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pale avait décidé que la remise de ces actes serait faite au général d'une manière solennelle par le Sénateur. En conséquence, le 25 août elle invita le duc de Reggi0, les généraux qui se trouvaient à Rome, l'état-major et tous les officiers supérieurs à assister, dans la soirée, à l'illumination du Musée Capitolin. Elle convia également à cette solennité les principaux corps littéraires, scientifiques et artistiques de la ville. Après avoir parcouru les vastes salles du Capitole, le duc de Reggio entouré de ces personnages d'élite entra dans celle où se trouvait exposé le modèle de la pierre qui lui était consacrée, elle portait une inscription latine" dont voici la traduction littérale :

« LE XII DES CALENDES DE SEPTEMBRE
L"AN DE NOTRE SEIGNEUR 1849 ET DU PONTIFICAT
DE PIE IX LE 4o.

« Au palais du Capitole les vingt administrateurs de la ville étant réunis, il a été parlé de Victor Oudinot, duo de Reggio, lequel en sa qualité de général en chef de l'armée française en Italie, étant venu pour rétablir lo pouvoir pontifical et rétablir la liberté publique, a ao compli son œuvre, vaillamment, prudemment, heureuso ment par sa valeur et celle de ses soldats, et a su conquérir l'affection des citoyens. En mémoire de quoi il a étéro , solu qu'une médaille serait frappée à l'effigie de ce go néral pour attester les sentiments du peuple romain oo vers l'auteur de la paix, envers celui qui a conservé so monuments antiques. »

Le prince Pierre Odescalchi, sénateur et président ! la commission provisoire municipale, montrant au géné ral ce monument, lui présenta écrits sur parchemio

* Voyez les documents historiques, n. 10.

les actes décrétés à son sujet et lui adressa le discours suivant : -

« Illustre général,

« La commission provisoire municipale en vous déclarant citoyen romain, vous offre le parchemin où est écrit le décret original par lequel elle ordonne de frapper une · médaille en votre honneur. Le décret sera placé au palais des conservateurs dans la salle des grands capitaines, parmi lesquels il me suffira de rappeler le célèbre Marc Antoine Colonna, l'honneur de Rome êt de toute l'Italie. Certes la municipalité de Rome ne pouvait pas vous rendre ce public hommage de reconnaissance ailleurs que dans cette enceinte ornée des grandes images des Scipion, des Marc-Aurèle, des Alexandre-le-Grand, des Alcibiade, des Corbulon et des Pompée, dont les hauts faits sont l'objet de notre admiration et dont vous suivez les traces. . - « Rome vous doit ainsi qu'aux vaillantes armes françaises de grands et signalés bienfaits. Vous l'avez dégagée du poids si pesant des maux sous lesquels elle était accablée. Vous l'avez replacée sous le gouvernement doux et pacifique de l'immortel Pie IX, notre adoré souverain, et vous avez pu vous servir de vos armes avec tant de prudence, qu'en vous rendant maître de cette cité vous avez épargné ses monuments éternels, et fait admirer l'attitude et la sévère discipline de vos soldats.

« Mais les vicissitudes des choses humaines amènent toujours l'amertume au sein des plus grandes joies. La municipalité de Rome se réjouit de pouvoir vous décerner, dans cette soirée, sur la colline glorieuse du Capitole, un honneur que sous tous les rapports vous doit la gratitude des Romains, et voilà que sa joie est attristée par la pensée que vous allez quitter Rome. Nos re

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grets égalent la grandeur des bienfaits dont vous est rodevable la ville éternelle. Une espérance cependant nous console; nous avons la ferme confiance que pour être loin de Rome. vous ne lui serez pas moins utile, et que dans la grande eapitale de la France vous saurez agir de manière à rendre stables les fruits que la France ellemême attend de vos glorieuses victoires. »

A ce discours le général répondit d'une voix ferme quoique émue :

« Messieurs,

« En plaçant mon nom au Capitole, à côté de nomsim mortalisés par les siècles, vous m'accordez une rét0mpense tellement disproportionnée à mes faibles mériles, que je serais écrasé par elle si cet insigne honneur s'adressait à ma seule individualité. « Mais vous avez voulu glorifier sous ces voûtes antiques, l'armée et la France elle-même dans la personne du général en chef. « J'accepte donc ce témoignage de votre bienveillanle estime; je l'accepte pour mes compagnons d'armes, qui doivent entrer ici en partage avec moi. | . « Pendant la campagne, dont la délivrance de Rome était le noble but, nous avons constamment mis en com mun tous nos efforts, toute notre énergie. Aujourd'hui encore, soldats dévoués à la même cause, nous sommes réunis dans un profond sentiment de dévouement et de sympathie pour la population de ces belles contrées Ro me, ce grand foyer de la civilisation, ne saurait être m0o mentanément opprimée sans perturbation pour l'ordres0cial tout entier. Son indépendance est à la fois la premièro condition et la plus grande garantie de la paix du monde -« La ville éternelle est libre aujourd'hui, elle a repris

tout son empire, l'autorité temporelle du souverain P0o

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tife est incontestée. Ce sont de graves événements, mais les secousses politiques entraînent toujours après elles des calamités qui ne peuvent entièrement disparaître, qu'avec l'aide du temps et le concours persévérant des hommes de cœur. Il reste donc à consolider ici une œuvre de rénovation qu'il serait dangereux de laisser incomplète. La discipline et l'attachement de l'armée française ne vous feront jamais défaut. « Pour moi, Messieurs, de loin comme de près, à Paris comme à Rome, je vous appartiens sans réserve. « Vous m'avez donné aujourd'hui des lettres de naturalisation qui m'imposent de grands devoirs, je m'efforcerai de les remplir. * Dès ce moment, je me considère comme Franco-romain. En présence des grands hommes qui du haut du ciel président à cette imposante solennité, j'aime à déclarer que je mettrai éternellement mon bonheur et ma gloire à consacrer toutes mes facultés au service de Rolne, ma seconde et immortelle patrie. » | Un souper splendide avait été servi dans le grand salon; au milieu d'autres tables, il y en avait une de quatre-vingts couverts disposée avec art; au centre figuraient, comme ornements, l'Hercule de Busalte, les deux Centaures del Furietti, le Jupiter et l'Esculape. Au dessert, le général Oudinot porta ce toste: A Sa Sainteté et à la ville de Rome, le prince Pierre Odescalchi répondit : Au général en chef et à la victorieuse armée française. Lorsque le duc de Reggio se retira, un magnifique spectacle s'offrit tout à coup à ses regards; des feux de Bengale de diverses couleurs illuminèrent subitement la façade du palais sénatorial et la haute tour du Capitole. De son côté le peuple romain, et surtout les habitants du Transtévère avaient pris l'initiative d'un témoignage non moins sympathique; ils avaient ouvert une souscription pour offrir au général, une épée d'honneur.Ce précieux gage de reconnaissance, chef-d'œuvre d'art, p0rte cette inscription :

AL GENERALE OUDIN0T DUCA DI REGGI0, GLI AMICI
DELL'ORDINE IN ROMA, ANNO MDCCCXLIX.

Dans le même temps, les Lyonnais prenaient l'iniliative d'une souscription pour offrir au duc de Reggio,unt épée dont le général peut se glorifier à juste titre.Cetle arme d'honneur est à la fois un chef-d'œuvre artistique et un monument de la foi catholique de la seconde ville de France.

Dans l'état des choses, le rappel du général en chd fut une faute et un malheur; les Romains aussi bien que l'armée française le déplorèrent amèrement larmée perdait un chef aimé, les Romains perdaient un protecteur dévoué. Dans le but de consolider les rapporls entre les habitants et les soldats, le duc de Reggio avail pris les mesures nécessaires pour faire exécuter, dansde larges proportions, des carrousels et des fêtes militaires d'un autre côté, dans un intérêt général, il avait faitd'auo tres dispositions pour effacer à Rome toutes les trato de la guerre; la partie des remparts renversée par lecanon, devait être réparée sous la direction du géniefrançais. Cette opération aurait eu le double avantage d'oo cuper un grand nombre de bras désœuvrés, et de rendro inexpugnable la ville occupée par nos troupes.

En quittant Rome, le général se rendit, le 25 août, à Gaëte, pour prendre congé du Saint Père, lui exprimer son opinion sur la situation générale, et réitérer ses io stances sur l'opportunité du retour du souverain Pontilo L'entrevue dura plus d'une heure, l'accueil du pape fo affectueux et empressé. Déjà on avait vaguement appro à Gaëte que le lieutenant-colonel Edgar Ney avait ap"

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