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veut vous écrire combien il vous honore, et à quel point M. de Vendôme est bien disposé pour vous aimer et estimer, et pour croire M. de Grignan en tout ce qu'il lui dira, à moins que M. de Vendôme n'ait changé ; ce qu'il ne croit pas. Le Marseille est à Paris; nous avons fort parlé de toutes les affaires passées; il me semble que je les ai peintes au naturel. Je souhaite, ma très-chère, que vous me disiez vrai sur votre santé ; vous me dites tout de votre mieux pour me rassurer ; mais quand je songe comme vous me trompez bien quand vous voulez, je prends ma confiance d'ailleurs que de vos paroles. Je crois qu'après avoir été malade, on se porte bien ; et j'espère que vous accorderez à notre amitié quelques-uns des régimes que vous a ordonnés Guisoni. D'Hacqueville lanterme tant pour la Carnavalette, que je meurs de peur qu'il ne la laisse aller : eh, bon Dieu ! faut-il tant de façons pour six mois? Avons-nous mieux ? Ecrivez - lui, comme moi, qu'il ne se serve point en cette occasion de son profond jugement. Nous parlons souvent de vous, le Chevalier et moi ; nous craignons plus que vous la vivacité de votre esprit qui vous consume et vous épuise comme Pascal. Ma fille, si vous saviez comme cette pensée serre le cœur à ceux qui vous aiment, vous nous plaindriez. Le bien bon prend les eaux pour

vider son sac qui est plein ; cela s'appelle

pour le remplir, et toujours ainsi : nous avons beaucoup de soin l'un de l'autre. Ces eaux-ci sont salutaires ; M. de Grignan en seroit lavé, et lessivé, et guéri de tous ses maux ; il n'auroit pas mal besoin aussi de vider son sac. Tous les buveurs sont contens de leur santé , et encore plus de la beauté du tems et du pays. Adieu, ma très

chère et très-aimable, vous ne voulez pas

que j'écrive davantage. Ne trouvez-vous pas que c'est une jolie petite chose que de voir le Marquis profiter des leçons que lui donne M. de la Garde ? Cela me fait sou

venir de mon petit garçon de la Palice (1).

Le Chevalier vous dira que nous sommes

quelquefois en si bonne compagnie, que,

n'ayant pas assez de tems, nous remettons à Paris à faire nos affaires. - *

(1) Voyez la Lettre du 4 Septembre,

LETTRE 52 1 .

A la méme. à Vichi, mardi 21 Septembre 1677.

Je suis fâchée de n'avoir point reçu aujourd'hui de vos nouvelles ; mon cœur est triste, et je me représente toujours que vous êtes malade : on ne peut prendre aucune confiance dans le sang que vous avez , et le mien en est troublé ; j'espère que demain je serai hors de cette peine. Corbinelli est demeuré à Paris avec une fièvre tierce et une rêverie qui fait peur.Je crois que d'Hacqueville nous louera l'hôtel de Carnavalet, à moins que Madame de Lislebonne ne se ravise et n'en veuille point sortir à cette Saint-Remi : je reconnoîtrois bien notre guignon à cela. Je me porte à merveilles, hors que je n'ai pu souffrir la douche ; c'est que je n'en avois nul besoin cette année, et qu'elle prenoit trop sur moi. Je finis demain mes eaux ; je me purge jeudi, ven· dredi à Langlar. Je laisse le Chevalier en bon train ; il se trouvera très-bien de ses eaux ; je crois qu'il aura tout achevé dans huit ou dix jours. Adieu, ma très-chère enfant ; j'embrasse les Grignans, grands et petits. Il faut que le mousquet et la pique du petit Marquissoient proportionnés à sa taille.

LE T T R E 622. A la méme. à Vichi, mercredi au soir 22 Septembre 1677.

Il me revient une lettre du 15. Je crois qu'elle est allée faire un tour à Paris. Le Chevalier en a reçu une du bel Abbé de cette même date, qui me fait voir au moins que vous vous portiez bien ce jour-là. Il est vrai que si Vardes m'eût parlé de votre maladie un peu plus au tems présent, nulle - considération n'auroit pu me retenir ; mais il fit si bien que je ne pus tourner mon inquiétude que sur le passé. Ma très-chère, · au nom de Dieu, rapportez - moi votre bonne santé et votre joli visage ; il est certain que je ne puis m'en passer, ni vous permettre d'être changée à l'âge où vous êtes. N'espérez donc point que je sois traitable sur cette maigreur qui marque visiblement votre mauvaise santé; lamienne est admirable.Je finis demain jeudi toutes mes affaires, je prends ma dernière médecine : je n'ai bu que seize jours : je n'ai pris que deux douches et deux bains chauds : je n'ai pu soutenir la douche; j'en suis fâchée, car j'aime 3,

à suer ; mais j'en étois trop étouffée et trop étourdie : en un mot, c'est que je n'en ai plus de besoin, et que la boisson m'a suffi. Je m'en vais vendredi à Langlar; mes commensaux , Termes , Flamarens, Jussac , m'y suivront; le Chevalier viendra m'y voir samedi, et reviendra lundi commencer sa douche. Il ne sera plus que huit jours sans moi ; je le laisse en bon train , les eaux lui font beaucoup de bien : il recevra en mon absence mille présens de mes amis : il est fort content de moi. Pour mes mains, elles sont mieux ; et cette incommodité est si petite, que le tems est le seul remède que je veuille souffrir. Je suis au désespoir, ma fille, de la tristesse de vos songes : eh , mon Dieu ! faut-il que, dans l'état où je suis, je vous fasse du mal ? C'est bien contre mon intention. Je ne sais si vous avez celle de m'écrire des endroits admirables, vous y réussiriez ; mais aussi ils ne tombent pas à terre : vous ne sentez pas l'agrément de ce que vous dites, et c'est tant mieux. Vous avez un peu d'envie de vous moquer de votre petite servante, et du corps de jupe, et du toupet : mais vous m'aimeriez si vous saviez le bon air que j'avois à la fontaine. Je crois que la Carnavalette nous sera meil

leure que l'autre maison qu'on nous avoit ToME V. E e

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