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qui l'ont reçu en dépôtl » Alors découvrant fièrement sa poitrine, il ajouta: « Je ferai de mon corps un rempart aux armes de la France, et c'est par mon cadavre qu'il leur faudra passer pour arriver à elles.... » - « Et par le mien aussi! s'écria à son tour le comte Rampon, car alors je serais à vos côtés pour défendre le drapeau de la patrie ou pour mourir avec vous.... » Cette scène était sublimel... Après un moment de silence, le comte Rampon reprit: « Le temps presse; en temps de révolution les heures sont des minutes; nous pouvons éviter ces deux extrémités par un moyen mixte. - « Quel est-il? - « Faites remplacer à l'instant mème le drapeau de L0uis-Philippe par celui de la République. - « Les couleurs sont les mêmes. - « Les armes et la devise sont différentes, enlevons celles de juillet, cette mesure sera suffisante. - « Impossible ! Le gouvernement romain ne consentira jamais, sans examen, à cette substitution qui, par le fait, serait une reconnaissance tacite du nouveau gouVernement français, - « Essayons; ma voiture est à votre porte; allons au Quirinal, - « Partonsl... » Un instant après, l'ambassadeur français et le comte Rampon se trouvèrent en présence du cardinal Roîandi, secrétaire d'État, qui, pour éviter les funestes conséquenCes d'une émeute, consentit non-seulement à tout, mais signa de sa main propre l'autorisation demandée, Ce jour-là, le comte Rossi et le comte Rampon furent magnifiques, Tous deux auraient fait avec joie le sacrifice de leur vie pour le drapeau de la France.... Mais Dieu conservait l'un pour le drapeau de Pie IX, qui, plus tard, devait lui servir de linceul,

Comme on le voit, la marche des événements répondait merveilleusement aux désirs et aux impatientes espérances des sociétés secrêtes. Encouragés par le succès, les révolutionnaires, emboîtant le pas de l'insurrection triomphante à Paris, poursuivaient avec ardeur leur œuvre de démolition; chaque jour, à Rome, était marqué par une nouvelle exigence; chaque exigence était sanctionnée par une nouvelle concession. Poussés par l'esprit de vertige

qui troublait toutes les têtes et bouleversait les plus sai

nes intelligences, entraînés eux-mêmes dans le milieu fatal qui conduit à l'abîme, le sénateur et les membres de la municipalité se rendirent, le 6 mars, au Quirinal, pour demander au Saint Père un gouvernement représentatif. A une adresse digne du cercle romain plutôt que du Capitole, le pape répondit par ces paroles : « Les événements qui non-seulement se succèdent, mais qui se précipitent, justifient assez la demande que vous, monsieur le sénateur, me faites au nom du conseil et de la magistrature de Rome. Tout le monde sait que je suis sans cesse occupé de donner au gouvernement la forme qui paraît plus en rapport avec les exigences actuelles. Tout le monde sait les difficultés auxquelles cst exposé celui qui réunit dans sa personne deux grandes dignités, pour tracer la ligne de démarcation entre ses deux pouvoirs. Ce qui, dans un gouvernement séculier, se peut faire dans une nuit, ne peut s'accomplir dans le gouvernement pontifical qu'après un mûr examen.Je me flatte cependant que, sous peu de jours, je pourrai (les travaux préliminaires étant terminés) vous faire part du résultat qui répondra aux désirs de toutes les personnes raisonnables. Que Dieu bénisse mes désirs et mes travaux ! Si la religion doit en retirer des avantages, je me jetterais aux pieds du crucifix, pour remercier le ciel de tous les événements qu'il a laissé s'accomplir, et je serais satisfait plus encore comme chef de l'Église universelle que comme prince, s'ils tournent à la plus grande gloire de Dieu. » Par cette réponse pleine de sagesse, le pape indiquait clairement la violence morale qu'on lui imposait sans cesse, non dans l'accomplissement des actes qu'il considérait comme un devoir, mais dans le terme exécutif de cet accomplissement dont seul, après mûr examen, il devait être le juste appréciateur. Trois jours après, les rênes du gouvernement furent confiées à un nouveau ministère composé par Son Éminence le cardinal secrétaire d'État, Antonelli: Le comte Recchi, à l'intérieur ; L'avocat Sturbinetti, au département de grâce et de justice. | Monseigneur Morichini, aux finances; Le Bolonais Minghetti, aux travaux publics; Le prince Aldobrandini Borghèse, à la guerre ; Le cardinal Mezzofanti, à l'instruction publique ; Le comte Pasolini, au commerce ; L'avocat Galetti, au département de la police. Tandis que ces nouveaux ministres prenaient possession de leurs portefeuilles, la révolution de Paris poursuivait son cours aux cris de : Respect à la religion et à ses ministres ! Et, chose digne de remarque l la révolution de Juillet, qui se trouvait supplantée par celle de Février, n'avait pas eu assez d'outrages et de haines pour cette même religion et ces mêmes ministres. La République de Ledru-Rollin et compagnie s'inclinait respectueusement devant les personnes et les choses saintes, honnies par la monarchie naissante des d'Orléans. Nous devons faire ici une réflexion qui s'applique à l'ensemble des événements que nous décrivons; c'est que, si le cataclysme social, conséquence des idées irréligieuses et des principes révolutionnaires, qui venait d'éclater en France, eût rencontré au Quirinal un pontife opposé aux sages concessions et aux utiles réformes , ce cataclysme politique eût été plus irréligieux, plus cruel, plus tyrannique que celui de 1795. L'ascendant de Pie IX, le prestige de son nom qui, un jour, avait réveillé le sultan dans les douceurs de son harem , en imposant à tous, le elergé de France leur dut en partie son salut ainsi que sa popularité,

CHAPITRE CINQUIÈME.

Guerre contre les ordres religieux. — Courageuse protestation de l'abbé de Mérode. — Les Transteverins et le général des jésuites. — Les jésuites quittent Rome. — Statut fondamental d'un gouvernement représentatif.— Les armes d'Autriche. — Autodafé. — Présence d'esprit d'un paysan. — Révolution de Parme. — Projet d'un gouvernement unilaire en Italie. — Scènes du Colysée. — Le peuple au Quirinal. - Fermeté de Pie IX. — Ruse des révolutionnaires. — Le sergent Sopranzi. - La bénédiction des drapeaux est mal interprétée. — Enrôlement des volontaires. —Leur départ. — Proclamation de Pie IX aux peuples de l'Italie,

L'allocution du 10 février, la grande voix du pape jetant sous les roues du char révolutionnaire le frein de sa puissante autorité, avaient imprimé un temps d'arrêt à la marche progressive de la démagogie. Les conjurés . s'en émurent; sachant par expérience que tout mouVement de halte en politique était un pas de recul, ils tinrent conseil et décidèrent que, pour arriver au but de leurs fatales espérances, il leur importait de passer par la brêche des ordres religieux qui servaient d'avant-poste à la papauté. C'est ainsi qu'en temps de guerre les hommes de l'art démantèlent d'abord les bastions avancés p0ur arriver ensuite au cœur de la place. Les jésuites,

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