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Vous êtes assurée d'avoir ces jeunes Demoiselles (1). Vous êtes une si grande quantité de bonnes têtes, qu'il ne faut pas douter que vous ne preniez le meilleur parti et le plus conforme à vos intérêts ; peut-être que les miens s'y rencontreront; j'en profiterai avec bien du plaisir. Je sens la joie du bel Abbé de se voir dans le château de ses pères, qui ne fait que devenir tous les jours plus beau et plus ajusté. M. de la Garde, dont je parle volontiers, parce que je l'aime, est cause encore de ces copies, dont je suis vraiment au désespoir. Je vous assure que sans lui j'eusse continué ma brutalité ; j'avois résisté à la faveur ", j'ai succombé à l'amitié : si je n'avois que vingt ans, je ne lui découvrirois pas ces foiblesses. Je me suis donc trouvée en presse, tout le monde criant contre moi. « Elle est » folle, disoit - on, elle est jalouse. M. de » Saint-Géran n'aime-t-il point sa femme ? » Il a permis qu'on prît des copies de son » portrait. Hé bien, on en aura un original ; » il ne me sera pas refusé. Cela est plaisant » qu'elle croie qu'il n'y a qu'elle qui doive » avoir le portrait de sa fille.Je l'aurai plus - (1 ) Mesdemoiselles de Grignan étoient nièces de Madame la Duchesse de Montausier.

* Madame de Thianges. ToME V. - Z

» beau que le sien ». Je ne me serois guère souciée de toute cette clameur, si M. de la Garde ne s'en étoit point mêlé : mais voilà la première pinte ; il n'y a que celle-là de chère.... c'est donc de l'aversion 'qu'on a pour les autres, Oh, bien ! faites donc , que le diantre vous emporte ; le voilà , faites-en tout ce que vous voudrez. Vous ririez bien, si vous saviez tout le chagrin que cela me donne, et combien j'en ai sué. Vous qui n'aimez pas les portraits, j'ai compris que vous seriez la première à me ridiculiser. Ce qu'il y a de plaisant, c'est que cet original ne me paroît plus entier ni précieux : cela me blesse le coeur : allons , allons, il faut être mortifiée sur toutes choses, voilà qui est fait, n'en parlons plus, cet article est long et assez inutile : mais je m'en ai pas été la maîtresse, non plus que · de mon pauvre portrait. J'attends mon fils, il s'en va à l'armée : il n'étoit pas possible qu'il fît autrement; je voudrois même qu'il ne traînât point, et qu'il eût tout le mérite d'une sihonnête résolution. Tout ce que vous dites de lui est admirable ; il est vrai que rien n'est si occupé qu'un homme qui n'est point amoureux : avant qu'il ait vaqué à Madame de....... Madame de.... Madame de...... Madame de...... le

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jour et la nuit sont passés. J'ai vu répondre mon fils, à quelqu'un qui vouloit attaquer la persévérance de la belle Sablière : « Non, » non , elle aime toujours son cher Phila» delphe , il est vrai qu'afin de faire vie » qui dure, ils ne se voient pas du tout si » souvent, et qu'au lieu de douze heures, » par exemple, il n'en passe plus chez elle » que sept ou huit : mais la tendresse, la » passion, la distinction et la parfaite fidé» lité sont toujours dans le coeur de la belle ; » et quiconque dira le contraire , aura » menti ».

Mais parlons un peu de ce coeur, déserteur que vous ne comptez plus sur vos doigts.Je me doute que c'est celui de Roquesante, et que le Père Brocar aura mis son nez mal à propos dans cette bonne amitié. Je vous prie de me mander si je pense droit. Il y en a un autre dans le monde , dont la tendresse voudroit assurément se mêler d'aller, comme vous dites, côte à côte de la mienne ; en vérité, je n'y vois point de différence : et ce qui vous surprendra, c'est que je ne suis point jalouse ; au contraire, j'en ai une joie sensible , et j'en ai mille fois plus d'amitié et d'attachement pour lui.

Je suis persuadée du plaisir que vous auriez à marier votre frère : je connois parfaitementvotre cœur; et combienil seroit touché d'une chose si extraordinaire : cellede n'avoir trouvé du repos et de la santé que dès que vous m'avez quittée, ne l'est. pas mal aussi ; mais la sincérité de l'avouer est digne de vous, et je suis si aise de vous savoir autrement que vous n'étiez ici, que je ne pense pas à vous faire un méchant procès là-dessus. Il me semble que M. de Grignan pourroit vous en faire un sur la liberté que vous prenez de blâmer sa musique, vous qui êtes une ignorante auprès de lui ! Mon Dieu, que vous allez passer un joli automne ! que vous êtes une bonne compagnie ! je suis persuadée, pour mon malheur , que je n'y gâterois rien ; jugez de l'effet de cette pensée, quand je serai à vingtdeux lieues de Lyon.Adieu, ma chère enfant ; faites bien des amitiés pour moi au Comte, au bel Abbé , et à la Garde , qui sait si bien me séduire,

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LETTRE 5o5.
A la méme.
à Livry, vendredi 6 Août 1677.

JE crois , pour cette fois , que ma lettre sera fort courte : celle de mercredi me l'étoit pas ; Madame de Marbeuf fit place ce jour-là à Madame de Coulanges, à Brancas et au fidèle Achate, qui, dès le soir , se mit à aboyer contre Brancas, sur le jansénisme : car Brancas n'est moliniste que quand j'ai été saignée du pied, et qu'il m'abandonne · lâchement à soutenir moi seule notre Père Saint Augustin. On aboyoit donc à merveille : et comme on lui disoit qu'il y avoit peu de charité dans le style des petites Lettres, il tira promptement le livre de sa poche, et fit voir que c'est ainsi que, dans tous les siècles, on avoit combattu les hérésies et les égaremens. On lui dit que les choses saintes y étoient tournées en raillerie : il lut en même tems la onzième de ces divines Lettres, où il est démontré que ce sont eux précisément qui se moquent des choses saintes. Enfin , cette lecture nous fit un extrême plaisir. Ce fut une chose rare de voir les convulsions de la prévention expirante sous la force de la vérité et de la

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