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voie et par chemin. Ah, vraiment, voilà une mère bien gardée?Croyez, une fois pour toutes, ma fille, que ma santé dépend de la vôtre : plût à Dieu que vous fussiez comme moi !

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CETTE lettre vous trouvera donc à Grignan ; hé, mon Dieu ! comment vous portez-vous ? M. de Grignan et Montgobert ont-ils tout l'honneur qu'ils espéroient de cette conduite ? Je vous ai suivie partout, ma chère enfant : votre coeur n'a-t-il point vu le mien pendant toute la route ?J'attends encore de vos nouvelles de Châlons et de Lyon.Je viens de recevoir un petit billet de M. des Issards (1) : il vous a vue et regardée ; vous lui avez parlé, l'avez assuré que vous étiez mieux ; je voudrois que vous sussiez comme il me paroît heureux , et ce que je ne donnerois point déjà pour avoir cette joie. Il faut penser, ma fille, à vous guérir l'esprit et le corps, et si vous ne voulez point mourir dans votre pays, et

(1) Homme de qualité d'Avignon.

au milieu de nous, il faut ne plus voir les choses que comme elles sont, ne point les . grossir dans votre imagination , ne point trouver que je suis malade, quand je me porte bien : si vous ne prenez cette résolution , on vous fera un régime et une nécessité de ne jamais me vcir : je ne sais si ce remède seroit bon pour vous; quant à moi, je vous assure qu'il seroit indubitable pour finir ma vie. Faites sur cela vos réflexions ; quand j'ai été en peine de vous, je n'en avois que trop de sujet ; plût à Dieu que ce n'eût été qu'une vision ! le trouble de tous vos amis, et le changement de votre visage, ne confirmoient que trop mes craintes et mes frayeurs. Travaillez donc, ma chère enfant, à tout ce qui peut rendre votre retour aussi agréable, que votre départ a été triste et douloureux. Pour moi, que faut-il que je fasse ? dois-je me bien porter ? je me porte très-bien ? dois-je songer à ma santé ? j'y pense pour l'amour de vous; dois-je enfin ne me point inquiéter sur votre sujet ? c'est de quoi je ne vous réponds pas, quand vous serez dans l'état où je vous ai vue. Je vous parle sincèrement : travaillez là-dessus : et quand on vient me dire présentement, vous voyez comme elle se porte; et vous-même, vous êtes en repos : vous voilà fort bien toutes deux. Oui, fort bien, voilà un régime admirable ; tellement que pour nous bien porter , il faut que nous soyons à deux cents mille lieues l'une de l'autre ; et l'on me dit cela avec un air tranquille; voilà justement ce qui m'échauffe le sang , et me fait sauter aux nues. Au nom de Dieu, ma fille, rétablissons notre réputation par un autre voyage, où nous soyons plus raisonnables, c'est-à-dire vous, et où l'on ne nous dise plus : vous vous tuez l'une l'autre. Je suis si rebattue de ces discours, que je n'en puis plus; il y a d'autres manières de me tuer qui seroient bien plus sûres. Je vous envoie ce que m'écrit Corbinelli de la vie de notre Cardinal et de ses dignes occupations. M. de Grignan sera bien aise de voir cette conduite. Vous aurez trouvé de mes lettres à Lyon.J'ai vu le Coadjuteur, je ne le trouve changé en rien du tout; nous parlâmes fort de vous : il me conta la folie de vos bains, et comme vous craigniez d'engraisser; la punition de Dieu est visible sur vous ; après six emfans, que pouviez-vous craindre?Il ne faut plus rire de Madame de Bagnols après une telle vision. J'ai été à Saint-Maur avec Madame de Saint-Géran et d'Hacqueville; vous fûtes célébrée : Madame de la Fayette vous fait mille amitiés.

MoNsIEUR et MADAME sont à une de leurs terres , et iront encore à une autre; tout leur train est avec eux. Le Roi ira les voir; mais je crois qu'il aura son train aussi. La dureté * ne s'est point démentie : trouverat-on encore des dupes sur la surface de la, terre ? On attend des nouvelles d'une bataille à sept lieues de Commercy : M. de Lorraine voudroit bien la gagner au milieu de son pays, à la vue de ses villes ; M. de Créqui voudroit bien ne pas la perdre, par la raison qu'une et une seroient deux. Les armées sont à deux lieues l'une de l'autre, non pas la rivière entre deux, car M. de Lorraine l'a passée; je me hais pas l'attente de cette nouvelle ; le plus proche parent que j'aie dans l'armée du Maréchal de Créqui, c'est Boufflers. Adieu, ma très-chère ; profitez de vos réflexions et des miennes , aimez-moi, et me me cachez point un si précieux trésor. Ne craignez point que la tendresse que j'ai pour vous me fasse du mal, c'est ma vie.

* Envers Madame de Ludre. Son règne n'avoit duré que deux ans. Madame de Montespan avoit persuadé au Roi , qu'elle étoit pleine de dartres. « Ce sont (dit » MADAME) les plus beaux traits qu'on puisse voir ». Son portrait se trouve au Muséum , dans la collection de Petitot. #

LETTRE 488.
A la méme.
à Paris, vendredi 18 Juin 1677.

JE pense aujourd'hui à vous, comme étant arrivée d'hier au soir à Lyon, assez fatiguée, ayant peut-être besoin d'une saignée pour vous rafraîchir. Vous avez dû être incommodée par les chemins ; j'espère que vous m'aurez mandé de vos nouvelles de Châlons, et que vous m'écrirez aussi de Lyon. Je m'en vais chercher des Grignans ;je ne puis vivre sans en avoir pied ou aîle. Je passerai chez Mademoiselle de Méry : enfin, il me faut de vos nouvelles. Vous avez reçu des miennes à Châlons et à Lyon. Voici la seconde à Montelimart, et le plaisir de l'éloignement, c'est que vous rirez de me voir encore parler de Lyon et du voyage : cependant j'en suis encore là aujourd'hui ; mais pour me transporter tout à coup au tems présent, comment vous portez-vous dans votre château ? avez-vous trouvé vos jolis enfans dignes de vous amuser ? votre santé est-elle comme je la désire ? Ma fille, les jours passent, comme vous dites ; et au lieu d'en être aussi fâchée que je le suis quand vous êtes ici , je leur prête 1a main pour aller plus vite, et je

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