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porté à Rome des instructions sur la politique à suivre. · La cour pontificale, celle de Naples et les diplomates étrangers, en étaient profondément inquiets. Le général Oudinot n'avait plus à intervenir, cependant il ne négligea rien, dans l'intérêt de la France, pour atténuer autant que possible des appréhensions dont les conséquences pouvaient être si funestes. « Votre nom, général, lui dit · le Saint Père, votre nom est désormais intimement lié au mien. L'histoire n'aura pas assez d'éloges pour glorifier le grand événement que vous avez accompli avec au

tant de sagesse que d'énergie, Vous acheverez votre œu

vre à Paris et ma paternelle bénédiction s'étendra toujours sur vous ainsi que sur tous les vôtres. » Le Saint Père, qui avait créé spécialement pour le général en chef, une classe à part de l'ordre de Pie IX , lui en avait remis les insignes à son premier voyage. Les diamants précieux dont se composait la plaque lui avaient été envoyés en présent et sous une autre forme, par le Grand Seigneur de la Porte-Ottomane. En outre, il avait autorisé le général à lui proposer pour les décorations des ordres de Pie IX et de saint Grégoire-le-Grand, les officiers, sous-officiers et soldats des armées de terre et de mer, qui s'étaient le plus distingués; de plus, il promit de faire frapper, pour l'offrir à chaque soldat, une médaille commémorative en bronze. Le duc de Reggio se rendit ensuite chez le roi des Deux-Siciles; l'accueil de Ferdinand II ne fut pas moins affectueux que celui du souverain Pontife ; il lui remit le grand cordon de l'ordre de Saint-Janvier. Le duc de Reggio quitta Naples le 1" septembre et se rendit à Marseille sur la frégate le Labrador, qui avait hissé son pavillon en des circonstances si diverses.Ainsi se termina une mission dont le résultat fut si glorieux, malgré d'innombrables difficultés. Presque tous les souverains et les hommes les plus considérables de l'Europe adressèrent au général Oudinot les plus honorables féli. citations. Nous nous bornerons à reproduire deux lettres parmi les plus significatives , l'une de l'empereur de Russie, l'autre du maréchal Dode de la Brunerie.Voici la première :

« Général,

« J'ai suivi avec plaisir vos opérations contre le parli anarchique, qui avait couvert de ruines et de confusion la ville de Rome.

« La tâche que vous aviez à remplir était délicale, el, en tant que son accomplissement pouvait dépendre de votre conduite personnelle, je me plais à reconnaitrequt vous y avez fait constamment présider un louable esprit de modération et de conciliation.

« Le rôle qu'a joué l'armée française a été aussi brillant qu'honorable, et elle a fait preuve, sous vos Ordrei, d'une discipline égale au courage qu'elle avait mOntré dans les combats.

« Si mon suffrage peut ajouter pour vous quelque # tisfaction à celui de votre conscience, il m'est agréable de vous le témoigner ici en vous réitérant l'assuranto de mon affectueuse estime.

« NICOLAS.

« Château de Gatchina, le 10 octobre 1849 »

Par la seconde lettre, le maréchal Dode de la Brunerit, s'exprime ainsi :

« Mon cher général,

« . . .. : . . . .. J'ai souvent eu l'occasio de répéter , pendant le cours de vos opérations devalll Rome, que je n'avais jamais vu dans ma longue carrito

militaire un général en chef aux prises avec une situation si compliquée et si difficile sous tous les points de vue qui s'y rattachaient : c'est vous dire combien j'apprécie les hautes qualités que vous avez eu à déployer pour en sortir aussi glorieusement et j'ajoute si promptement. L'insuffisance des moyens dont vous disposiez, eu égard à la nature des obstacles à vaincre, les ménagements impérieusement commandés en face de la capi· tale du monde chrétien et d'une immense population subissant le terrorisme le plus humiliant, les complications de la diplomatie s'ingérant dans la direction des opérations militaires les plus délicates à poursuivre, tout cela formait un faisceau de difficultés que votre sagacité, votre prudence et votre énergie vous ont permis de surmonter. « J'aime à croire que les divers généraux sous vos ordres, animés du même esprit que celui de leur général en chef, vous ont efficacement secondé; et j'ai vu avec une bien vive satisfaction que le corps du génie, auquel je tiens toujours par le cœur et par la reconnaissance,avait eu sa bonne part dans les glorieux épisodes qui ont signalé le siége de Rome. « Ces pensées et ces sentiments, ce n'est pas seulement à vous que je les confie, mon cher général, j'ai eu l'occasion de les exprimer au président de la République. . .. . . .. . . . .. Au temps où nous vivons et plus que jamais, l'esprit de parti dénature tout et pervertit tout, et ce n'est pas à mes yeux une des moindres gloires des notre jeune armée, d'avoir marché comme toujours sous le drapeau du devoir et de l'honneur sans se laisser troubler par ces clameurs révolutionnaires qui ont tenté de l'ébranler et ont produit de si funestes résultats chez d'autres nations. Je veux dire que, fort de votre conscience et heureux d'avoir accompli la mission qui vous fut confiée, vous ne devez point tenir compte des appréciations erronées ou injustes dont l'expédilion de Rome a pu être l'objet dans certaines publications ou de la part d'une certaine catégorie de personnes. À m6sure qu'on s'éléve, mon cher général, il faut s'attendre aux rivalités et aux jalousies; on n'a du mérite qu'à cette condition. C'est ce sentiment de noble indignation qu'exprimait si bien le général Bonaparte lorsqu'enn0us quittant en Égypte, il écrivait dans ses instructions à son successeur, le général Kléber, cette phrase que jai eu occasion quelquefois de rappeler : « Accoutumé à ne voir que dans l'opinion de la postérité la récompenst des peines et des travaux de la vie, je quitte l'Égyple à regret, etc., etc. » . . . . . Nous n'ajouterons rien à des documents historiques qui feront l'éternel honneur de celui qui les a reçus

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CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME.

Le général Rostolan prend le commandement de l'armée. - Le gouvernement français le prie de retirer sa démission. — Le pape à Portici. — Belle conduite des troupes françaises. — Faits divers. — Motu proprio du 19 septembre. — Question romaine. — Orages par- - #! lementaires. — Triomphe de l'éloquence. — Effet produit à Portici par le vote du 15 octobre. — Le général Baraguay-d'Hilliers commandant en chef de l'armée expéditionnaire. — Départ du général Rostolan. — Premiers actes du nouveau général en chef. — Exécutions militaires. — La vérité sur les dégâts du siége. — Récompenses.

Immédiatement après le départ du duc de Reggio, le général Rostolan prit le commandement en chef de l'armée française. Il lui revenait par son ancienneté et par ses éminents services. Son premier acte fut d'adresser aux Romains la proclamation suivante :

« Habitants de Rome,

« Il y a deux mois, votre cité languissait sous la dou- . ble oppression de la terreur et de l'anarchie. « Les troupes françaises sont entrées dans Rome ; elles , n'ont vu en vous que des amis; l'ordre et la tranquillité ont été rétablis et bientôt le drapeau du souverain Pontife a flotté sur les murs de la capitale, salué par vos cris d'enthousiasme, gages d'un meilleur avenir.

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