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grosse , mais elle craint d'être trop grasse : soyez le contraire, ayez peur d'ètre grosse, et souhaitez d'ètre grasse. Je suis mal content de vous, je ne vous trouve point juste : je suis honteux d'être votre maître. Si notre Père Descartes le savoit , il empêcheroit votre ame d'être verte, et vous seriez bien honteuse qu'elle fût noire , ou de quelqu'autre couleur. J'ai vu à Commercy un prodige de mérite et de vertu : cela seul mériteroit que vous prissiez autant de soin de votre conservation, que vous en preniez peu, lorsque vous me donnâtes le titre fabuleux de Plénipotentiaire. Adieu , Madame. Je suis, etc.

Madame de SÉVIGNÉ.

Voilà ce qu'il vous mande ; vous voyez bien que je n'y prends ni n'y mets. J'ai fort parlé d'un Précepteur à cet habitant de · Port-Royal ; il n'en connoît point : s'il s'en trouve quelqu'un dans sa cellule, il m'en avertira.Je voudrois bien voir ce petit Marquis ; mais j'aimerois bien à patronner les grosses joues de Pauline ; ah, que je la crois jolie ; je vous assure qu'elle vous ressemblera ;une tête blonde, frisée maturellement, c'est une agréable chose : aimez, aimez-la, ma fille, vous avez assez aimé votre mère ;

ce qui reste à faire ne vous donnera que l'ennui ; que craignez-vous ? Ne vous comtraignez point , laissez un peu aller votre cœur de ce côté - là : je suis persuadée que cela vous divertira extrêmement. La Bagnols (1) est partie aujourd'hui.Je mande à mon fils que, s'il n'est point mort de douleur, il vienne demain dîner avec tous les Pompones. Il sera plus heureux que M. de Grignan, qui se trouve abandonné, parce qu'il n'avoit à Aix que trois maîtresses, qui toutes lui ont manqué : on m'en peut avoir une trop grande provision ; qui n'en a que trois m'en a point : j'entends tout ce qu'il dit làdessus. Mon fils est bien persuadé de cette vérité; je suis assurée qu'il lui en reste plus de six, et je parierois bien qu'il n'en perdra jamais aucune par la fièvre maligne, tant il les choisit bien depuis quelque tems. Oh ! vous voyez que ma plume veut dire des sottises aussi bien que la vôtre. Je suis fort aise que le Parlement (d'Aix) n'ait point été ingrat envers M. de Grignan ; je me souviens fort bien comme il fut reçu l'année que j'y étois. Pour le Premier-Président, quand on en est content en fermant sa lettre, on change d'avis, avant que la poste soit arrivée à Lyon. Ce qu'il y a de (1)Sœur de Madame de Coulanges.

vrai, c'est l'amour et le respect de toute la Province pour M. de Grignan. Ma chère enfant, au moins d'ici, vous voulez bien que je vous embrasse tendrement.Je n'acheverai cette lettre que mercredi.

Mercredi 21 Juillet. |
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Toute la maison de Pompone vint hier dîner avec nous : mon fils s'y rendit de

t ? Paris : tout alla très-bien. Madame de Vins . et d'Hacqueville sont demeurés ; ils ne s'en * iront que ce soir. Nous avons parlé d'Isis ; #i l'imagination ne se fixe point à se représenter #: comme elle finira sa désastreuse aventure. Terminez mes tourmens, puissant Maître du monde (1). $sso

Si elle pouvoit faire cette prière à Dieu, # ! et qu'il voulût l'exaucer , ce seroit l'apo- s , théose.Vous avez très-bien deviné; la Mou- . che (Madame de Coulanges) ne peut pas # quitter la Cour présentement 3 quand on y a el de certains engagemens, on n'est point libre. , La Bagnols est partie ; la Mousse est allée # avec elle : si vous pouviez l'attirer à Grignan t

pour donner quelques bonnes teintures à ce s petit Marquis, vous seriez trop heureuse ; ;V et qu'il seroit heureux de vous voir ! 'y (1) Voyez la Scène première de l'Acte cinquième de # l'Opéra d'Isis. #l LETTRE "

LETTRE 498. A la méme. à Livry, mercredi au soir 21 Juillet 1677.

Armr ez, aimez Pauline ; donnez - vous cet amusement : ne vous martyrisez point à vous ôter cette petite personne ; que craignez - vous ? Vous ne laisserez pas de la mettre en couvent pour quelques années, quand vous le jugerez nécessaire. Tâtez, tâtez un peu de l'amour maternel : on doit le trouver assez salé, quand c'est un choix du coeur, et que ce choix regarde une créature aimable. Je vois d'ici cette petite; elle vous ressemblera, malgré la marque de l'ouvrier. Il est vrai que ce mez est une étrange affaire; maisil serajustera, etjevous réponds que Pauline sera belle. Madame de Vins est encore ici; elle cause dans ce cabinet avec d'Hacqueville et mon fils. Ce dernier a encore si mal au talon , qu'il prendra peutêtre le parti d'aller à Bourbon, quand j'irai à Vichi. Ne soyez point en peine de ce voyage ; et puisque Dieu ne veut pas que je ressente les douceurs infinies de votre amitié, nous devons nous soumettre à sa volonté; cela est amer; mais nous ne sommes ToME V. V

pas les plus forts. Je serois trop heureuse · si votre amitié ressembloit à ce qu'elle est ; elle m'est encore assez chère, toute dénuée qu'elle est des charmes et des plaisirs de votre présence et de votre société. Mon fi vous répondra, et moi aussi, sur tout ce que vous nous dites du Poëme épique. Je crains qu'il ne soit de votre avis, par le mépris que je lui ai vu pour Enée ; cependant tous les grands esprits sont dans le goût de ces anciennetés. Vous aurez bientôt la Garde et le bel Abbé. Nous avons fort causé ici de nos desseins pour la petite Intendante : Madame de Vins m'assure que tout dépend du père, et que, quand la balle leur viendra , ils feront des merveilles. Nous avons trouvé à propos , pour ne point languir si long-tems, de vous envoyer un mémoire du bien de mon fils, et de ce qu'il peut espérer, afin qu'en confidence, vous le montriez à l'Intendant, et que nous puissions savoir son sentiment, sans attendre tous les retardemens et toutes les instructions qu'il faudroit essuyer, si vous ne lui faisiez voir la vérité ; mais une telle vérité que, si vous souffrez qu'il en rabatte, comme on fait toujours, et qu'il croie que votre mémoire est exagéré, il n'y a plus rien à faire. Notre style est si

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