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divertissement ? Comment se porte ma nièce de Coligny, et son petit garçon ? C'est une contenance pour elle que d'avoir cet héritier dont la pensée me fait plaisir, parce qu'elle en sera encore plus heureuse. Madame de Bussy s'y porte-t-elle toujours bien ? Voilà bien des questions. Si la fantaisie vous prenoit, pour suivre mon exemple, de m'en faire aussi, je m'en vais vous y répondre par avance. Je suis ici dans ce joli lieu que vous connoissez; et j'y suis bien mieux, ce me semble , et plus agréablement qu'à Paris, au moins pour quelque tems. J'yfais quelques remèdes pour rétablir cette belle santé, et je mets mes bras dans la vendange, espérant que mes mains qui ne se ferment point encore, reprendront par-là leurs fonctions ordinaires. Vous devriez m'envoyer quelques morceaux de Mémoires. Je sais des

gens qui en ont vu quelque chose, qui ne vous aiment pas tant que je fais, quoiqu'ils aient plus de mérite.

VOS

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LETTRE 458. Le Comte de Bussy à Mme. DE SÉVIGNÉ.

à Paris, ce 18 Septembre 1676. J'AI ous dire que le petit Rabutin vouloit prendre le Prince d'Orange à la barbe; mais qu'il fut si étonné quand il vit qu'il n'en avoit point, qu'il se laissa tomber dans un fossé où il fut pris. Je vous envoie sa lettre , qui vous apprendra mieux comment la chose se passa. Il m'en coûtera cent pistoles pour son cheval, ou pour sa rançon. Mais cela lui a fait bien plus d'honneur que l'argént ne vaut. Il est bien heureux d'avoir été fait seul prisonnier, au moins de gens qui aient un nom. Il y a quinze jours que je me suis mis dans les remèdes, et cela m'a empêché d'aller vous voir. Cependant je n'en quitte pas encore le dessein : mais j'y veux aller coucher, Mandez-moi si l'Abbé m'y pourra donner un lit. Je vous porterai des Mémoires que je veux lire avecvous. J'aime les louanges à tous les endroits qui vous plairont ; et si vous les lisiez sans moi, vous ne m'en donneriez qu'en général pour tout l'ouvrage.

Votre Nièce de Coligny et le posthume se portent à merveilles : elle a une bonne con

tenance avec lui, et sans lui elle ne seroit pas décontenancée.

LETTRE 459.
Madame de Sévigné à Madame DE

GRIGNAN.

à Livry, lundi 21 Septembre 1676. Non, ma fille, ce n'est point pour vous épargner la fatigue d'un voyage au mois de Décembre que je vous prie de venir au mois d'Octobre, c'est pour vous voir deux mois plutôt. J'ai pris assez sur moi de n'avoir pas usé du droit que vous m'aviez donné de vous faire venir cet été : il faut me payer de cette complaisance; et sans pousser l'irrésolution par-delà toutes les bornes, vous partirez, comme nous en sommes demeurés d'accord, dans le tems que M. de Grignan ira à son assemblée : c'est de ce tems que je vous serai obligée , parce que je le compterai pour moi. Voilà ce que mon amitié espère de la vôtre : je n'en dirai pas davantage. Pour ma santé, n'en soyez point en peine ; je mets les mains deux fois par jour dans le marc de la vendange , cela m'entête en peu; mais je crois, sur la parole de tout le monde, que je m'en trouverai bien. Si je suis trompée, Vichi reviendra

sur le tapis; en attendant, je fais tout ce qu'on veut, et me promène en long et en large , avec une obéissance merveilleuse. Je ne pousserai point ce séjour-ci plus loin que le beau tems, je ne tiens à rien, et je ne ferai pointune gageure d'y essuyer les brouillards d'Octobre. Vous ai-je mandé que Segrais * est marié à une cousine très-riche? Elle n'a pas voulu des gens proportionnés à ses richesses, disant qu'ils la mépriseroient, et qu'elle aimoit mieux son cousin.

Vous ne voulez pas que je vous écrive de grandes lettres ; pourquoi donc ? C'est la chose du monde qui m'est la plus agréable quand je ne vous vois point. Vous me menacez de me les renvoyer sans les lire ; j'aurois grand regret d'en payer le port : elles sont pleines de tant de bagatelles , que j'aurois quelquefois regret que vous le payiez vous-même : mais pour m'ôter cette peine, venez , venez me voir, venez m'ôter la plume des mains , venez me gouverner, me reprocher tous mes morceaux ; voilà

* Jean Renauld de Segrais, de l'Académie Françoise.

« Que Segrais dans l'Eglogue enchante les forêts ». Malgré ce vers de Boileau, il y a long-tems que ses Églogues sont sans lecteurs, comme sa traduction de Virgile.

le

moyen d'empêcher tous mes volumes, et de me donner une parfaite santé.

Philisbourg est enfin pris ; j'en suis étonnée ; je ne croyois pas que nos ennemis sussent prendre une ville : j'ai d'abord demandé qui avoit pris celle-ci, et si ce n'étoit pas nous; mais non, c'est eux.

LETTRE 460. A la même , chez Madame DE COULANGES.

à Paris , vendredi 25 Septembre 1676. En vérité, ma fille, voici une pauvre petite femme bien malade ; c'est le onzième de son mal qui lui prit à Châville en revenant de Versailles. Madame le Tellier fut frappée en même tems qu'elle, et revint en diligence à Paris , où elle reçut hier le viatique. Beaujeu, la Demoiselle de Madame de Coulanges, fut frappée du même trait; elle a toujours suivi sa maîtresse; pas un remède n'a été ordonné dans la chambre, qui ne l'ait été dans la garde-robe; un lavement, un lavement; une saignée , une saignée ; Notre-Seigneur , Notre-Seigneur;, tous les redoublemens , tous les délires, tout étoit pareil : mais Dieu veuille que cette communauté se sépare. On vient de donner l'extrême - onction à Beaujeu , et elle ne

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