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sont jamais repenties. Mais cette qualité admirable, jointe à leur paresse, forme un mélange dont il résulte des effets qui leur sont pernicieux: les peuples de l'Europe font sous leurs yeux tout le commerce de leur monarchie.

Le caractère des Chinois forme un autre mé lange,, qui est en contraste avec le caractère des Espagnols. Leur vie précaire a fait qu'ils ont une activité prodigieuse et un désir si excessif du gain, qu'aucune nation commerçante ne peut se fier à eux b. Cette infidélité reconnue leur a conservé le commerce du Japon : aucun négociant d'Europe n’a osé entreprendre de le faire sous leur nom, quelque facilité qu'il y eût eu à l'entreprendre par leurs provinces maritimes du nord.

CHAPITRE X I.

Réflexions.

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E n'ai point dit ceci pour diminuer rien de la distance infinie qu'il y a entre les vices et les vertus : à Dieu ne plaise ! J'ai seulement voulu faire comprendre que tous les vices politiques ne sont pas des vices moraux, et que tous les vices moraux ne sont pas des vices politiques; et c'est ce que ne doivent point ignorer ceux qui font des lois qui choquent l'esprit général.

a Par la nature du climat et du terrain.
b Le P. du Halde, tome II.

CH A P I T R E XI I.

Des manières et des moeurs dans l'état

despotique.

C'est une maxime capitale, qu'il ne faut ja

mais changer les moeurs et les manières dans l'état despotique; rien ne seroit plus promptement suivi d'une révolution. C'est que, dans ces états, il n'y a point de lois, pour ainsi dire; il n'y a que des moeurs et des manières ; et si vous renversez cela, vous renversez tout.

Les lois sont établies, les moeurs sont inspirées; celles-ci tiennent plus à l'esprit général, celles-là tiennent plus à une institution particulière : or, il est aussi dangereux, et plus, de renverser l'esprit général que de changer une institution particulière.

On se communique moins dans les pays où chacun, et comme supérieur et comme inférieur, exerce et souffre un pouvoir arbitraire, que dans ceux où la liberté règne dans toutes les conditions. On y change donc moins de manières et de moeurs ; les manières plus fixes approchent plus des lois : ainsi, il faut qu'un prince ou un législateur y choque moins les moeurs et les manières

que dans aucun pays du monde. Les femmes y sont ordinairement enfermées, et n'ont point de ton à donner. Dans les autres pays, où elles vivent avec les hommes, l'envie

les jours.

Nous avons dit que les lois étoient des institu-
200 DE LESPRIT DES LOIS,
qu'elles ont de plaire et le désir que l'on a de
leur plaire aussi, font que l'on change conti-
nuellement de manières. Les deux sexes se gâ-
tent, ils perdent l'un et l'autre leurs qualités dis-
tinctives et essentielles ; il se met un arbitraire dans
ce qui étoit absolu, et les manières changent tous

CHAPITRE XIII.

Des Manières chez les Chinois.
AIS

les manières sont indestructibles. Outre que les femmes y sont absolument séparées des hommes, on enseigne dans les écoles les manières comme les moeurs. On connoît un lettré a à la façon aisée dont il fait la révérence. Ces choses , une fois données en préceptes et par de graves docteurs, s'y fixent comme des principes de morale, et ne changent plus.

CHAPITRE X I V.
Quels sont les moyens naturels de changer les moeurs

et les manières d'une nation.
tions particulières et précises du 'législateur, et
les moeurs et les manières des institutions de la

Mais c'est à la Chine que les manières sont in

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a Dit le P. du Halde.

nation en général. De-là il suit que, lorsqu'on veut changer les vices et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, cela paroîtroit trop tyrannique; il vaut mieux les changer par d'autres moeurs et d'autres manières.

Ainsi, lorsqu'un prince veut faire de grands changements dans sa nation, il faut qu'il réforme par les lois ce qui est établi par les lois, et qu'il change par les manières ce qui est établi par les manières ; et c'est une très - mauvaise politique de changer par les lois ce qui doit être changé par les manières.

La loi qui obligeoit les Moscovites à se faire couper la barbe et les habits, et la violence de Pierre jer, qui faisoit tailler jusqu'aux genoux les longues robes de ceux qui entroient dans les villes, étoient tyranniques. Il y a des moyens pour empêcher les crimes; ce sont les peines : il y en a pour faire changer les manières; ce sont les exemples.

La facilité et la promptitude avec laquelle cette nation s'est policée, a bien montré que ce prince avoit trop mauvaise opinion d'elle, et que ces peuples n'étoient pas des bêtes, comme on le disoit. . Les moyens violents qu'il employoit étoient inutiles; il seroit arrivé tout de même à son but par la douceur.

Il éprouva lui-même la facilité de ces changements. Les femmes étoient renfermées et en quelque façon esclaves; il les appela à la cour, il les fit habiller à l'allemande, il leur envoyoit des

étoffes. Ce sexe goûta d'abord une façon de vivre qui flattoit si fort son goût, sa vanité et ses passions, et la fit goûter aux hommes.

Ce qui rendit le changement plus aisé, c'est que les moeurs d'alors étoient étrangères au climat, et y avoient été apportées par le mélange des nations et par les conquêtes. Pierre Jer, donnant les moeurs et les manières ďe l'Europe à une nation d'Europe, trouva des facilités qu'il n'attendoit pas lui-même. L'empire du climat est le premier de tous les empires. Il n'avoit donc pas besoin de lois pour changer les moeurs et les manières de sa nation : il lui eût suffi d'inspirer d'autres moeurs et d'autres manières.

En général, les peuples sont très - attachés à leurs coutumes ; les leur ôter violemment, c'est les rendre malheureux : il ne faut donc pas les changer, mais les engager à les changer euxmêmes.

Toute peine qui ne dérive pas de la nécessité est tyrannique. La loi n'est pas un pur acte de puissance; les choses indifférentes par leur nature ne sont pas de leur ressort.

CHAPITRE X V.

Influence du gouvernement domestique sur le

politique.

Ce changement de moeurs des femmes influera

sans doute beaucoup dans le gouvernement de

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