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souverains pontifes que vous devez, non pas seulement ce que vous êtes, mais encore ce que vous avez été depuis tant de siècles !

Romains!

Si les fatales espérances des hommes qui ont osé s'attaquer au représentant de Dieu sur la terre, devaient se réaliser un jour; si demain la tiare tombait du front de la papauté; si le pape devait reprendre après demain le chemin de la terre étrangère et transporter ailleurs le siége d'une église qui ne peut périr, la ville que choisirait le Pontife pour abriter sa souveraineté suprême deviendrait la première ville du monde. Rome ne serait plus la ville éternelle, Rome, frappée de mort, irait bientôt là ou vont toutes choses.... La ronce des ruines, l'herbe des cimetières, croissant dans ses rues désertes et silencieuses, marqueraient à peine la place par où vous auriez passé.

Ainsi donc, Romains ! entre les hommes qui vous perdraient, et les papes qui seuls peuvent vous sauver, c'est-à-dire entre le germe de la mort et le principe de la vie, choisissez!

CHAPITRE PREMIER.

Avénement de Pie Ix. — Amnistie. – Réforme. - Contemporaneo.

La Marseillaise romaine. — Démonstration au Quirinal. — Journée du 14 juillet. - Complot. - Organisation de la garde civique - Fêtes et rejouissances. — Événements de Ferrare. — Fermeté de Pie IX. - Mouvements des sociétés secrètes. - Attitude du gouvernement autrichien. — Dépêches du prince de Metternich à l0rd Palmerston. - Réponse du ministre anglais. - Le prince de Canino.

L'exaltation de Pie IX au trône de saint Pierre est le plus grave événement du xIx° siècle. Son nom, proclamé s0lennellement au conclave le 16 juin 1846, fut salué o0mme l'aurore d'une ère nouvelle, non-seulement par la Ville éternelle et l'Italie entière, mais encore par les acclamations universelles du monde catholique. Dès son outrée au Quirinal, ses images, offertes à l'admiration des peuples, reçurent les hommages de la reconnais*ance; car le premier acte de sa puissance souveraine emPrunla l'une des plus nobles et des plus saintes prérogatives de la divinité dont il était le digne représentant sur la terre: le pardon.

À cette époque un grand nombre de familles des ÉtatsRomains pleuraient l'absence de leurs fils, subissant dans

l'exil ou dans les cachots la conséquence de coupables erreurs. La main de Pie IX, s'élevant pour bénir, laissa tomber l'amnistie *. Remarquable par la forme et par la pensée, cet édit fera monument dans l'histoire des papes: jamais noble concession ne fut faite d'une manière plus large, plus tendre et plus magnanime. Pie IX ne peut croire que des hommes égarés, auxquels il rend le bonheur du foyer domestique et le soleil de la patrie, lui refusent leur concours. En échange du pardon qu'il leur accorde sans condition, pour ainsi dire, il ne leur demande pour garantie contre l'avenir qu'une seule parole sanctionnant un engagement d'honneur, celui de n'abuser en aucune manière et en aucun temps de la grâce qu'ils reçoivent, et de remplir tous les devoirs de bons et de fidèles sujets. Un seul homme, le comte Mamiani, refuse d'y souscrire ; et cependant plus tard, il sera le seul qui, en apparence, lui restera fidèle. . L'effet que l'amnistie produisit en Europe fut énorme. On en trouve une preuve éclatante dans une dépêche adressée, le 5 août suivant, au comte Rossi, par un homme dont le nom seul est une autorité, dont l'opinion est une puissance. M. Guizot était alors en France le ministre des affaires étrangères. Voilà ce qu'il mandait à son ambassadeur : · « Ce que vous rapportez de ce qui se passa à la première audience que vous donna Sa Sainteté, prouve avec quelle rectitude de jugement et élévation d'esprit, le pape se rend compte de sa position et combien il connaît les temps où Dieu l'a appelé à accomplir, en sa double qualité de chef de l'Église catholique et de souverain des états de l'Église, une mission qui, si elle fut de tout temps admirable, est sublime de nos jours, après

· * Voyez les documents historiques, n. 1. .

les tempêtes dont la religion a été assaillie et lorsqu'il s'agit de rendre à cette dernière, sur la société, l'empire salutaire qu'elle doit toujours exercer, quels que soient d'ailleurs les changements qui se font dans l'esprit des hommes et dans l'ordre intérieur des États.

« L'amnistie publiée le 16 juillet a fortifié les espé

rances qu'on avait conçues de son avénement et a inau

guré glorieusement son règne. Profitez de la première 0ccasion qui s'offrira pour présenter à Sa Sainteté les félicitations les plus vives et les plus sincères du roi et de son gouvernement, non-seulement au sujet de la pensée qui a inspiré ce grand acte de clémence, mais encore pour le caractère et le style qui distinguent cet édit. 0n y sent d'un bout à l'autre une majesté pleine de douceur; on y trouve merveilleusement réunis la dignité du souverain qui pardonne à des sujets égarés et l'émotion d'un bon père qui ouvre ses bras à ses enfants. - - . - « Cet acte a produit dans tout le monde, et surtout en France, un excellent effet, non-seulement parce qu'on V admire le pontife qui sut d'un seul trait faire un si grand bien, mais parce que dans cette mesure et son mode de publication, on peut juger 06 caractère et de la marche de tout un règne. On y reconnaît le prélude d'autres actes qui satisferont l'opinion publique sans affaiblir lautorité, etc., etc. , , , | Dès les premiers jours de son pontificat, Pie IX ouvre les portes de son palais. Représentant du Dieu souverainement bon qui se communique incessamment aux hommes de paix et de bonne volonté, il désire, à l'exemple de son divin maître, se mettre en communication directe avec ses sujets, qu'il appelle ses fils bien aimés; ne voulant pas toutefois entraver le cours des affaires de l'Éo, il choisit un jour de la semaine pour le consacrer entièrement à son peuple, le jeudi sera son jour d'audience. Accessible à tous, sans distinction de rang et de position, sa voix console, son regard illumine et sa main, pleine de grâces, s'étend sur tous également avec 8 II10UlI'. 1 Il réalise ainsi les vœux que le marquis d'Azeglio formula dans une petite brochure publiée lors de l'impuissante insurrection de Rimini et dont le succès fut considérable. Après avoir déploré les fatales et improductives tentatives de révolte, l'illustre écrivain s'adressant au pape Grégoire XVI, s'exprimait ainsi: « Très-saint Père, soyez encore plus absolu s'il est possible, mais que nous sachions bien à quoi nous entenir sur la volonté de votre gouvernement, et surtout, qu'un accès facile nous soit donné auprès de votre personne. » - - Plus tard Pie IX réforme, en les fondant l'un dans l'autre, les deux tribunaux : il diminue l'impôt du sol, il supprime celui des patentes, il réduit la rente des consolidés, moyennant un remboursement effectué à l'aide d'un emprunt avantageux. Sans cesse occupé des améliorations administratives et du soin des affaires, il crée sous la présidence du cardinal secrétaire d'état, une junte nationale. Les préambules de tous ses actes sont empreints de l'esprit de justice, de charité, d'intelligence et d'amour que l'on remarque dans tous ses écrits. Sous sa plume réformatrice, le présent ne devient jamais l'accusation du passé; à chacune de ses œuvres il associe le fait à l'intention, il invoque la mémoire de son prédécesseur, et la fait communier aux actes de son cœur paternel. En s'occupant du bonheur de son peuple il réalise, dit-il, les vœux, les désirs et les espérances de Grégoire XVI; parfois même il s'efface dans l'abnégation et se regarde comme l'instrument de la pensée glacée par la

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