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Je pense trop souvent à vos affaires ; j'adore M. l'Archevêque d'en être occupé ; car encore est - ce quelque chose : mais quand personne n'y pensera plus, que deviendra cette barque ? c'est bien à celle-là que je prends intérêt. Je voudrois fort que Mazargues fût vendu, avec la permission de Mademoiselle de Mazargues. Je verrai les desseins de ce Marquis de Livourne, cela ne coûte rien ; et pour les grâces du Roi, il faut toujours les espérer, quand on les mérite toujours, comme M. de Grigman. Voyez M. de Roquelaure, c'est un bel exemple de patience : nul courtisan n'avoit plus de sujet de se plaindre que lui. J'irois bien plutôt en Provence pour voir M. l'Archevêque, que pour voir votre Prieur qui guérit

de tous maux. Ah ! que j'en veux aux Médecins ! quelle forfanterie que leur art ! On me contoit hier cette comédie du Malade imaginaire, que je n'ai point vue : il étoit donc dans l'obéissance exacte à ces Messieurs; il comptoit tout ; c'étoient seize gouttes d'un élixir dans treize cuillerées d'eau , s'il y en eût eu quatorze, tout étoit perdu. Il prend une pilule, on lui a dit de se promener dans sa chambre; mais il est en peine, et demeure tout court, parce qu'il a oublié si c'est en long ou en large : cela me fit fort rire, et l'on applique cette folie à tout moment.

Ce que vous me dites des richesses du

Grand-Maître, est plaisant. Plût à Dieu qu'il donnât une pension à Corbinelli, et qu'il voulût la prendre ! car c'est un étrange Philosophe. Quand je verrai Madame de Schomberg, je lui dirai tout le bien que vous me dites de l'Abbé de la Vergne, elle en sera ravie; et je lui apprendrai aussi qu'il y a plus d'affaires à devenir Chrétienne qu'à se faire Catholique.

| J'ai une grande envie que vous ayiez reçu la cassette , et que vous me mandiez si vous l'appreuvez : et pourquoi ce mariage se recule-t-il toujours ? Dieu me pardonne, c'est comme la Brinvilliers qui est huit mois dans la pensée de tuer son père. Ah, mon Dieu ! brûlez promptement cette lettre, et faites mes complimens et amitiés à tous les Grignans, et à nos amis d'Aix. Je fais un ingrat de Roquesante à force de l'aimer et de l'estimer.

LE TT R E 456. " . .. 2 A la méme. - . à Livry, vendredi 18 Septembre 1676.

LA pauvre Madame de Coulanges a une grosse fièvre avec des redoublemens ; le frisson lui prit à Versailles , c'est demain le quatrième jour ; elle a été saignée et cela dure ; elle est d'une considération et dans un lieu qui ne permettent pas qu'on lui laisse une goutte de sang. Sa petite poitrine est fort offensée de cette fièvre , et moi encore plus : je ne puis songer à tout ce qu'elle m'a mandé sur la douleur qu'elle a de ne point revenir ici, sans en être fort touchée. Je · m'en vais demain la voir; il faut que je sois ' ici dimanche pour commencer ma vendange. Vous allez être bien contente par le tems · que je vais donner à l'espérance de guérir mes mains. Corbinelli m'a envoyé la lettre que vous lui écrivez ; vraiment c'est la plus agréable chose qu'on puisse voir : je veux la montrer à mon Père le Bossu (1), c'est · mon Malebranche (2) ; il sera ravi de voir

(1) Voyez ci-dessus la Lettre du 16 Septembre. (2) Nicolas Malebranche, Prêtre de l'Oratoire, au . teur de la Recherche de la vérité, et de plusieurs Ouvrages très-estimés. Il fut un des meilleurs Écrivains

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votre esprit dans cette lettre; il vous répondra , s'il le peut ; car quand il ne trouve point de raisons, il ne met point de paroles à la place. Je suis assurée que vous aimeriez la naïveté et la clarté de son esprit ; il est neveu de ce M. de la Lane qui avoit une si belle femme : le Cardinal de Retz vous a parlé vingt fois de sa divine beauté. Il est neveu de ce grand Abbé de la Lane, Janséniste : toute sa race a de l'esprit, et lui plus que tous ; enfin, il est cousin de ce petit la Lane qui danse. Voyez un peu où je me suis engagée, cela étoit bien méC6SS81l'6.» Le feuillet de politique à Corbinelli, est excellent ; pour celui-là , il s'entend tout seuI, je ne le consulterai à personne. Le Maréchal de Schomberg a donné sur l'ar- . rière-garde des ennemis ; il auroit tout défait, s'illes avoit suivis avec plus de troupes ; quarante dragons y ont péri en héros ; un d'Aigremonttué sur la place; le fils de Bussy qui vouloit aller par-delà Paradis , prisonmier; le Comte de Vaux toujours des pre

et des plus grands Philosophes de son tems. Voyez son Éloge par M. de Fontenelle, Histoire de l'Académie des Sciences. * L'expression de Madame de Sévigné montre que Malebranehe étoit un oracle pour Madame de Grignan.

miers; mais le reste de l'armée étoit dans l'inaction, et cinq cents chevaux firent tout ce vacarme. On dit que c'est dommage que le détachement n'ait pas été plus fort : je trouve à tout moment que le plus juste s'abuse. Le bien bon même a trouvé quelquefois de l'erreur dans son calcul : il vous embrasse de tout son cœur ; et moi, je pense mille fois le jour à la joie que j'aurai de vous :lVO1I'.

LETTRE 457 .

De Madame DE SÉVIGNÉ au Comte
DE BUSSY.

-
à Livry, ce 18 Septembre 1676.

ToUT bon chien chasse de race , mon Cousin, vous voyez comme fait déjà notre petit Rabutin. Le voilà donc prisonnier. N'est-il point blessé ?Et comment le retirerez-vous ? Les rançons de ces sortes de grands Officiers sont - elles réglées ? De la manière qu'on m'a mandé qu'il s'étoit avancé , je crois qu'il vouloit prendre les ennemis. J'espère que vous me manderez de ses nouvelles et des vôtres, où je prends toujours bien plus de part que je ne vous dis. Qu'est devenu ce procès dont la napra

tion (contre l'ordinaire)faisoit un si agréable

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