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Mon fils s'en va à la fin du mois; il n'y a pas moyen de s'en dispenser. Le Roi a parlé encore, comme étant persuadé que Sévigné a pris le mauvais air des Officiers subalternes de cette Compagnie (1). De l'autre côté, M. de la Trousse (2)mande, venez, venez boiter avec nous : il faut partir : ainsi il n'y a plus d'eaux.Je ne laisserai pas d'aller à Vichi, nous en parlerons : ce voyage sera de pure précaution : car je me porte fort bien, et je ne fais nulle attention sur mes mains. Madame de Marbeuf les a eues deux ans comme je les ai ; et puis, elles se sont guéries. Ah ! c'est un homme bien amoureux que M. votre frère; j'admire la peine qu'il se donne pour rien, pour rien du tout. Il a été surpris dans une conversation fort secrète, par un mari ; ce mari fit une mine très-chagrine, parla très-rudement à sa femme ; l'alarme étoit au camp, quand je partis hier. Je vous en manderai la suite à Paris, Vous voyez bien que la longueur de cette lettre vient proprement de ce que j'abuse de la permission de causer à Livry, où je suis seule , et sans aucune affaire. Je devrois bien faire un compliment sur la mort de ce petit ; mais quand on songe que (1) La Compagnie des Gendarmes-Dauphins. (2) Il étoit Capitaine-Lieutenant de cette compagnie, c'est un ange devant Dieu, le mot de douleur et d'affliction ne peut se prononcer : il faut que des chrétiens se réjouissent , s'ils ont le moindre principe de la religion qu'ils professent. A Paris , mercredi 7 Juillet.

Remarquez au moins , ma très-chère , · que cette lettre est commencée depuis trois jours, et que si elle paroît infinie, c'est qu'elle est reprise à loisir ; le papier et mon écriture la font paroître aussi d'une taille excessive ; il y a plus dans une feuille des vôtres, que dans six des miennes : ne prenez donc point ceci pour un exemple, et ne vous vengez point sur vous, c'est-à-dire, · sur moi. J'ai fort causé avec Corbinelli : il est charmé du Cardinal ; il n'a jamais vu une âme de cette couleur : celles des anciens Romains en avoient quelque chose. Vous êtes tendrement aimée de cette âme-là, et je suis assurée, plus que jamais, qu'il n'a jamais manqué à cette amitié : on voit quelquefois trouble, et cela vient du péché originel. Il faudroit des volumes pour vous rendre le détail de toutes les merveilles qu'il me cOnte.

Le Baron a tout raccommodé par son adresse ; il en sait autant que les maîtres,

et plus : car pour imiter l'indifférence, personne, dans le monde, ne peut le surpasser ; elle est jouée si fort au maturel, et le vrai imite si bien le vraisemblable, qu'il n'y a point de jalousie, ni de soupçon, qui puisse tenir contre une si bonne conduite. Vous auriez bien ri, si vous aviez su le détail de cette aventure. Il me semble que vous devinez le nom du mari ; à tout hasard, la femme s'en va quasi dans votre voisinage. La pauvre Isis n'a point été à Versailles ; j'étois mal instruite : elle a toujours été dans sa solitude , et y sera pendant le voyage de Villers-Coterets, où MoNsIEUR et MADAME s'en vont aujourd'hui. Vous ne pouvez assez plaindre, ni assez admirer la triste aventure de cette Nymphe : quand une certaine personne (Madame de Montespan ) en parle, elle dit ce haillon. L'événement rend tout permis. J'ai vu l'Abbé de la Vergne ; nous avons encore parlé de mon âme : il dit, qu'à moins de me mettre en chambre, et de ne pas me quitter d'un pas, en me conduisant dans des exercices de piété, sans me laisser lire, dire, ni entendre la moindre chose, il ne voudrait pas se charger de moi. Il est trèsaimable et de bonne compagnie ; vous pouvez penser si vous fûtes oubliée dans la conversation. J'ai dîné avec M. de la Garde ; c'est un homme qu'on aime bien véritablement, quand on le connoît. Il s'en va vous voir, il vous ramène, il vous loge : enfin, que ne fera-t-il point ? Je ne songe qu'à fixer notre grande maison ; jusque- là nous serons en l'air, et vous comprenez bien ce que ce sera pour moi, de n'ètre pas logée avec vous : mais il faudra prendre le tems comme la Providence l'ordonne. Occupezvous , dans votre loisir , de votre santé ; détournez-vous de la triste pensée de la mort de cet enfant; c'est un dragon, quand on y pense trop : vous dites si bien qu'il faut faire l'honneur au Christianisme, de ne pas pleurer le bonheur de ces petits anges. La santé du Cardinal n'est pas mauvaise présentement ; quelquefois sa goutte fait peur ; il semble qu'elle veuille remonter. J'ai une si grande amitié pour cette bonne Éminence, que je serois inconsolable que vous voulussiez lui refuser la vôtre ; ne croyez pas que ce soit pour lui une chose indifféTente.

LETTRE

LETTRE 494.
A la méme.
à Paris , vendredi 9 juillet 1677.

VoUs ne direz pas aujourd'hui que je vous donne un mauvais exemple, et que vous voulez vous tuer de la même épée. Je vous ai écrit de grandes chiennes de lettres, qui sont pourtant petites ; j'espère que celle-ci sera une petite qui sera grande. Je sens mon caractère qui se dispose à ne point vous effrayer ; de plus , ma chère enfant, je n'ai pas encore reçu vos lettres ; je les attends ce soir ou demain, à quoi il faut ajouter la disette de nouvelles. M. de la Garde vous dira ce qu'il sait. Je parle souvent d'un précepteur pour le petit Marquis : on me répond que c'est la chose impossible de trouver un sujet qui ait toutes les perfections nécessaires.Je suis plus que jamais épouvantée de ce qui s'appelle desséchement : la pauvre Madame de la Fayette en est tellement menacée, qu'elle tourne ses pensées à finir comme ma pauvre tante : elle est considérablement diminuée depuis que vous êtes partie ; elle ne s'est point remise de cette colique , elle en est encore aux bouillons ; et après ces grands repas, elle est émue, et sa ToME V. - S

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