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» faut que je crève ces deux yeux-là qui » font tant de mal ». — « Crevez-les, Ma» dame, puisqu'ils n'ont pas fait tout celui » que je voulois ». Cela seroit plaisant si c'étoit moi qui vous fisse savoir tous les bons mots de cette belle. Comment vous portezvous, ma très-chère ? Ce mal de jambe , qu'est-il devenu ? Est-il possible que cela soit bon ? C'étoit donc une humeur qui vous tomboit sur la poitrine; ce n'étoit pas seulement du sang échauffé. Et la pauvre petite est-elle mieux ? Si vous m'aimez, ma trèschère , si vous m'aimez , tâchez de vous rengraisser. Ah , que vous êtes maigre , puisque M. de Grignan en est inquiété !

Mardi au soir.

J'ai reçu votre lettre du premier Septembre. Que souhaitez - vous, ma fille ? Quel échange, quel trafic voulez-vous faire ? Ah ! gardez tout ce que vous avez ; souvenezvous de ce que vous êtes, quand vous n'êtes point dévorée de tous les dragons du monde : vous en aviez de bien noirs et de bien cruels à Paris; mais quand vous voulez, quel charme et quel agrément ne trouve-t-on point dans votre humeur ? Je soupire souvent en parlant de vous et en pensant à vous. Je ne ré

ponds point à votre lettre, de peur unique

ment de vous fâcher; car vous m'ôtez ma joie en m'ôtant le plaisir de vous entretenir ; mais il ne faut point vous contredire : vous passez légèrement sur tous les chapitres ; je ne fais aussi réponse à rien.Je vous conjure seulement de mander à d'Hacqueville ce que vous avez résolu pour cet hiver, afin que mous prenions l'hôtel de Carnavalet, ou non. Je vous demande encore d'avoir soin de votre santé; la mienne est admirable , les eaux me font très-bien. Vincent me gouverne comme M. de Champlâtreux; tout est réglé, tout dîne à midi, tout soupe à sept, tout dort à dix, tout boit à six.

Je voudrois que vous vissiez jusqu'à quel excès la présence de Termes et de Flamarens fait monter lacoiffure et l'ajustement de deux ou trois belles de ce pays. Enfin, dès six heures du matin, tout est en l'air, coiffure hurlupée, poudrée, frisée , bonnet à la bascule, rouge, mouches, petite coiffe qui pend, éventail, corps de jupe long et serré ; c'est pour pâmer de rire; cependant il faut boire, et les eaux leur resortent par la bouche et par le dos.

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QUoI, ma très-chère et très-aimable! vous avez été malade! vous avez été saignée deux fois ! vous avez eu raison de craindre votre esquinancie, vous avez craché du sang; on dit que ce n'étoit que de la gorge; mais estce là ce sang si bien rafraîchi ? cette sérosité qui est tombée sur vos jambes?Où en étionsmous, si elle fût tombée sur votre poitrine ? Et je ne sais rien de tout cela; je vis en pleine confiance sur votre parole ; vos lettres ne sont ni moins longues, ni moins naturelles ; je ne me doute de rien, et vous étiez dans cet état , lorsque j'arrivois à Epoisses. Si l'on avoit le scrupule de ne point vouloir rire quand on ne le doit pas, le plus sûr seroit d'être toujoursen inquiétude : mais on ouvre aisément son cœur à la joie et à la confiance d'espérer que ceux que l'on aime se portent bien quand ils le disent; et l'on ne joint pas à l'absence toutes sortes de chagrins. Ce n'est point Vardes qui m'a dit votre mal, c'est un Gentilhomme qui venoit de Provence, qui le dit à une soeur de Mademoiselle de Lestranges, en ajoutant que vous étiez toute guérie. Vardes arriva le même jour, et m'assura que vous étiez entièrement hors d'affaire , à la maigreur près qu'il a trouvée très-grande. Si vous ne suivez les avis de Guisoni sur le rafraîchissement, vous tomberez dans une maigreur et ume délicatesse qui ne sera plus une vie.Vardes m'a ôté toute mon inquiétude, en me disant , avec tous les bons tons du monde, que le fond de votre teint est tranquille et blanc , et sans nulle apparence d'altération. Il croit être assez joliment bien avec vous ; il en est ravi, et je vous exhorte à respecter son malheur. Il a été reçu ici divinement ; il étoit bien tenté d'y demeurer, persuadé que les eaux et la compagnie y sont plus propres pour lui que celles de Bourbon; mais M. de Champlâtreux, par une ridicule politique, lui a fait, comme par force, continuer son chemin. Nous croyons que c'est par jalou: sie, car jamais il n'y eut un si véritable chierz du jardinier : sa cour est épineuse ; nous en rions fort; le pauvre Chésières me l'avoit dit cent fois; comme je n'ai point encore com· pris qu'il soit mort, j'ai toujours envie de lui dire que je trouve qu'il a raison. . Vardes a extrêmement plû à Termes, et

Termes à Vardes : leurs esprits se sont frappés d'un agrément égal ; ç'a été un coup double : cette connoissance qu'ils avoient de se plaire les rendoit plus aimables. J'eusse été fort aise que Vardes fût demeuré ici ; Corbinelli y seroit venu. Vous comprenez bien quelle extrème consolation je trouverois à vous y voir : je vois vos sentimens là-dessus ; mais cette Providence n'a pas voulu : cela n'est-il pas visible par tout ce qu'elle a dérangé ? Elle veut donc que vous veniez cet hiver : je n'ai nul dessein d'en sonner la trompette ; mais il a fallu le mander à d'Hacqueville pour nous arrêter le Carnavalet. Il me semble que c'est une grande commodité à toutes deux, et bien de la peine épargnée, de ne pas avoir à nous chercher. Il y a des heures du soir et du matin pour ceux qui logent ensemble, qu'on ne remplace point, quand on est pèle-mêle avec les visites. Enfin, je crois que vous avez sur cela les mêmes sentimens que moi, et que cette maison se rencontrant,il ne se peut rien de mieux pour cet hiver. Adieu, ma chère fille : nous sommes ici dans une jolie société : le tems est admirable, le pays délicieux , on y fait la meilleure et la plus grande chère du monde : il y a deux ou trois Jésuites qui font les entendus ; que j'aurois de plaisir à les voir

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