Images de page
PDF

viendra bientôt; ce sera quand il lui plaira. Vous me connoissez sur la joie que j'ai de ne mettre sur mon compte aucune complaisance : j'aime à n'être pour rien, et c'est une joie qui ne peut jamais manquer, pour peu que l'on vive long-tems. Corbinelli veut venir, si je le veux ; mais je me le veux jamais. Cependant la bonne Marquise d'Huxelles, que j'aime, il y a bien des années, m'avoit priée de ne point manquer de revenir pour un dîner qu'elle donnoit à M. de la Rochefoucauld, à M. et à M"°. de Coulanges, à Madame de la Fayette , etc. Je crus voir dans son ton tout ce qui mérite que l'on prenne cette peine. Il se trouva que c'étoit lundi ; de sorte qu'étant revenue le dimanche , je retournai lundi matin d'ici chez la Marquise. C'étoit chez Longueil *, son voisin , qu'elle donnoit son dîner. La maison de Longueil est très - jolie, ses officiers admirables, et nous approuvâmes fort ce changement. La compagnie y arriva, et m'y trouva toute établie , grondant de ce

* C'étoit sans doute le même qui, dès le commencement de la Fronde, agita le Parlement dont il étoit membre. Il étoit frère du Président de Maisons, qui fit bâtir par Mansard le beau château, connu sous ce nom, au moyen d'un trésor qui s'étoit trouvé dans sa , maison de Paris, enfoui depuis le règne de Charles IX.

[ocr errors]

qu'on venoit si tard. Au lieu de M. et Madame de Coulanges , qui ne purent venir, il y avoit Briole, l'Abbé de Quincé, Mademoiselle de la Rochefoucauld. Le repas et la conversation , tout fut très - digne de louanges : on en sortit tard. Je revins chez la d'Escars admirer encore la beauté du linge et de nos étoffes ; tout sera à merveilles. Je passai chez Madame de Coulanges ; on me gronda de m'en retourner. On veut me res tenir sans savoir pourquoi, et je suis revenue le mardi matin , qui étoit hier. Je me promène dans ce jardin, avant qu'à Paris on ait pensé à moi. Les inquiétudes d'Allemagne sont passées en Flandres. L'armée de M. de Schomberg marche ; elle sera le 29 en état de secourir Maestricht. Mais ce qui nous afflige comme bonnes Françoises , et qui nous console comme intéressées , c'est qu'on est persuadé que , quelque diligence qu'ils fassent , ils arriveront trôp tard. Calvo n'a pas de quoi relever la garde; les ennemis feront un dernier effort, et d'autant plus qu'on tient pour assuré que Villa-Hermosa (1) est entré dans Ies lignes, et doit se joindre au Prince d'O

(1) Gouverneur des Pays - Bas Espagnols , et Général des troupes d'Espagne. ToME V. D

[ocr errors]

range pour un assaut général : voilà l'espérance que j'ai trouvée dans Paris, et dont j'ai rapporté ici le plus que j'ai pu, afin de me disposer avec quelque tranquillité à prendre de la poudre de M. de Lorme , puisque nous sommes hors de cette camicule , qui n'a point fait demander comme autrefois : est-ce la canicule ? Ces maraudailles de Paris disent que Marphorio demande à Pasquin pourquoi on prend en une même année Philisbourg et Maestricht, et que Pasquin répond, que c'est parce que M. de Turenne est à St.-Denis, et M. le Prince à Chantilly. Corbinelli vous répondra sur la grandeur de la lune, et sur le goût amer ou doux. Il m'a contentée sur la lune, mais je n'entends pas bien le goût. Il dit que ce qui ne nous paroît pas doux est amer : je sais qu'il n'y a ni doux, ni amer ; mais je me sers de ce qu'on nomme abusivement doux et amer pour le faire entendre aux grossiers. Il m'a promis de m'ouvrir l'esprit là-dessus quand il sera ici. Rien n'est plus plaisant que ce que vous lui dites pour m'empêcher d'aller au serein : je vous assure, ma fille, que je m'y vais point; la seule pensée de vous plaire feroit ce miracle, et j'ai de plus une véritable crainte de retomber dans mon rhumatisme.

Je résiste à la beauté de cette lune avec un courage digne de louanges : après cet effort, il ne faut plus douter de ma vertu, ou, pour ·mieux dire, de ma timidité. J'ai vu Madame de Schomberg, elle vous aime et vous estime beaucoup par avance : vous trouverez bien du chemin de fait. L'Abbé de la Vergne lui écrit dignement de vous; mais elle m'a parlé très-dignement de lui : il n'y a point d'homme au monde qu'elle aime davantage : c'est son père; c'est son premier et fidèle ami ; elle en dit des biens infinis; ce chapitre ne finit point, quand une fois elle l'a commencé. Elle comprend fort bien qu'il vous aime et qu'il vous cherche ; il a le goût exquis; elle trouve fort juste que vous vous accommodiez de la facilité et de la douceur de son esprit; elle pense qu'il doit vous convertir de pleine autorité, parce que vous êtes persuadée que l'état où il vous souhaite est bon. Si elle en avoit au, tant cru de celui où il veut la mettre, c'eût été une affaire faite.Vous voyez que dans ce discours nous ne comptons pas beaucoup ce qui vient d'en-haut. Parlez-moi encore de cet Abbé, et dites - moi combien de jours vous l'avez eu. - On croit que Quanto est toute rétablie dans sa félicité : c'est l'ennui des autres qui fait dire les changemens. Madame de Mainttenon est toujours à Maintenon avec Barillon et la Tourte : elle a prié d'autres gens d'y aller : mais celui que vous disiez autrefois qui vouloit faire trotter votre esprit, et qui est le déserteur de cette cour, a répondu fort plaisamment qu'il n'y avoit point présentement de logement pour les amis ; qu'il n'y en avoit que pour les valets.Vous voyez de quoi on accuse cette bonne tête : à qui peut-on se fier désormais?Il est vrai que sa faveur est extrème, et que l'ami de Quanto en parle comme de sa première ou seconde amie. Il lui a envoyé un illustre ( le Nôtre) pour rendre sa maison admirablement belle. On dit que MoNsIEUR doit y aller; je pense même que ce fut hier, avec Madame de Montespan : ils devoient faire cette diligence en relais, sans y coucher. Je vous remercie mille fois de m'avoir si bien conté les circonstances d'une réconciliation où je prends tant d'intérêt, et que je souhaitois pour la consolation du père, et en vérité pour l'honneur du fils, afin de pouvoir l'éstimer , à pleines voiles. Si les spectateurs ont été dans mes sentimens, je me réjouis avec eux de la joie qu'ils ont eue. - Voilà votre lettre qui arrive tout à propos pour me faire finir celle-ci. Vous me donnez

[ocr errors]
« PrécédentContinuer »