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ment sont poussés à un certain point de scandale, je suis persuadée que cet excès fait plus de tort aux hommes qu'aux femmes : il est sûr du moins que leur fortune en souffre considérablement. Mais laissonsTermes sous la férule : il y auroit encore bien des choses à dire d'une autre vieille férule, qui ne fait que trop paroître sa furie ". Pour vous, ma fille , vous êtes dans de véritables vacances ; vous faites un usage admirable du beau tems ; dîner dans votre château, est une chose extraordinaire : vous m'écrivez de Rochecourbière, la jolie date ! la jolie grotte ! que vous êtes aimable de vous y souvenir de moi et de m'y regretter ! Laissons faire à la Providence ; nous nous y reverrons, ma belle ; mais auparavant , je vais vous attendre en Carnavalet, où il me semble que je m'en vais vous rendre miIle petits services, pas plus gros que rien : me voilà trop heureuse, puisque vous me mandiez l'autre jour que c'étoit dans les petites choses que l'on témoignoit son amitié ; il est vrai qu'on ne sauroit trop les estimer : l'amour-propre a trop de part à ce qu'on fait dans les grandes occasions : l'intérét de la tendresse est noyé dans celui de l'orgueil : voilà une pensée que je ne veux pas vous ôter présentement ; j'y trouve mon compte. Je suis pour la perte de Bayard , tout comme vous l'avez pensé. Madame de la Fayette me s'en console point : je lui ai fait vos complimens ; elle étoit au lait, il s'est aigri, elle l'a quitté : de sorte que cette unique espérance, pour le rétablissement de sa misérable santé, nous est ôtée. Celle de M. du Maine apparemment n'est pas bonne 3 il est à Versailles, où personne du monde ne l'a vu : on dit qu'il est plus boiteux qu'il n'étoit ; enfin , il y a quelque chose. Madame de Montespan alla l'autre jour coucher à Maintenon, croyant d'abord m'aller qu'à la moitié du chemin au-devant de Madame de Maintenon. Le Roi monta en carrosse à minuit, pour aller au-devant de Madame de Montespan; il reçut un courrier, qui lui apprit qu'elle étoit à Maintenon :

* Cette vieille férule est apparemment la Marquise de Castelnau, maîtresse long-tems et trop affichée de M. de Termes. Les Amours des Gaules , où se trouve cette indication, ont fort diffamé ce Marquis. Si cette partie est de Bussy comme les autres, il falloit qu'il fût bien méchant ; car ses lettres montrent que Termes resta son ami. Celui-ci avoit d'ailleurs tout ce qu'il falloit pour irriter sa jalousie. C'étoit un des hommes de son tems en qui Boileau reconnoissoit un esprit supérieur. M. de Termes, disoit-il, est toujours à la pensée d'autrui ; et c'est le savoir vivre. ( V. le Bolœana).

elle revint le lendemain ; on a pris tout cela pour une bouderie, comme il en arrive souvent. On nomme la Comtesse de Grammont pour une des mouches qui passent devant les yeux. Mademoiselle de Thianges (1) sera épousée par M. de Lavardin pour le Duc de Sforce, dans un mois ou six semaines. C'est une étrange chose de sortir du lieu où elle est, pour aller dans une des petites Cours d'Italie. Vous me dites, et pourquoi M. de Lavardin l'épouse-t-il? C'est qu'il est parent de ce Duc, et qu'il a été choisi pour le représenter. La Bagnols me mande qu'elle n'ira point à Grignan, que vous serez contrainte de vous passer de Madame de Rochebonne et du Chevalier. Vous allez donc au clair de la lune ? tant mieux, ma fille, c'est signe que vous vous portez bien, puisqu'on vous le permet : peut-onjuger plus avantageusement de ceux qui vous aiment, et qui prennent soin de votre santé ? La mienne est parfaite : si elle m'étoit comme elle est, elle ne seroit pas bien. J'espère que nous ferons encore quelque séjour à Livry; mais il faut que le bien bon soit guéri. J'embrasse M. de Grignan et

(1) Louise-Adélaïde Damas, fille de Claude-Léonor , Marquis de Thianges, et de Gabrielle de RochechouartMortemar.

M. de la Garde : je les conjure, si vous votrlez venir, de me point attendre les horribles chemins. Il me paroît que le vent devient automnal, comme dit l'almanach.Où laissezvous votre fils ? Je n'ai pas bien compris ce que vous faites de ce Vicaire du Saint-Esprit : vient-il à Grignan ? Vous savez les rigueurs qu'on a pour le Curé. Et Pauline ? je voudrois bien la patroner. Je suis en peine , comme vous, de son parrain (le Cardinal de Retz ) : cette pensée me tient au coeur et à l'esprit. Vous ignorez la grandeur de cette perte : il faut espérer que Dieu nous le conservera ; il se tue ; il s'épuise ; il se casse la tête; il a toujours une petite fièvre. Je ne trouve pas que les autres en soient aussi en peine que moi : enfin, hormis le quart - d'heure qu'il donne du pain à ses truites, il passe le reste avec Dom Robert, dans les distillations et les distinctions de métaphysique, qui le font mourir. On dira : pourquoi se tue-t-il ? Et que diantre veuton qu'il fasse ? Il a beau donner un tems considérable à l'Eglise, il lui en reste encore trop. Adieu, ma chère enfant, adieu tous mes chers Grignans. On m'ôte mon écritoire, mon papier, ma table, mon siége. Oh, déménage donc tant que tu voudras, me voilà debout.

La jeune MADEMoIsELLE (1) a la fièvre quarte, elle en est très-fâchée : cela trouble les plaisirs de cet hiver. Elle fut l'autre jour aux Carmelites de la rue du Bouloi : elle leur demande un remède pour la fièvre quarte; elle n'avoit ni Gouvernante, ni sousGouvernante, on lui donna un breuvage qui la fit beaucoup vomir : cela fit grand bruit. La Princesse me voulut point dire qui lui avoit donné ce remède : enfin, on le sut. . | Le Roisetourne gravement vèrs MoNsIEUR: « Ah, ce sont les Carmelites ! je savois bien » qu'elles étoient des friponnes, des intri» gantes, des ravaudeuses, des brodeuses, » des bouquetières : mais je ne croyois pas » qu'elles fussent des empoisonneuses ». La terre trembla à ce discours : tous les dévots furent en campagne. La Reine s'en émut peu : enfin, on a tout rapsodé : mais ce qui est dit, est dit ; ce qui est pensé, est pensé, et ce qui est cru, est cru. Ceci est d'original.

Le bien bon vous embrasse : je ne le trouve point bien du tout : si nous avions été à Grignan, c'eût été une belle affaire. Mon écriture est méchante ; mais ma plume est

(1)Marie-Louise d'Orléans, depuis Reine d'Éspague en 1679,

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