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quoique la malade en ait déjà ri, s'est présenté à son esprit avec quelque vapeur noire, de sorte qu'elle la improuvé ; et en même tems son mari a pris la lettre , et l'a chiffonnée comme un petit enfant, et l'a jetée dans le feu. Nous sommes demeurés tous étonnés, et il en a fait une autre dans son chagrin, qui, en vérité, est plus plate que la feuille de papier sur quoi elle est écrite. La vôtre étoit admirable : nous la consi dérâmes comme une pièce digne d'être gardée, pour s'en parer dans de pareilles occasions.

M. de la Vallière est mort : on lui a fait plusieurs opérations; et enfin il s'en est allé. Soeur Louise de la Miséricorde (1) fit supplier le Roi de conserver le Gouvernement pour acquitter les dettes, sans faire mention de ses neveux. Le Roi lui a donc donné če Gouvernement , et lui a mandé que s'il étoit assez homme de bien pour voir une Carmélite aussi sainte qu'elle , il iroit lui de Coulanges , qu'on croyoit pouvoir hasarder cette plaisanterie.

(1) Françoise-Louise de la Baume-le-Blanc, Duehesse de la Vallière, alors Religieuse aux Carmélites de la rue Saint-Jacques à Paris, étoit seur de JeanFrançois de la Baume-le-Blanc, Gouverneur et GrandSénéchal de la Province de Bourbonnois, mort le 13 Octobre 1676.

dire lui-même la part qu'il prend à la perle qu'elle a faite. Madame de Soubise est revenue de Flandres ; je l'ai vue, et lui ai rendu une visite, qu'elle me fit à mon retour de Bretagne. Je l'ai trouvée fort belle , à une dent près qui lui fait un étrange effet audevant de la bouche; son mari est en parfaite santé, et fort gai.

La grande femme s'est fort éclaircie avec Quanto , et a fait voir au doigt et à l'oeil qu'elle étoit incapable d'approuver de nouveaux feux. On ne peut pas être mieux qu'elle est présentement; peut-être que demain ce ne sera plus la même chose : mais enfin, elle est au comble ; on lui a donné quatre cents louis pour les habits de VillersCoterets, où l'on doit faire la Saint-Hubert; on croit cette partie rompue, et il n'y a de sûr que la dépense des Dames, qui est excessive. Elle a été si sotte que de donner scrupuleusement dans l'étoffe ; il me semble qu'elle eût mieux fait d'en mettre au moins une partie en pain de Gonesse , d'autant plus que quand on n'achete point un visage neuf, les atours ne font pas un bon effet. On assure que Mademoiselle d'Elbeuf a dit à MONSIEUR, que Madame de Richelieu a fait un compliment à M. le Duc , sur ce que MADAME n'est accouchée que d'une fille;

cela fait une fourmilière de dits , de redits, d'allées, de venues, justifications, et tout cela ne pèse pas un grain.

Je vous ai envoyé un grand discours du Père le Bossu sur la lune; je crois qu'il pourroit bien être dans ce paquet perdu du 25 , dont je suis encore très-affligée. Je meurs d'envie

que vous me parliez de votre départ; je crois que vous feriez mieux d'aller jusqu'à Orléans, ce n'est qu'un jour de plus; vous y trouverez Beaulieu , qui vous tiendra une voiture prête, et le lendemain assurément j'irai vous recevoir et prendre dans mon carrosse : celui d'Orléans amenera vos gens et toutes vos hardes. Adied, ma très-chère, songez à

à ce mauvais chemin de Grignan à Montélimart. Je suis très-fâchée que vous ayez été importunée de votre M. de C... noir comme une taupe, et tout le reste: il me semble que je vois votre désespoir; dès qu'on a un pouce de terre, on connoit ces sortes de visites,

LETTRE 467.

A la même.

à Paris , mercredi 21 Octobre 1676. Hé, mon Dieu, ma fille ! est-il possible que vous puissiez croire que le monde désapprouve que vous veniez me voir, et qu'on puisse trouver étrange que vous quittiež M. de Grignan pour un peu de tems,

afin de me donner cette marque de votre amitié? On auroit sans doute plus de peine à jastifier le contraire, et vos amis y seroient plas embarrassés, qu'à défendre le voyage que vous allez faire. Soyez donc en repos làdessus, et croyez qu'il n'y a rien que de fort sage et de fort raisonnable à témoigner, dans cette occasion, l'amitié que vous avez pour moi. D'Hacqueville vous en dira son avis; et comme M. de Grignan dost être parti pour l'assemblée , nous conimencerons à voir le jour de votre départ.

Madame de Verneuil passera le jour de la Toussaint à Lyon : elle me demanda si elle ne vous rencontreroit point; je lui dis que cela n'étoit pas impossible. Amonio s'en va aussi ; si vous le trouvez, vous lui ferez une fort bonne mine : j'en suis assurée. J'écris à M. de Grignan et à M. l'Archevêque, pour

les prier d'entrer dans mes intérêts contre vous. Je suis fort embarrassée : j'ai demandé le congé de mon fils, parce qu'il est malade de son rhumatisme à Charleville ; M. de Louvois répondit fort honnêtement, que si je voulois, il le demanderoit au Roi : mais que mon

mon fils feroit fort mal sa cour, et qu'il seroit refusé ; que le petit Villars et tous les autres l'avoient été, et qu'il lui conseilloit de se guérir tout doucement à Charleville; que s'il avoit pris, dès l'armée, une attestation de M. de Schomberg, il seroit revenu; mais que sa lettre toute seule ne produiroit aucun effet. J'ai mandé tout cela, et en même tems je reçois une lettre, où, sans avoir reçu la mienne, il me mande qu'il part avec un de ses amis qui revient, et qu'il será demain ici. Je crains que cela ne lui fasse une affaire : je vous manderai la suite. Le Père le Bossu sera fort aise de voir ce que vous dites de lui. Son Art poétique (1) est fort admiré; vous en sentiez la beauté , sans savoir à qui vous en aviez l'obligation. Vous trouvereziciunetraduction de Saint Augustin , sur la prédestination et la persévérance des bons : nos amis onttriomphé dans cet ouvrage; vraiment c'est la plus belle et la plus hardie pièce

(1) C'est-d-dire , son Traité du Poëme épique.

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