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un moment à Livry; Madame de la Fayette est si malade , que je suis honteuse de la quitter pour mon plaisir; je m'en vais pourtant ; mais j'irai et viendrai jusqu'à mon voyage de Vichi. | Voici une reprise : ainsi la longueur de ma lettre ne doit pas vous faire peur. J'attends les vôtres avec impatience; mes amis de la poste ne font rien qui vaiIle. Je suis très-contente de la Garde ; il est aisé de l'aimer ; il est estimable par mille raisons, ses soins me persuadent qu'il croit que vous m'aimez, et je suis flattée de l'approbation qu'il donne à votre goût. Il ne songe qu'à s'en aller ; je serai ravie que vous l'ayez, et le bel Abbé; vous tiendrez avec eux votre conseil de famille : pour moi, je crois que j'irai demain à Livry. Notre petite affaire est à demi-finie ; au lieu que ce devoit être de l'argent pour vivre, c'est de l'argent pour avoir vécu. La Garde vous mandera l'agrément de la fète de Sceaux. Il y a deux -petites de Lislebonne qui sont jolies : leur mère dit hier à Mme. de Coulanges qu'elle les lui ameneroit, pour avoir son approbation, avant que d'aller à Versailles. Oh, que je fais de poudre ! Une mère encore assezjeune pour être aimée, qui auroit après elle unefille bien plus aimable, et qui croiroit

que c'est toujours elle qu'on suit : ne trouveriez-vous point qu'on pourroit dire : Oh , que je fais de poudre ! Il me semble que si j'avois été un peu plus sotte, j'aurois pu représenter cette mère : on est riche , en vérité, quand on sait cette fable. Nous avons bien envie que vous ayez parlé à l'Intendant. Je disois, l'autre jour, à M. de Pompone : Si j'avois donné mon fils à exagérer à M. de M.... on le trouveroit un fort bon parti ; il est vrai que mon style ne vaut rien pour tromper les gens. Je suis fort appliquée à fixer notre grande maison ; Madame de Guénégaud le souhaite encore plus : mais quand on songe que c'est une affaire qui dépend de M. de Colbert , on tremble, ensorte que si je trouvois un autre hasard qui nous fût propre, je le prendrois. S'il faut que nous soyons éloignées l'une de l'autre, je vous avoue que je serai très-af_fligée ; car enfin , ce n'est plus se voir, mi se connoître : c'est voyager et se fatiguer; je supplie la Providence d'avoir pitié de nous.Je suis consolée des trois pavillons ; et le moyen , sans cela , de loger Mesdemoiselles de Grignan (1) ? et puisque vous

(1) Louise- Catherine et Françoise - Julie d'Adhémar de Monteil, filles de M. de Grignan et d'An

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êtes en l'air, je suis fort aise d'y être aussi. Je laisse encore cette lettre jusqu'à ce que j'aie les vôtres. J'ai fait depuis peu une rêverie sur un certain sujet ; mais je hais de la dire ; caril semble qu'on veuille con- . trefaire Brancas : à propos, il est enfermé avec sa fille , qui a la petite-vérole. La Princesse est à Versailles. Je reçois, enfin, ma très-belle , votre lettre du sept : vous êtes d'un commerce qui me paroît divin ; mais vous écrivez trop assurément. Je comprends bien qu'étant seule, vous devez écrire en bien des lieux ; mais, mon enfant, prenez sur nous tous ; ne vous abandonnez point à suivre la vivacité de votre esprit et de votre imagination. Vous êtes intarissable , et vos lettres viennent de source ; on le voit, et le plaisir de les lire est inconcevable. Les Espagnols appellent cela, desembueltado " ; ce mot me plaît : mortifions-nous donc , vous de

gélique - Claire d'Angennes sa première femme. Louise-Catherine a vécu dans le célibat et en trèsgrande réputation de piété. Françoise-Julie ( Mademoiselle d'Alerac ) épousa en 1689 M. de Vibraye, Lieutenant-Général des armées du Roi. * En italien disinvolto; ce que le mot dégagé ne rend qu'imparfaitement. ToME V. T

causer, et nous de vous entendre. Corbimelli est content de ce que vous dites de sa métaphysique ; il est revenu encore plus philosophe de Commercy.Il me semble qu'il a bien diverti le Cardiual : nous en parlons sans cesse, et tout ce qu'il en dit augmente l'admiration et l'amitié qu'on a pour cette Eminence. Mon fils ne peut se dispenser d'aller à l'armée : il remettra ses eaux à un autre tems. J'irai, avec l'Abbé, à Bourbilly; Guitaut me reconduira, en cousinant, jusqu'à une journée de Nevers. Tous les chemins seront beaux en ce tems-là. J'aurai donc le bien bon et mon médecin : ainsi ne soyez point en peine de moi. Je vous remercie d'ètre frappée, comme je le suis, du beau compliment que l'on nous fait : changeons de manière, j'y consens ; mais ne prenons point l'abominable remède d'une trop longue absence ; ce seroit à la fin celui qui feroit qu'on n'auroit plus de besoin des autreS. Il est vrai que je suis en peine d'une maison : ce qui me console, c'est que la Bagnols et M. de la Trousse sont aussi embarrassés que moi.Je n'aime point que vous donniez Pauline à Madame votre belle-soeur(1):

(1) Marie Adhémar de Monteil, Religieuse à Aubemas, sœur de M. de Grignan.

ces sortes de couvens m'ont toujours déplu : vous êtes bonne et sage. Si votre fils est bien fort, l'éducation rustaude est bonne ; mais s'il est délicat, j'ai ouï dire à Brayer et à Bourdelot, qu'en voulant les faire robustes, on les fait morts. N'oubliez point ce que je vous ai dit sur sa timidité. Il fait ici le plus beau tems du monde : la Provence est en France , sans bise et sans excès de chaleur. Adieu, ma fille, jusqu'à vendredi. Je vous embrasse de tout mon cœur ; il me semble que cela est bien commun pour ce que je sens, mais que faire ?

LETTRE 496.
A la méme. .
à Livry, vendredi 16 Juillet 1677.

J'ARRIvA1 hier au soir ici, ma très-chère : il y fait parfaitement beau ; j'y suis seule, et dans une paix, un silence, un loisir dont je suis ravie. Ne voulez-vous pas bien que je me divertisse à causer un peu avec vous ? Songez que je n'ai nul commerce qu'avec vous; quand j'ai écrit en Provence, j'ai tout écrit.Je ne crois pas en effet que vous eussiez , la cruauté de nommer un commerce une lettre en huit jours à Madame de Lavardin

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