cru lui-même qu'il y avait lieu de ne pas désespérer de la littérature, et d'y exercer, concurremment avec ses autres confrères, une action utile. La condition première d'une telle action est de revenir souvent à la charge, d'user de sa plume comme de quelque chose de vif, de fréquent, de court, de se tenir en rapport continuel avec le public, de le consulter, de l'écouter parfois, pour se faire ensuite écouter de lui. Le temps des systèmes est passé, même en littérature. Il s'agit d'avoir du bon sens, mais de l'avoir sans fadeur, sans ennui, de se mêler à toutes les idées pour les juger, ou du moins pour en causer avec liberté et décence. C'est cette causerie que nous voudrions favoriser, et que M. Sainte-Beuve essaiera d'établir entre ses lecteurs et lui. »

A partir du 1er octobre, les articles, chaque lundi, se succédèrent dans l'ordre qui suit.

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